‹ Les boucles d'oreilleChapitre 7 sur 26 · SCENE VI · texte numérisé non relu

SCENE VI

Mme DUVERNET, SOSTÈNE DUVERNET.

Mme DUVERNET.

Monsieur , je ne puis plus me taire sur votre conduite à mon égard... L'abandon dans lequel vous me laissez , pour vous livrer à la dissipation, aux plaisirs, excite la clameur publique , et le bruit court dans la ville que je suis très-malheureuse !

SOSTÈNE , gaiement.

Ce sont de mauvais propos qu'il faut mépriser.

M' e DUVERNET.

Jadis, quand je vous épousai] rappelez-vous ce que

vous étiez !

SOSTÈNE.

Mais j'étais un garçon cliarmant, qui avait fait son droit.

à Paris, et qni comprenait la vie de manière à savoir toujours s'amuser î

Mme DUVERNET.

Moi, Monsieur, qni ne m'amuse pas du tout, je vous de'clare qu'il me faut de l'argent pour m'acheter des robes.

SOSTÈNE.

Des robes ?. . . vous en avez trente !

Mme DUVERNET.

Elles ne sont plus de mode.

SOSTÈNE.

Elles vous vont très-bien !

Mme DUVERNET.

Le pre'fet va donuer des bals, et je veux y être invite'e. .. J'aime la danse à la fureur !

SOSTÈNE.

Comment ? . . . Encore ! . . .

Encore est très-impertinent !

SOSTÈNE.

Air ne Partie carrée.

■ li s à votre âge ! . . . oui , c'est une fol M AD. DUVEHNET.

' 'est tout au plus , je le soutiens i< Si j'.-ii danse trente fois dans ma vie , Pourtant j'en suis à mon second mari.

Je n'ai point là de 1,11e i|u'on prel< <>ii peut encor m'inviter très-souvent; Au bal , "Moi sit ur , tant que l'on n e;t pis mj rc. . . • )n c si toujoui s enfant, \ba )

SOSTl NE.

( .'< st un privilège bien agréable pour ces dames lj... c'est nne classe a pari .

Mmc DrjVERNtT.

Ainsi, Monsieur, vous allez me donner vingt-cinq louis ilio que je m'achète du tulle, de la blondi il des étoffes , i me Faire des turbins!... Je veux un turban, moi!

SOSTENE.

Du tulle ! de la blonde! des turbans! vingt-cinq louis 1 t où voulez-vous que je les prenne?... Tout li m me do t , personne ne me paie. . . p. n'ai pus d'argent.

Mme duvernet, avec aigreur.

C'est toujours la même réponse!... Je suis dupe et martyr de raille façons différentes !

SOSTÈNE , un peu embarrasse.

Mai* , ma chère amie . modérez-vous.

Votre chère amie ne veut point se modérer.

SOSTÈNE.

Rose ! . . . Ah ! Rose, que vous me faites de la peine ! Mme duvernet, se radoucissant.

Rose ?. . . Il se souvient de mon nom de demoiselle !. . . ( Avec abandon. ) A la bonne heure , an moins ! vous seriez encore aimable , si vous vouliez !

SOSTÈNE.

Eh! je le sais bien. . . Mais pour que je sois aimable , il ne faut pas me demander vingt-cinq louis.

Mme DUVERNET.

A qui voulez-vous donc que je les demande?

SOSTÈNE.

A personne , Rose . . . tâchez de vous en passer.

Mme DUVERNET.

Me voilà bien avancée!. . . Mais je reviendrai là -dessus , il me faut absolument. . .

SOSTÈNE.

N'en parlons plus ! . . . Vous savez mon attachement pour vous!... Croyez que mon coeur souffre d'être forcé devons refuser du tulle, de la blonde, et surtout des turbans , avec une aigrette !

Mme DUVERNET , lui donnant la main.

Allons, je vous crois , et j'attendrai!

SOSTÈNJE.

air : Pantin, Pantin que j'aime.

Rose , je vous en prie , Il faut vous calmer, Si vous savez rn'aimer ; Car la coquetterie

Fait toujours

Fuir les amours!

MAD. DUVERNET

Voila comme mou cœur tendr»-

( iG )

Par trop de bonté, Cède à sa volonté !

Voilà comme il sait me- prendre Par ma sensibilité ! —

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