Catalogue du Musée des Monuments français, n
4. M. J. Guifîrey {Revue de l'Art français ancien et moderne, décembre 1895, p. 364), donne cette statue, d'après Jal, à Barthélémy Boudin. Mais les témoignages anciens et surtout l'examen de la statue -qui est au Louvre ne nous permettent pas de douter un seul instant qu'elle ne soit du même auteur que le Jean Bardeau, c'est-à-dire de Michel P'' Bourdin.
crierait qu'elle est de la même main : c'est bien cette même espèce d'homme, une façon de bon reîtrc bien gaillard et « entripaillc comme il faut »; la face est large aussi, avec sa mouche et sa mous-
STATUE F U iS É R A I R E DU G R A N I) - P R I E U R AMADOU DE LA TOUTE
Par Michel l*' Bourdin (Musée du Louvre)
tache retroussée à la cavalière. Elle est très calme pourtant et pleine de douceur bienveillante. Il y a même dans cette ligure, comme dans la précédente^ une certaine gravité, sans rien de solennel cependant ; et ces gens qui, au premier abord, nous faisaient penser à des soudards épais ou à des bourgeois un peu vulgaires,
nous nous apercevons que l'artiste a su exprimer le fonds de sérieux et de dignité morale qu'ils portaient en eux. Il les a représentés sur leur tombeau, sans rien sacrifier, il est vrai, des détails exacts de leur silhouette et de leur physionomie, mais il a su nous montrer le recueillement de leur piété sincère et grave, et leur a laissé la dignité qui convient devant la mort. C'est là un des grands mérites de cet art, et cela le met bien au-dessus de celui qui commençait, vers le même temps, à figurer les morts dans une attitude théâtrale, priant en grande pompe et avec de grands gestes, ou expirant comme des ténors d'opéra dans une dernière roulade, au milieu d'une figuration compliquée.
Telles sont les deux œuvres les plus intéressantes et les plus caractéristiques peut-être que l'on ait des Bourdin. Elles sont pour nous indissolublement liées l'une à l'autre : elles ne peuvent être sorties que de la même main. Or, Michel II aurait été bien jeune pour faire, en 1632, une œuvre comme le Jean Bardeau, et celui-ci a beau être signé Michel et non plus Michael, comme les deux œuvres d'Orléans, la signature a beau différer complètement des précédentes quant aux caractères et ne plus faire allusion à l'origine orléanaise, malgré M. Vaudin qui donnait encore ÏAmador à Michel II, nous pensons qu'ils sont tous deux de Michel I""". Ce sont les morceaux de sa pleine maturité; ses premières œuvres, le Henri IV de cire (s'il est de lui) et le Louis XI lui-même, étaient encore un peu indécises; on n'y trouvait pas entièrement cette facture large et puissante. Mais avec ces deux-ci on sent l'artisle en pleine possession de lui-même, et rien ne saurait mieux définir sa manière franche, solide et même un peu brutale.
TOMBEAU DE PIERRE DAUYET, A SAINT-VALÉRIEN (yONNe)
On ne saurait être aussi affirmatif pour une autre œuvre à peu près contemporaine et signée : m. BouRDir< f. ; c'est le tombeau qu'a publié pour la première fois M. Vaudin', de Pierre Dauvet, homme de guerre du temps de Louis XIII, mort en 16i2. Nous ne saurions que renvoyer à l'utile brochure de M. Vaudin pour la description de ce tombeau, qui se trouve dans une église des environs de Sens et prouve bien la diffusion de la production des Bourdin, sculpteurs parisiens travaillant pour la province. Cette œuvre était complè-
1 . Vaudin, Bourdin père et fils, sculpteurs Orléanais. Paris, 1883, avec un dessin du monument.
tement inconnue auparavant, et elle a, de plus, le mérite d'avoir échappé à peu près aux outrages du temps et des hommes. A vrai dire, c'est plutôt un monument votif qu'un tombeau, une sorte de dessus d'autel jésuite posé sur un sarcophage ; il y manque la figure essentielle de toute sépulture, quelle qu'elle soit: l'effigie du mort; et ceci est inquiétant, lorsque nous songeons aux tendances réalistes du premier Michel Bourdin. On retrouverait bien, d'autre part, dans la décoration classique à entablements, colonnes et corniches de marbre blanc et noir, certains traits assez habituels à Michel Bourdin. Enfin, la figure principale, un peu lourde et trapue, qui paraît bien être un Christ ressuscitant, nous semble, comme la Vierge d'Orléans, un dérivé des types créés par Pilon. Si cette dernière procédait, alourdie et dégénérée, de la Mater Dolorosa du maître, celui-ci ne vient-il pas de son Christ ressuscitant? Nous aurions ainsi une preuve que nous sommes toujours bien dans la suite de Pilon, et que ses idées et ses types se répandent en se vulgarisant et en s'alourdissant. De même, les petits génies assez gracieux, qui tiennent des torches renversées sur le devant du monument, sont bien la continuation, encore assez délicate relativement, des figures si fines du xvi" siècle.
Ce monument nous présente-t-il donc une réminiscence de Pilon, attribuable au père comme la Vierge d'Orléans, ou bien n'y faut-il voir qu'une œuvre du fils, oublieux des traditions réalistes de son père et ne faisant même plus de portraits? Nous n'en pouvons actuellement rien savoir. La date de 1642 pourrait convenir aussi bien à l'un qu'à l'autre. L'œuvre est intéressante en tous les cas, car elle nous donne, à côté des figures funéraires réalistes que nous connaissons bien, un spécimen de ces figures de sainteté que les Bourdin avaient exécutées pour certaines églises de Paris, et dans lesquelles les contemporains avaient déjà relevé, à côté de réelles qualités, les mêmes caractères de lourdeur et d'épaisseur que nous retrouvons ici.