‹ Les boudoirs de verreChapitre 22 sur 102 · LE CHER PARFUM · texte numérisé non relu

LE CHER PARFUM

A cau?e du mouchoir que je lui avais volé, — batiste diaphane, un peu fripée, du point d'Angleterre autour, — je demeurais extasié comme un homme qui se mettrait toute Ja face dans une touffe exquise de floraisons inconnues. Oh ! quel était ce parfum, plus doux que les plus doux parfums, et jamais respiré? Il grisait, avec des langueurs; il brûlait, avec des fraîcheurs; il donnait, dans un bercement

de rêve, l'idée d'une rose de neige, tiède, qui aurait une haleine de vierge. Certes, ce n'était pas l'odeur du musc, de ce musc brutal et banal, cher aux baisers de carrefour, qui est aux précieuses essences ce que le vin au litre est au Château- Yquem ; ce n'était pas l'odeur de la verveine, ni celle de l'héliotrope, ni celle du benjoin ; je ne reconnaissais pas davantage l'un de ces parfums intenses, complexes, réveils de l'odorat blasé, où excelle la chimie coupable des parfumeurs ! Peutêtre celle que j'adore avait-elle coutume de répandre entre ses linges intimes, dans l'armoire en bois de santal, des fleurs des bois, avec des fleurs des prés, toutes fraîches cueillies ?• Non, les muguets, l'églantine, la violette qui clôt l'œil, la frêle étoile du fraisier, qui s'ouvre, n'ont pas ces délicats et troublants arômes. Et, baisant à toute heure le mouchoir dérobé, je cherchais en vain à deviner la cause du délice persistant dont il embaumait Fair. Mais, enfin, grâce à l'in-

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