LE MARCHAND DE BONHEUR
« Voilà Tbonheur, messieurs î voilà l'bonheur ! » C'est le dieu Amour qui passe dans la rue en criant sa marchandise. Mais les passants ne s'arrêtent pas, et les fenêtres restent closes. « Voilà l'bonheur, messieurs! voilà l'bonheur! Je sais, dans un atelier de modistes, une belle fille blonde, qui a le cœur sur les lèvres, et veut bien qu'on le baise. Elle est la jeunesse et le rire. Elle sera la
TO/t. LES BOUDOIRS DE VERRE
maîtresse folle qui met dans toute la chambre et dans toute la pensée une gaieté de baisers et de chansons. Mais, pour qu'elle aime, il faut qu'on l'aime. Allons, qui veut de ma belle fille blonde? » Un bourgeois, troublé dans la lecture de son journal, dit à sa femme qui époussette, en camisole, les meubles du salon : « Ces cris sont inconvenants, et la police devrait les interdire. » Le dieu Amour, dans la rue, continue à offrir sa marchandise. « Voilà l'bonheur, messieurs ! voilà l'bonheur I Je sais, dans une petite ville de province une jeune personne en bandeaux plats qui rêve d'un fiancé, toute la nuit, et l'attend tout le jour, à la fenêtre. Elle est douce et pieuse, elle aime les fleurs et les oiseaux. Comme elle est la fille d'un capitaine en retraite, elle n'a jamais porté que des robes d'orléans noir, mais ses yeux sont purs comme de petites étoiles qui s'ouvrent à peine, très loin, et son visage est blanc comme si elle avait son àme sur la joue.