‹ Les boudoirs de verreChapitre 66 sur 102 · XA BONNE VALSEUSE 2O · texte numérisé non relu

XA BONNE VALSEUSE 2O

démon charmeur de la valse, peu à peu, triompha d'elle, lui mit sous les paupières une langueur mouillée, une langueur aussi dans son rire épanoui comme une rose lasse, et l'emporta enfin, délicieusement défaillante, dans son tourbillon d'oubli où l'âme et les sens se meurent extasiés. Quelquefois, par une crispation bientôt détendue, ses ongles s'allongeaient, comme des griiîes de chatte qui bâille, sur l'épaule de l'habit noir; ses yeux se fermaient, pour se rouvrir très vagues, et, dans l'inclination trop tard rétractée de son buste, elle sentait ses lèvres trop proches d'un souffle qui lui relevait les cils et lui faisait courir une flamme, sur la peau, sous les cheveux ! L'orchestre s'était tu depuis quelques instants déjà quand elle se laissa choir sur un fauteuil, en un délice d'évanouissement, la tête renversée, une larme à peine visible coulant très lentement jusqu'à la fossette du sourire pâmé.

Cependant Gontran était rentré, lui aussi, dans le bal.

— Eh quoi ? dit-elle en dissipant d'un coup d'éventail l'alanguissement de la valse, vous n'êtes pas allé au cercle ?

— Non, je vous obéis.

— Ah î cette complaisance est un peu tardive peut-être. Ne vous avais-je pas promis de me venger ?

— En me trompant ! dit-il, une gaieté aux lèvres, étant sûr d'être aimé.

— Justement.

— Eh bien?

— Eh bien, monsieur, je crois que c^est fait, dit-elle avec un joli rire où toutes les dents luisaient dans le sang rose des gencives.

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