LE CASSEUR DE RUBIS
Je vis un jeune fou qui cassait des cailloux sur le chemin. Non par métier, mais par folie. Une à une il prenait les petites pierres, les frappait d'un marteau, et, très vivement, avec un air d'anxiété, il regardait les débris, les tournait, les retournait, regardant toujours, puis les jetait au loin, d'un geste découragé. « Que cherchez-vous donc dans ces cailloux? demandai-je. — Le filon d'or, ré-
pondit-il, qu'ils devraient contenir. Mais je ne le trouve jamais, ah ! jamais ! » Je le pris en pitié. « C'est fort triste », lui dis-je. Il s'interrompit de sa besogne. « C'était bien plus triste dans le temps où, au lieu d'être un casseur de pierres sur la route, j'étais un casseur de rubis. J'allais de femme en femme, plein de tristesse et de colère. Je prenais leurs cœurs, cœurs de jeunes filles, ou d'épouses, ou de courtisanes. Tous ils étaient rouges, mais tous durs et glacés, pareils à des rubis cruels; et c'était vainement qu'en les frappant du mien je les faisais s'ouvrir, ces cœurs : je n'y ai jamais trouvé le filon d'amour qu'ils auraient dû contenir, non, jamais, ah ! jamais. »