L'AVENIR
Sous les rideaux où sommeille la clarté de la veilleuse, elle vient d'ouvrir les yeux dans un sursaut de rêve. A côté d'elle son amant dort. Elle se penche, elle le regarde. Qu'il est beau , et combien elle l'aime ! Comme ils étaient heureux tout à l'heure et comme ils se sont épanouis dans les délices de l'enlacement ! Il est très jeune, vingt ans à peine. Il s'est donné à elle, entièrement, avec les il-
lusions du premier rêve^ avec les ardeurs da premier amour. Elle sait, elle sent qu'elle est la maîtresse souveraine d'une âme nouvelle et bonne, et, dans la conscience de cette possession parfaite, de cette maîtrise absolue, elle se réjouit et s'attendrit. Elle a déjà eu des» tendresses, jadis, car elle a trente ans ; elle a appris les trahisons, les oublis, les solitudes, et que toutes les étreintes se dénouent ; lui, qui dort là, ignore tout, sinon qu'il l'adore et qu'il l'adorera sans fin. A cause de cette innocence et de cette pureté, elle s'extasie, et il y a de la fierté dans son bonheur. Oh ! oui, elle l'aime. Pour qu'il fût plus heureux encore, elle mourrait tout de suite, s'il le fallait. Son cœur s'ouvre délicieusement, comme une fleur au grand soleil. Elle se penche toujours, le contemple de plus près, l'admire. Quelle joie est comparable à celle dont elle est pénétrée ! Mais peu à peu ses yeux se troublent, comme attristés de l'ombre d'un mauvais rêve. Sa lèvre se crispe, en un amer sou-