LE MARI MEDIUM
Ce n'est pas au plaisir frivole des danses ni aux émotions malsaines de la bouillotte ou de l'écarté que se livrent les invités de M. Duruflet. Non, ce bon M. Duruflet, quoique fabricant de bronzes, est un « spiritualiste », un médium même ; il a lu les livres de Hume et les livres d'AIlan Kardec, il a eu l'honneur de connaître M. Jobard, de Bruxelles, et la mort de ce dernier n'a pas
interrompu leurs relations amicales ; on peut même dire qu'elle les a resserrées. Donc, depuis tout une heure, les amis de M. Duruflet, graves bourgeois et dignes bourgeoises, sont assis autour d'une lourde table à manger, immobiles, les tempes ridées par la projection de la volonté, et la main bien écarquillée sur le chêne, — une seule main, car M. Duruflet a dû reconnaître, après une longue suite d'expériences, que les manifestations des Evoqués sont beaucoup plus promptes et beaucoup plus saisissantes si chaque Evocateur n'applique sur la table que les cinq doigts de la main gauche. C'est Mme Duruflet et M. Achille Bernard, un jeune spirite très fervent, qui, les premiers, ont fait cette observation d'oii le médium a déduit une loi. Cependant, ce soir, les Esprits tardent à révéler leur présence. Vainement M. Achille Bernard, assis à côté de Mme Duruflet, se penche vers la table et parle bas, d'un air sévère, comme donnant des ordres