LE RÉGIMENT DE ROSALINDE
Elle était dans la loge princière, à Covent- Garden, se penchant, relevant la tête avec l'air de secouer la plume d'un feutre, toujours remuante, et riant toujours, rose, un peu grasse, des cheveux courts, qui frisent, des façons de jeune garçon hautain, du commandement et de la folie dans l'œil, impérieuse et gamine. « C'est la princesse Josepha de Ringsfeld, en visite à la Cour de
Londres, me dit le poète anglais assis dans une stalle à côté de moi, mais on l'appelle Son Altesse Rosalinde parce qu elle s'habille volontiers en cavalier comme les aventureuses demoiselles de Shakespeare ou de Fletcher, et parce qu'elle serait fort capable de suivre, dans la forêt des Ardennes, le plus jeune fils de sire Roland des Bois. Enfant gâtée d'un vieux duc d'Allemagne qui règne sur un pays plem d'oiseaux et de roses, elle a mis, là-bas, dans son duché pareil à un bois féerique, la toute-puissance au service de la toute-folie. Elle a des inventions de fêtes et de jeux, qui pouffent de rire au nez de la vieille étiquette ; comme votre d' Assouci était l'empereur du burlesque, elle est la fée heureuse du fantasque et du joli. Elle a imaginé, l'an passé, de se faire servir une toute petite souris rôtie et truffée de pistaches sur un immense plat de vermeil que portaient, en marchant sur leurs genoux, les douze chambellans de son père habillés