‹ Les boudoirs de verreChapitre 79 sur 102 · LE RÉGIMENT DE ROSALINDE · texte numérisé non relu

LE RÉGIMENT DE ROSALINDE

en cuisiniers ; et toutes les fauvettes du parc ducal, qu'elle a fait prendre un jour pour qu'on leur mît des grelots d'or au cou, chantent maintenant dans les arbres avec un accompagnement de grêles sonneries. Mais le chef-d'œuvre de son caprice, c'est le régiment qu'elle a créé. Un régiment, non pas de reîtres bourrus et moustachus, mais de blonds jeunes hommes, blancs, roses, les mieux faits qu'on a pu trouver, et vêtus de satins fous de toutes les couleurs. L'idée vient, à les voir d'un peu loin manœuvrer sur la pelouse dans une palpitation de rubans, d'un vol immense d'oiseaux des Iles, qui battraient de l'aile sur le gazon. Et la manœuvre n'a rien de guerrier, car, tous à la fois, au commandement d'un colonel qui est le plus joli d'entre eux, ils disent des vers d'amour, ou pincent de la guitare, ou cueillent dans l'herbe des marguerites qu'ils effeuillent en souriant, avec un ensemble tout à fait admirable. Chaque matin, Son

Altesse Rosalinde passe la revue du régiment, se fâche si la soie des costumes n'a pas le pli gracieux qui convient, inflige des punitions pour une boucle de cheveux qui s'abandonne, et, un tampon de ouate dans une main, une patte de lièvre dans l'autre, met un peu de rouge à la joue de ceux qui sont trop pâles, un peu de bJanc de perle au front de ceux qui sont trop roses. Chaque jeune garçon, cependant, quand elle passe devant lui, soupire, d'une voix mourante : «je vous aime », en lui envoyant, du bout des doigts, le désir de ses lèvres ; et la revue passée, si Son Altesse Rosalinde a été contente, elle baise le colonel sur la bouche, pour témoigner sa satisfaction au régiment extasié ! »

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