PAUVRETE DE LA LANGUE
Zo revient d'Italie. Elle a l'humeur voyageuse, et l'on va loin, de tunnel en tunnel ! « Petite Zo, dit Lo, est-il vrai que les Italiens sont des Roméos fort remarquables, et la douceur des baisers est-elle plus vive en effet sous les citronniers en fleurs? » Mais Lo n'insiste pas pour obtenir des renseignements de cette espèce. Dans certains cas, rien ne saurait suppléer à l'expérience personnelle ; de-
puis longtemps, elle a formé le projet d'aller quelque jour, à Naples ou à Venise, s'assurer si plus de soleil allume plus d'amour. Ce qui l'intéresse surtout, en attendant, c'est d'apprendre les mots italiens indispensables aux tendres dialogues, et Zo, qui n'a pas manqué d'acquérir, sur ce point, une érudition considérable, ne demande pas mieux que de partager sa science. Ce sont, tous les matins, après le déjeuner au Champagne, de charmantes leçons. Comment on dit : je t'aime, en italien, Lo le demande, et Zo l'enseigne. Au bout de quelques jours, l'élève sait prononcer les mystérieuses et chères paroles ; elle s'est appliquée, elle est devenue très savante ; elle n'a plus à craindre d'être prise au dépourvu, si un beau jour elle va en Italie. «Jeté serai fidèle jusqu'à la mort ! Tu m'es plus cher que ma propre existence ! Dis-moi que tu ne m'oublieras jamais ! » elle connaît à merveille ces diverses locutions, et c'est avec une rare mémoire qu'elle a retenu toutes