LA POÊLE A FRIRE
Au dire des personnes bien informées, — et, sur ce point spécial, il n'en manque pas qui le sont, — le lit de Madame de Soïnoff diffère essentiellement d'une froide couche austère ! Il aurait plutôt quelque ressemblance, à cause des baisers vifs, des chatouillements grésillants et des brusques sursauts, à un gril de saint Laurent sur lequel il ne serait pas pénible d'être couché. C'est du moins
ce que donnent à entendre les amis de la princesse, maigre et toujours flambante ellemême comme un sarment allumé, c'est ce que racontent ses amies aussi, des amies pas de son monde, des petites d'un magasin de nouveautés, ou du Conservatoire, qui, venues pour prendre le thé le soir, quelquefois ne s'en vont pas, parce qu'elles seraient grondées à la maison si elles rentraient après minuit. Et madame de SoïnofFne pénètre qu'après une étrange cérémonie dans ce lit pareil à un agréable enfer. Quand elle a mouillé de parfums son grêle corps nu où les gouttes d'essence sèchent vite, elle se fourre tout entière dans un coffre long, en bois des îles, qui est presque plein de poudre de riz et de poudre d'iris ; elle s'y tourne, s'y retourne, s'y roule, comme un oiseau sans plumes dans la poussière douce ; y demeure longtemps ; s'y roule encore, avec acharnement; tant qu'enfin, sortie du coffre, elle est aussi blanchie, de l'orteil à la racine des che-