LA FLÈCHE 29I
belle, cette flèche ! toute en or, dirait-on, des diamants, des rubis, des perles. » En effet, un précieux et rare bibelot, qui avait dû sonner dans le carquois de quelque chasseresse hindoue, favorite d'un maharadja. Ceci compliquait la situation. Il était impossible de garder un instant de plus un objet d'une valeur aussi considérable. « Louisette ! mon enfant î il faut que tu ailles tout de suite chez ce monsieur d'en face. — Oui madame. — Tu lui rendras sa flèche, en lui disant que si jamais il s'avisait de mettre les pieds chez moi, je le ferais jeter à la porte par mes domestiques. — Je ne manquerai pas de le lui dire ! et au retour je raconterai à madame la mine qu'il aura faite. — Comme tu voudras, va vite ! » Si Louisette alla vite, il faut croire qu'elle revint beaucoup plus lentement, car tout une heure s'était écoulée lorsqu'elle reparut dans la chambre, « M'expliquerezvous votre conduite, mademoiselle ? dit la comtesse toute rose de colère. D'où venez-
VOUS ? OÙ avez-vous passé le temps? Eh ! bon Dieu, ajouta- t-elle, que signifient ce bonnet sur l'oreille, ces cheveux défaits, et ce col, mademoiselle, qui ne tient plus à rien ? — Hi ! hi ! hi ! sanglota Louisette en cherchant du doigt au coin de son œil une larme qu'elle n'eût pas manqué d'essuyer en rougissant. On aurait bien tort de me gronder. Ce n'est pas de ma faute ! je ne voulais pas. Mais ce monsieur était si sûr de son fait, il paraissait si bien au courant des intentions de madame... Du reste, voici un billet qu'il a écrit pourmadamela comtesse. » Lanouvelielettre disait : « Je vous rends grâce, ô miséricordieuse voisine ! car Louisette est plus jolie que tout ce qui n'est pas vous ; et même je ne vous en voudrais pas, — puisque je n'étais plus seul, — si vous aviez rouvert les fenê-
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