DEGRE ALCOOLIQUE DES EAUX-DE- VIE
autre coté pour couvrir Todeur et le goût de cet alcool il serait obligé d'employer une plus grande proportion d'aromates et il aurait bien vite perdu et au delà ce qu'il aurait gagné d'un côté.
Le fabricant d'alcool d'industrie poursuit donc un but bien difTérent de celui du bouilleur de cru : le premier cherche à purifier l'ab^ool parce que les impuretés alcooliques sont désagréablement odorantes et à ne mettre dans son eau-de-vie factice que le bouquet nécessaire ; tandis que le second s'efforce de rendre impur l'alcool qu'il distille parce que les impuretés de l'alcool naturel ont un bouquet agréable.
^lais il est une autre question intéressante pour le parallèle à établir entre le pouvoir toxique des eauxde-vie naturelles et des eaux-de-vie industrielles c'est celle de savoir à quel titre alcoolique les unes et les autres sont livrées au consommateur.
Il est constant que la grande majorité des eauxde-vie naturelles sont bues telles qu'elles sont fabri- (juées, et cela est particulièrement exact pour celles des bouilleurs de cru. Ceux-ci boivent ou offrent à boire de l'eau-de-vie de cidre, du kirscdi, de l'eau-devie de marc, etc., présentant un degré alcoolique élevé et l'on peut dire que ce degré n'est presque jamais inférieur à 5o**. Pour certaines eaux-de-vie il est même supérieur à ce chiffre : c'est ainsi que l'eau-de-vie de cidre de Normandie ou Calvados (('elle avec; laquelle on fait un /roii au milieu (hi repas) est bue couramment au litre aJ(;ooli({ue de 60°; le degré alcoolique moyen de l'eau-de-vie de marc de Bourgogne dont l'usage est si répandu dans ce pays et aux alentours < >l <l< > < (Rocques). Ce sont là, nous le répétons à dcsscMn, non des évahiatioiis faiilaisisles, mais des faits incontestables.
128 F.E POINT DE Vl'E IIYGIÊMQUE
Il en va tout autrement pour les eaux-de-vie que l'industrie verse en si grande quantité dans les débits de boisson ; ces eaux-dc-vie présentent toujours \\n moindre degré alcoolique que celui de l'cau-de-vie naturelle dont elles sont l'imitation : ce degré al(;ooliquc n'est jamais inférieur en général à 4o'^; mais il dépasse rarement /\i° ou ^^'\ C'est ainsi qu'à un kirsch vrai à 50"" correspondra un kirscli faux h 44% qu'à une eau-de-vie de marc de Sa^ correspondra par exemple une eau-de-vie de marc de fantaisie à 42**, etc.
D'où cette conclusion tirée à la fois de la comparaison du degré alcoolique et des impuretés de ces spiritueux qu'il vaut encore mieux pour la santé prendre un petit verre d'eau-de-vie frelatée, c'est-àdire fausse, artificielle, en un mot industrielle, qu'un petit verre de kirsch authentique.
La chimie permet de la sorte une affirmation catégorique, basée sur des éléments scientifiques ; affirmation qui n'est guère pour plaire aux bouilleurs de cru et au nom de laquelle il est bien difficile de les trouver intéressants et de défendre leur fameux privilège.
Il est facile de comprendre poul'quoi le. commerçant cherche.à livrer des eaux-de-vie au degré alcoolique le plus faible possible; il y va de son intérêt pécuniaire et d'un intérêt très appréciable car si nous prenons par exemple les mêmes eaux-de-vie vendues dans Paris au titre alcoolique de 50"* ou à celui de 4^*^ les prix de revient en seront les suivants :
Eau-de-vie Eau-de-vie à 50° à 40"
Prix de revient o fr. 45 o fr. 35
Droits de régie et octroi . 2 fr. » i fr. 60
Prix total 2 fr, 4^ i fr. 9^