‹ Les bouilleurs de cruChapitre 22 sur 62 · PRODUCTION TOTALE · texte numérisé non relu

PRODUCTION TOTALE

des eaux-de-vie naturelles.

io3 5i8 i33 786 248 585 340 080 184 209 196 791 1 89 5 1 8 1 15 295 168 367 323 o57

Les chiffres que reproduit ce tableau sont les chiffres officiels pour les eaux-de-vie naturelles distillées par les bouilleurs de profession, ils sont bien ceux de la totalité de leur production ; mais pour les eaux-de-vie des bouilleurs de cru — les seules à envisager ici — ils ne représentent que la production ostensible celle qu'on ne peut dissimuler raisonnablement aux évaluations du fisc. Or — et nous y avons déjà insisté longuement — à côté de cette production ostensible il y a la production clandestine qui aboutit à la circulation et à la consommation en fraude de Talcool naturel du bouilleur de cru. Cette production est très importante, il est malaisé de la préciser, mais elle peut être évaluée au bas mot à

VA L COOUSA TIOX 1 3 5

3oo ooo hectolitres d'alcool (à ioo°) ce qui correspond à 600 000 hectolitres d'eau-de-vie (à 5o°).

Ajoutons à cette évaluation actuelle delà production clandestine le chiffre de la production ostensible des bouilleurs de cru et nous trouvons que la production totale de ces récoltants a atteint en 1900 (année de récolte abondante) le chiffre global de 5o4 000 hectolitres d'alcool (à 100°) soit plus d'un million de litres d'eau-de-vie.

Ce ne sont pas là, comme on voit, des quantités négligeables surtout quand on sait quel est le pouvoir toxic[ue de ces boissons spiritueuses.

Mais quelle que soit l'importance de cette production annuelle des bouilleurs de cru, les partisans du privilège ne manqueront pas, croyant ainsi servir leur cause, de l'opposer au chiffre imposant de la production totale des alcools d'origine industrielle, et cela dans le but d'atténuer la part de responsal)ilité qui revient aux eaux-de-vie naturelles dans la genèse de l'alcoolisme.

( Uiel a été en kjoo le taux de cette fameuse production industrielle? Les relevés officiels donnent comme chiffre total de celte production (^) celui de 2 33:>, 355 hectolitres d'alcool (à 100").

Mais pour bien juger la question il ne faut pas opposer l'un à l'autre le chiffre global de la produc-

(') Nous 110 faisons pas cnlror dans (!cllo prodiiclion le chinVe drs importations d'ulcools pour kjoo qui est de ira 1 50 hectolitres ; si ce chiffre manque dans le premier terme de l'équation que nous allons établir entre les alcools industri(ds d'une part et les alcools naturels des bouil* leurs de cru d'autre part, l'absence dans ce second terme de ré<|uation «lu <;hiffre de la producrtion des caux-de-vie naturelles des bouilleurs de profession (que nous éliminons ici parce qu'elles ne sont jias en cause) chiffre qui est de iiSOj'f hectolitres établira lu compensation et la pro I>ortion ù rechercher n'en sera pos altérée, toutes choses égoles d'ailleurs.

i56 LE POINT DE VUE HYGIENIQUE

lion présumée des l)oiiilleiirs de cru et ce chiffre global de la production industrielle. Si en efTet la totalité des eaux-de-vie naturelles des bouilleurs de cru est destinée à la consommation humaine, il n'en est pas ainsi pour les alcools de provenance industrielle. Sur les a 339. 355 hectolitres d'alcools industriels précités, il en est i 459834 hectolitres qui passent à la consommation humaine, et 872 52 1 hectolitres qui ne peuvent entrer en comparaison avec les alcools des bouilleurs, puisqu'ils ne sont pas bus par nos compatriotes et se décomposent en 345 743 hectolitres exportés et 275 728 hectolitres employés à des usages industriels.

En résumé, pour Tannée 1900 — ces corrections étant efTectuées — la quantité d'alcool industriel qui peut être valablement incriminée dans l'alcoolisation est égale à i 4 "^9 834 hectolitres d'alcool évalué à 100°, et la quantité d'eau-de-vie naturelle des bouilleurs de cru calculée au même degré alcoolique atteint 5o4ooo hectolitres; d'où, cette conclusion, qu'en cette même année 1900, il a été fourni à la consommation environ trois fois plus d'alcool d'industrie que d'alcool naturel des bouilleurs de cru.

Vous devinez d'ici l'objection : mais alors s'écrieront les défenseurs du privilège des bouilleurs, si le taux de la production totale de nos récoltants est à ce point inférieur au taux de la production globale des alcools industriels, s'il est trois fois moindre, la question d'hygiène perd de son intérêt en l'espèce puisque l'alcoolisation en France peut être imputée bien davantage aux alcools d'industrie qu'aux eauxde-vie de nos braves paysans ; pourquoi donc se réclamer de leur santé pour supprimer leur privilège ?

Pourquoi ? Mais parce que les dommages eau-

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ses à l'organisme par les eaux-de-vie industrielles ne 4iiniiiiient en rien les dangers qui résultent de l'usage et de ra])us de vos eaux-de-vie naturelles.

Pourquoi? Mais parce que les chiffres mêmes que vous comparez prouvent à l'évidence combien le bouilleur a plus de chance de s'alcooliser que tout autre Français, et parce qu'il est infiniment plus téméraire et plus grave de favoriser l'alcoolisation d'un million — mettons même d'un demi-million — de bouilleurs de cru à l'aide de 5o4 000 hectolitres d'alcool à bon marché que de laisser le reste de la nation, — soittrente-septmillions de citoyens, — libres de l)oire en acquittant les droits, i 4^9000 hectolitres d'alcools industriels.

Pourquoi ? Mais parce qu'encourager le bouilleur de cru, c'est enc^ourager la fraude, donc, l'immoralité, c'est donner une prime à l'empoisonnement en famille ; c'est provoquer toutes les conséquences de l'alcoolisme héréditaire^ c'est enfin difï'user le goût pernicieux des l)oissons spiritueuses dans nos plus belles régions françaises!...

Et si cela ne vous suffit pas encore, si vos yeux ne sont pas encore ouveris à la lumière, faites des enquêtes individuelles dans les pays de bouilleurs de cru, observez sans parti pris ce qui s'y passe journellement et vous (comprendrez l'urgence des réformes hygiéni([ues et fiscales dont les bouilleurs doivent être l'objet. C'est (ce (|u'a faille D*" lirunon('), directeur de rE(H)le (h» médeccine de Rouen, avec beaucoup de soin et h;s (b)cumenls de son enquête

(') Df Urunuti. L'uIconlininR «mi N<>rmaii<lii'. Jînllrllii mr/iica/. n.iùl iSçjC». Il" an et suiv. ol rnlcnolistnc» «■lirz In ft'iniin' en N<iriii!iii<li»v lUilIrtiil nn-dical, 8 murs iS()().

ij8 le POL\r DE VUE UYGIÊMQIE

sur ral(^oolisalioii en Normandie sont tous à méditer.

Au sujet des enfants, Hrunon raj)port(î entre autres les faits suivants :

« Un homme fort intelligent, un instituteur qui ne réside pas à Rouen, faisant une leçon sur leè boissons et l'alimentation demande dans wmi cdasse de 63 enfants de six à neuf ans, combien d'entre eux buvaient de l'eau-de-vie tous les jours : 24 mains se levèrent sur 63 ; Topinion personnelle de cet instituteur, dont l'attention a été attirée sur ce sujet, est qu'en réalité 40 p. 100 des enfants boivent de l'eaude-vie après les repas

« Dans trois écoles de filles d'une grande ville de Normandie « la proportion des enfants qui boivent avec leurs parents, café et eau-de-vie, est de 75 p. 100. Cette consommation est passée dans les habitudes des enfants les plus petits et il n'est pas rare dans les crèches de voir des mères apporter à leurs petits une bouteille contenant du café ; or, ici le café ne se boit pas sans eau-dcvie. »

L'étude des habitudes alcooliques des ouvriers des campagnes a encore amené le même auteur à de curieuses constatations au sujet des doses individuelles :

« Dans une des plus riches plaines de la Normandie le gain d'un homme de vingt-cinq à cinquante ans est de 5 à 6 francs par jour. Il travaille de six heures du matin à huit heures du soir et fait 5 repas par jour. 11 boit au moins 8 litres de cidre et 6 verres d'eau-de-vie, mais ce ne sont pas des verres à liqueur ! Le dimanche est passé tout entier au cabaret et vers six heures on peut voir des hommes

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