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L'INTERDICTION DE BOUILLIR

Pour mettre fin à tout ce que la situation actuelle créée par le privilège a d'inquiétant pour la santé publique, de choquant pour les intérêts économiques et de préjudiciable au Trésor il ne saurait être ([uestion dans la pratique d'apporter d'autre remède qu'une réglementation qui enlève aux bouilleurs de cru leur régime exceptionnel.

Pour beaucoup d'hygiénistes et de moralistes la considération exclusive du but à atteindre a pu les amener à concevoir comme solution radicale, l'interdiction absolue de bouillir. C'est une conception théorique qui semble avoir pour elle le mérite d'être inspirée par la logique la plus rigoureuse . sublala causa, tollitur effectus.

Bien que séduisante comme moyen de prophylaxie contre l'alcoolisme, cette solution qui serait la négation même du droit de propriété présente l'inconvénient d'être irréalisable parce qu'elle méconnaît l'ensemble des conditions économiques dans lesquelles s'opère en France la fabrication de l'alcool.

L'alcool provient, en effet, de la fermentation du sucre qui se trouve dans tous les fruits que presque toutes les régions du territoire français produisent abondamment par suite du climat et de la fertilité du sol. La culture de la vigne et des arbres fruitiers, qui prend de jour en jour à présent plus d'extension, met donc à la portée de tous la matière première de la distillation. Lorsque la production d'alcool met en œuvre des substances amylacées ou féculentes, Topéralion est compli([ué(; parce qu'il faul d'abord trans-

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former en glucose, ramidon ou la fécule. Lorsqu'il s'agit de betteraves ou de mélasses l'opération devient déjà plus simple puisque le sucre est tout formé dans les substances employées. Elle est en quelque sorte élémentaire pour le bouilleur qui distille les marcs, les fruits qu'il met fermenter dans un tonneau, les vins et les cidres qu'il a à sa disposition. Si l'on peut dénier au bouilleur le droit de distiller sa récolte en dehors de toute réglementation et de tout contrôle, on ne peut lui interdire d'en tirer parti de cette façon du moment qu'il se conforme aux prescriptions qu'il appartient au législateur de lui imposer. Pour empêcher de bouillir il faudrait interdire en France la culture de la vigne et des arbres fruitiers, comme on interdit la culture du tabac. Il n'est pas besoin d'insister pour montrer combien pareille mesure est irréalisable.

Dès lors que le bouilleur trouve à sa portée les substances dont il peut extraire l'alcool, on ne peut lui interdire de distiller si on laisse à sa disposition les matières premières de la distillation. Comme il est pratiquement impossible de songer à les lui enlever, c'est donc une utopie que de vouloir supprimer le bouilleur en lui interdisant de bouillir.

Par contre, il est assurément rationnel et utile de mettre un terme à la situation qui permet aux bouilleurs de distiller sans déclaration ni contrôle. C'est uniquement à supprimer le privilège qu'il convient donc de s'attacher.

Comment effectuer cette suppression et parmi les solutions qu'il est possible éventuellement de réaliser,

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