Comptes des Batiments, t. II, col
COFFRET DE MARIAGE COMMANDÉ A BOULLE PAR LOUIS XIV POUR LE GRAND DAUPHIN.
(Anciennes collections du palais de San Donato.)
40 LES ARTISTES CÉLÈBRES
que cette audience solennelle a lieu, avant d’aller prendre possession du trône d’Espagne.
La qualité de la peinture, un peu sommaire, les craquelures et les détériorations qu'elle a subies, empêchent qu’on ne distingue très nettement les magnifiques revêtements de marqueterie qui couvrent les murailles, ainsi que le détail des meubles qui garnissent cette pièce unique en son genre. Mais on remarque à gauche une bibliothèque basse et en retour d’équerre, surmontée de vases de porcelaine et de bustes de bronze, et le bureau du prince dont le dessin est encore très lisible. Ce bureau ainsi que la cheminée, dont la reproduction exacte figure parmi les gravures de Bérain, montrent que, très vraisemblablement l’illustre dessinateur du cabinet du roi avait, comme l’écrivait fort judicieusement il y a près de quarante ans M. le baron Bichon1, fourni les modèles de cette admirable marqueterie. On a tout lieu de penser que cette collaboration de Boulle et de Bérain n’est pas un fait unique dans la vie de ces deux grands artistes, et l’œuvre de Bérain renferme quantité de modèles de meubles qui, comme forme, comme décor et comme style, se rapprochent singulièrement des meubles de Boulle.
Félibien, en outre, veut bien compléter, par une description assez précise, les renseignements fournis par la curieuse peinture dont nous venons de parler. « Ce cabinet, dit-il, a de tous côtés et dans le plafond des glaces de miroirs avec des compartimens de bordures dorées sur un fond de marqueterie d’ébène. Le parquet est aussi fait de bois de rapport et embelli de divers ornemens, entre autres des chiffres de Monseigneur et de Madame la Dauphine », et Piganiol ajoute : « C’est le chef-d’œuvre de Boule et de son art ».
Ce ne fut point, au surplus, le seul travail que notre ébéniste exécuta pour le Dauphin. Les Comptes des Bâtiments mentionnent, nous l’avons vu plus haut, des sièges de marqueterie, des ouvrages de bronze doré. — En 1684, Boulle en livrait pour i5,ioo liv. — Enfin il ne nous est pas permis d'oublier qu’avant de mettre la main à ce cabinet célèbre, il avait confectionné les coffres de mariage de ce prince, et il est d’autant plus naturel de parler de ces meubles splendides que, parvenus jusqu’à nous, ils ont récemment figuré dans une vente célèbre.
La Cour, du reste, qui était de l’opinion de Piganiol, ne manqua pas d’occuper les multiples talents de notre artiste. Pendant plus d’un