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COMMODE EN MARQUETERIE DE BODLLK, ENRICHIE DE BRONZES DORES

(Bibliothèque Mazarine.)

LES ARTISTES CELEBRES

surajoutée, mais dans l’harmonie des lignes imposées par la construction même. Le meuble trouva dès lors le plus clair de sa beauté dans la sveltesse des formes de sa charpente, dans la pureté de ses contours, complétés et soulignés par tout un système d’ornements faisant corps avec lui.

La division logique du meuble en cadres assemblés à tenons et mortaises et en panneaux embrevés dans ces cadres, conduisit tout naturellement le constructeur à décorer ses encadrements de moulures à la fois fines et riches, et ses panneaux de sculptures en bas-relief, représentant soit des personnages, soit des « orbevoies » rappelant les admirables fenêtres lobées des monuments religieux, soit des feuilles de parchemin repliées. Le Moyen-Age fit un fréquent usage de ce dernier décor qui, au xvie siècle, fut remplacé par des arabesques ou des grotesques, et finit par aboutir à des représentations historiques, emblématiques ou mythologiques, mettant en scène des hommes et des animaux, au milieu de paysages et d’architectures classiques.

On ne renonça pas toutefois immédiatement à la peinture. Celle-ci persista encore pendant plus d’un siècle pour la joie des yeux; et tels de ces coffres, de ces dressoirs du xve et même du xvie siècle, que nous voyons aujourd’hui monochromes et qui nous charment par la correction de leur architecture et par la grâce de leurs sculptures, ajoutaient, dans leur jeunesse, à la beauté de cette parure, l'éclat du vermillon, de l’azur et de l’or. C’est au xvie siècle seulement que la couleur disparut progressivement des meubles, mais les yeux y étaient alors si fort habitués, ils éprouvaient un besoin si pressant d’être égayés par les nuances vives que, pendant longtemps, on prit soin d’habiller les bois de tissus précieux.

Le cendal, le damas, les satins brodés, les veluiaux de provenance italienne ou orientale enveloppèrent les quenouilles du lit, en drapèrent le dossier et le soubassement, couvrirent la chaise, enserrant ses pieds et ses bras, dissimulèrent la table sous leurs plis étoffés, et sous forme de tapis ou de nappe de buffet, de coffre, de dressoir, cachèrent les gros meubles et en masquèrent les teintes un peu sombres, que la magnificence débordante de ce temps jugeait alors trop austères.

Les Inventaires du xvie siècle, ceux de Catherine de Médicis, de Gabrielle d’Estrées, de Louise de Vaudemont, notamment, détaillent

l’invraisemblable profusion de housses et de fourreaux de toute espèce qui servaient de garde-robe — qu’on nous permette ce mot — au mobilier d’alors; les Inventaires du cardinal de Mazarin si curieux et si instructifs, les admirables vignettes d’Abraham Bosse et les belles gravures de Jeaurat, d'après Le Brun, montrent que cet usage persista très avant dans le xvne siècle, jusqu’au temps où Boulle commença de se faire connaître.

C’est à cette époque, en effet, qu’acheva de s’opérer la seconde révolution dont nous parlons un peu plus haut. Pour répondre à ce besoin de magnificence qui devenait de plus en plus général, on s’avisa de réunir ce qui avait été séparé jusque-là, et l’on s’appliqua à faire les meubles si brillants et si magnifiques, qu’ils n’eurent désormais plus besoin d’emprunter à des housses de tissus brochés ou brodés leur éclat et leur richesse. Mais, par une coïncidence singulière, ce qu’ils gagnèrent en somptuosité, ces meubles le perdirent en agrément et en élégance. Leur construction logique cessa d’être visible. Une charpente, une ossature savamment assemblée continua d’assurer leur solidité, mais cette charpente ne fournit plus le point de départ, les premiers éléments de la décoration. Celle-ci devint indépendante, sinon de la forme générale du meuble, du moins de ses divisions caractéristiques.

Pour faciliter le développement de ce beau décor si riche, si magnifique, le meuble, en effet, ne présenta plus que des surfaces planes et unies. On renonça aux saillies si rationnelles des encadrements. L’ornementation, dont le rôle devrait être d’accompagner la forme et non de se substituer à elle, commença d’établir sa complète domination. Les bas d'armoires, avec portes dissimulées, ressemblèrent à des coffres pleins et sans ouvertures. On fit des commodes en manière de tombeaux; et cette tendance alla en s’aggravant jusqu’au jour où, sous la pression de la mode, les formes finirent par se boursoufler et par se gondoler d’une façon charmante, il est vrai, mais singulièrement illogique.

Ainsi, sous l’empire de ces préoccupations de somptuosité, une nouvelle transformation s’était produite dans notre ameublement national. La magnificence, dont l’excès dans les arts est toujours dangereux, avait écarté la logique et l’avait reléguée à l’arrière-plan; les ouvrages d’ébénisterie, en perdant leur caractère rationnel, perdirent

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aussi leur caractère pratique; et c’est là ce qui fait de l’œuvre de Boulle un œuvre incomplet. Le mobilier auquel il a légué son nom demeure uniquement un mobilier d’apparat. Il porte en soi une solennité et une richesse exclusives de toute intimité, et l’éclat même de sa décoration interdit la possibilité, aussi bien que la pensée, de faire de ses meubles un journalier et constant usage.

DESSUS DE GUÉRIDON EN MARQUETERIE DE BOULLE

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