‹ Les Bourbons de FranceChapitre 10 sur 17 · NÉ EN 1754. MORT EN I · texte numérisé non relu

NÉ EN 1754. MORT EN I

Lorsque Louis XVI, le plus honnête homme de son temps, devint roi de France, le vent des révolutions, longtemps déguisé sous le masque de l'esprit de réformes, soufflait sur tout le royaume, entraînant la cour, la ville, la noblesse et le peuple dans une danse macabre sociale, politique et religieuse, surtout sociale. Sans doute il n'avait pas l'énergie que réclamaient les circonstances. Mais quelle force humaine résiste à la violence des ouragans, lorsqu'ils sont déchaînés?

Louis XVI avait le désir et la volonté des améliorations et des modifications que la marche de la civilisation et du temps avaient rendues opportunes. S'il fût monté sur le trône de saint Louis dans une époque de calme, on aurait v,u se réaliser, sous son régne, les progrés réellement désirables, les réformes réellement utiles. On aurait vu l'alliance, encore irréalisée, de l'ordre et de la liberté, qui ne devait exister dans toute sa sincérité, sous le régne de Louis- Philippe I^"", que pour disparaître dans la tourmente du 24 février 1848.

Si Louis XVI n'eut pas la force de dominer les passions, dont le débordement allait amener le régne de la Terreur, les crimes de la Convention et la démoralisation du Directoire, il fit cependant deux actes dont ses bourreaux ont bénéficié : il constitua fortement l'armée et il reconstitua la marine. C'est à lui qu'on doit l'indépendance des États-Unis d'Amérique et la formation des régiments qui ont repoussé les invasions de 1792 et de 1793.

La cour de Versailles revint vite avec Louis XVI, aux convenances trop oubliées par Louis XV, mais il fallut aussi reconstituer le gouvernement ou le ministère. Cette mission échut à Jean-Frédéric Phelippeaux, comte de Maurepas, qui rappela et rétablit le parlement de Paris dans l'ancienne organisation que Maupeou avait modifiée. Il eut une idée plus heureuse, celle d'appeler à collaborer avec lui Malesherbes, qui devint plus tard ministre de la maison du roi, et Turgot, qui fut contrôleur général des finances.

L'effort réuni de ces trois hommes de bonne volonté ne put suppléer à la faiblesse de l'autorité royale, que le parlement de Paris, à peine'reconstitué, se mit à battre en brèche.

Le II juin 1775, on sacra dans la cathédrale de Reims Louis XVI, avec le cérémonial accoutumé. Qui prévoyait alors le 21 janvier 1793 ?

Triste récit à faire, à grands traits, que celui des dix-huit années qui ont séparé le sacre et le martyre.

La question financière était la question grave. Elle faisait oublier les résistances du parlement de Paris et les démêlés du clergé de France, qui ressuscitaient, comme, à chaque période nouvelle, sans utilité et sans résultat, à un moment où toutes les forces monarchiques et religieuses auraient dû se grouper avec un dévouement absolu autour de la royauté, vraie sauve-garde de la justice comme de la religion.

C'est alors qu'apparut un autre Law, plus désintéressé, plus pratique, mais également présomptueux, surtout amoureux de popularité, Jacques Necker, banquier et protestant, né à Genève. Son grand mérite est d'avoir été le père d'une femme célèbre, à juste titre, Mme de Staël, d'un très grand mérite littéraire.

Deux fois démissionnaire, deux fois disgracié, deux fois rappelé, Neckcr alla mourir, sur les bords du lac Léman, dans sa résidence de Coppet, en septembre 1790, n'ayant pu surmonter des difficultés qui, d'ailleurs, étaient peut-être insurmontables, mais du moins estimable et estimé, malgré son impuissance financière.

Le contrôle général des finances que Necker occupa trois fois, sous divers titres, fut souvent confié à des mains plus incapables et plus insuffisantes, qui devaient faire regretter son départ et son absence. Ainsi, Charles-Alexandre de Calonne ne traversa ce poste important que pour y laisser des souvenirs détestables de prodigalités folles, dissimulées par des expédients ruineux. Il eut l'aplomb de convoquer en 1787 les Notables pour leur demander de voter ces expédients. Ils refusèrent et il fut exilé.

C'est vers cette époque que la cour et la ville firent un succès extravagant au Mariage de Figaro de Beaumarchais, qui fut joué malgré Louis XVI, qui eut un grand nombre de représentations et qu'une société aveugle venait applaudir à outrance, sans s'apercevoir que c'était la sanglante satire de ses travers et de ses vices.

La diplomatie était plus habilement dirigée par Charles Gravier, comte de Vergennes, héritier de l'idée de Henri IV, de Richelieu, de Mazarin et de Louis XIII, poursuivie par Louis XIV ; il eut le talent de grouper sous la protection de la France une union des États secondaires. Les deux ministres de la guerre et de la marine étaient alors, le premier, Philippe Henri, marquis de Ségur, le second, Charles-Eugène de Lacroix, marquis de Castries. Ils préparèrent avec beaucoup de célérité la campagne de 1781, qu'avait précédée, dés 1774, une guerre maritime, bientôt suivie de la guerre continentale de 1779.

En 1763,1a France ne possédait plus au delà de l'Atlantique que les pêcheries de Terre-Neuve et les îles à sucre des Antilles.

Plus tard l'Angleterre eut dans l'Amérique du Nord des différends, inévitable conséquence des victoires qui lui avaient donné dans ces contrées une extension de puissance excessive. Les États-Unis cherchaient des alliés contre elle. Leur délégué Franklin vint en France, en 1776.

L'année suivante, Marie-Jean-Paul-Roch-Yves-Gilbert du Motier, marquis de Lafayette, gendre du duc d'Aven, fils aîné du duc de Noailles, et alors en garnison à Metz, eut, selon ses expressions, son cœur enrôlé pour la cause des Etats-Unis insurgés contre l'Angleterre. Il se rendit en Amérique sur un bâtiment équipé à ses frais.

Ce n'était là qu'un acte d'initiative privée. Il fut bientôt suivi de deux traités secrets que Franklin signa avec la France, au palais de Versailles, le 6 février 1778, l'un d'alliance commerciale, l'autre d'alliance offensive. L'Espagne était appelée à y adhérer.

Ces deux traités, quoique secrets, furent connus à Londres. On y vit une déclaration de guerre. La lutte fut immédiatement engagée, au moment même où Joseph II entama, à la mort inopinée de l'électeur de Bavière, une guerre de succession qui se termina à' sa confusion et dans laquelle il avait essayé d'entraîner Louis XVl, que Vergennes détourna de cette aventure.

Vergennes était tout entier à la guerre maritime, qui s'étendait en 1778 à toutes les mers et dans laquelle l'Espagne était enfin entrée.

On était ainsi arrivé, sans résultat décisif, à 1781. C'est alors que les marquis de Ségur et de Castries, entrés dans les conseils du gouvernement, après la première retraite de Necker, activèrent les

opérations de la campagne. La Hollande venait de s'alliera l'Espagne et à la France contre l'Angleterre, qui avait eu des succès, mais qui était à bout de ressources.

La guerre de l'indépendance des États-Unis coûtait à cette puissance deux milliards cinq cent millions de francs. Sous l'impulsion de James Fox, troisième fils de lord HoUand, chef de l'opposition wigh, dans le parlement de ondres, la paix fut décidée et réalisée, en 1782 et en 1783, par des traités séparés, selon l'usage.

La grande république de l'Amérique du Nord était fondée.

Joseph II essaya encore de troubler la paix du continent. Vergennes sut la maintenir. Il conclut des traités de commerce avec la Hollande, avec l'Angleterre, avec la Russie, traités tous avantageux, lui étendaient au dehors les relations commerciales de la France.

C'est dans cette même période de paix que l'on commença le port de Cherbourg, et que la Pérouse entreprit son exploration dans les mers du Nord, où il disparut au milieu des glaces.

Le flot des embarras intérieurs montait toujours. Après avoir essayé de tous les sauveurs et de tous les expédients, on s'arrêta enfin à l'idée de convoquer à Versailles les États généraux, et en même temps il fut décidé que le nombre des députés du Tiers serait double du nombre des députés de la Noblesse et des députés du Clergé.

Le 5 mai 1.789 était le jour fixé pour la Réunion des États généraux qui allaient devenir l'Assemblée nationale constituante. Les députés des trois ordres se rendirent en corps dans l'église Saint-Louis. Puis ils se réunirent dans la salle des Menus, où se tint la séance d'ouverture.

« Le Roi, dit Marmontel, dans tout l'appareil de sa majesté, accom-

pagné de la reine et des deux princes ses frères, des princes de son sang, des pairs de son royaume, des officiers de la couronne, de son garde des sceaux, et du ministre des finances, se rendit à la salle des États assemblés. Il parut avec une dignité simple, sans orgueil, sans timidité, et ayant sur le visage le caractère de bonté qu'il avait dans le cœur. »

Le deuil devait bientôt entrer dans la famille royale. Louis XVI et Marie-Antoinette perdirent, le 4 juin 1789, leur fils aîné qu'ils allèrent pleurer à Marly, dans la retraite.

Le savant Jean-Sylvain Bailly avait demandé à présenter à L ouis XVI une députation du Tiers dont il avait été nommé le doyen. La maladie soudaine du Dauphin ne permettait pas de satisfaire à cette requête :

C'est à cette occasion que Louis XVI écrivit, le 3 juin 1789, au garde des sceaux, le billet autographe suivant que nous reproduisons en fac-similé.

Mais il nous f.iut rentrer dans l'exposé des faits politiques qui allaient se succéder avec une rapidité effrayante.

Il V eut de longues discussions sur rimportante question, restée indéterminée, qui consistait à savoir si les trois Ordres délibéreraient séparément, comme le désirait la Xoblesse, ou ensemble, comme l'exigeait le Tiers, dont le Clergé partageait l'opinion.

Le 17 juin 1789, sur la proposition de Siéyès, qui fut un fabricant de constitutions, le Tiers se déclara Assemblée nationale constituante. La salle des États fut alors fermée.

Les députés du Tiers se réunirent, trois jours après, à la salle du jeu de Paume, où ils firent le serment, resté célèbre, de ne pas se séparer, sans avoir doté la France d'une constitution. .

Le 23 juin 1789, il y eut une séance royale. Les trois Ordres reçurent l'injonction de délibérer, séparément, le lendemain. Louis XVI se retira suivi d'une fraction des députés de la Xoblesse et du Clergé. Le Tiers resta en séance.

C'est alors que se produisit cet incident connu du langage de Mirabeau disant au marquis de Dreux-Brézé, grand maître des cérémonies, qui venait renouveler aux députés du Tiers, l'ordre de se retirer: « Allez dire à ceux qui vous envoient que nous sommes ici par la volonté du peuple, et que nous n'en sortirons que par la force des baïonnettes. »

Il n'y avait qu'une réponse à faire à cette rébellion. Il fallait dissoudre et disperser par la force les États généraux. On ne l'osa pas. La Révolution était faite.

Le 14 juillet 1789, date qui est aujourd'hui celle d'une fête qualifiée de fête nationale, prouva qu'en effet la révolution était faite. On prit la Bastille, ce qui n'était pas un malheur. Le gouvernement aurait dû la démolir lui-même; elle ne répondait plus ni aux mœurs, ni aux idées, ni aux nécessités de l'époque.

38o LES BOURBONS DE FRANCE

Ce qui fut un mal, c'est que cette prise de la Bastille fut accompagnée d'assassinats, c'est qu'elle fut un acte de violence, c'est qu'il y eut deux victimes innocentes : Jacques de Flesselles et Bernard de Launay, massacrés par une foule affolée, sans même que leur mort fût nécessaire, fût utile au facile triomphe de l'émeute.

Les événements devaient désormais marcher vite vers le lugubre dénouement du 21 janvier 1793. Ily eut cependant bien des entr'actes qui prouvèrent qu'il n'eût pas été impossible de réformer législativement la France, toujours attachée à l'ordre autant qu'à la liberté, à la royauté comme à la religion.

Ainsi, le lendemain de la prise de la Bastille, Louis XVI se rendit à la Constituante qui siégeait en permanence. On y avait résolu à l'avance de l'accueillir avec froideur et en silence; et cependant, dés qu'il parut, le cri de: Vive le Roi, sortit spontanément de toutes les bouches. Il retourna après au palais. Tous les députés l'escortèrent. La population de Versailles se joignit à eux, et on se rendit en foule à la chapelle où un Te Deiim fut chanté.

C'était un rayon de soleil perçant des nuages où s'amassaient la foudre, les éclairs, l'ouragan. On s'agitait toujours à Paris où on chantait le Ça ira, dans les rues, en même temps qu'on s'y occupait des élections municipales, élections d'où sortit la trop célèbre commune de Paris, de si triste mémoire. Le doyen du Tiers fut élu maire par acclamation ; on fît de La Fayette le commandant de la milice, qui devint la garde nationale, et qui prit la cocarde tricolore au lieu de la cocarde blanche.

Le l'^f août 1789, la Constituante ouvrit la discussion sur la déclaration des droits, qui devait servir de préambule à la constitution,

préambule qui consacrait onze principes fondamentaux indiqués dans tous les cahiers. Les voici :

« Le gouvernement français est un gouvernement monarchique; « La personne du Roi est inviolable et sacrée; « La couronne est héréditaire de mâle en mâle ; « Le Roi est dépositaire du pouvoir exécutif; « Les agents de l'autorité sont responsables; « La sanction royale est nécessaire pour la promulgation des lois; « La nation fait la loi avec la sanction royale ; « Le consentement est nécessaire à l'emprunt et à l'impôt; « L'impôt ne peut être accordé que d'une séance d'États généraux à l'autre ;

« La propriété sera sacrée;

« La liberté individuelle sera sacrée. »

La Constituante allait se signaler par un grand acte, qui devait laisser un grand souvenir. Dans la séance du soir du 4 août 1789, les députés de la Noblesse, les députés du Clergé et les députés du Tiers, dans un général et merveilleux élan spontané d'abnégation proposèrent et votèrent successivement les résolutions suivantes: « répartition des charges publiques entre tous les citoyens également déclarés admissibles à tous les emplois; abandon de tous les privilèges, quelle qu'en fût l'origine, quel qu'en fût le caractère, sans en excepter les dîmes et les bénéfices ecclésiastiques, à la seule condition qu'il serait pourvu autrement au ser\-ice du culte; enfin, tous coupables, quel que tût leur rang, soumis aux mêmes peines. »

C'était l'égalité civile dans toute son étendue, l'égalité devant la loi,

devant l'impôt, devant la justice. Ah! si la Révolution n'était pas sortie des sentiments qui ont inspiré les résolutions de la nuit du 4 août, on n'aurait qu'à se souvenir avec gratitude des hommes et des débats de la Constituante, on n'aurait pas à maudire les égarements de la Législative et les crimes de la Convention.

Tous les travaux et tous les débats de la Constituante n'ont pas été heureux. Mais elle a laissé une profonde empreinte dans les institutions de la France moderne. On ne peut nier, d'ailleurs, qu'elle ne brille encore dans l'histoire des Assemblées, par l'éclat qu'elle doit aux grands orateurs et aux esprits supérieurs qu'elle a comptés. De ce nombre furent le cardinal Jean Siflfrein Maury, défenseur éloquent de la religion et delà royauté; Antoine-Joseph-Marie Barnave, qui essaya vainement de fondre le parti monarchique et le parti révolutionnaire, en un seul parti constitutionnel libéral ; Jacques-Antoine- Marie de Cazalés, qui doni-ia sa démission de député, avant l'achèvement de la Constitution, et qui fut, tant qu'il siégea, l'un des plus ardents défenseurs de l'autorité royale; Jean-Joseph Mounier, qui proposa le serment du Jeu de Paume, mais que les journées d'octobre détournèrent de la politique, et qui, ayant échoué dans son projet d'établissement de deux Chambres, d'origine diverse, comme en Angleterre, se retira en Suisse; Pierre Victorien Vergniaud, qui avait le don de la parole, mais qui versa dans la Révolution avec emportement, qui vota pour la mort dans le procès de Louis XVI, et qui montant à son tour sur l'échafaud, le 31 mai 1793, après la défaite parlementaire du parti des Girondins à la Convention, paya ce vote de sa tête.

La Constituante a établi la doctrine de la séparation des pouvoirs exécutif, législatif et judiciaire, doctrine salutaire qu'il serait sage de maintenir dans toute sa plénitude et toute sa vérité.

Un épisode très secondaire hâta le déchaînement des tempêtes populaires. Pendant qu'une disette sérieuse régnait dans Paris où l'on en rendait la cour et le ministère et même la Constituante responsables, Louis XVI fit venir à Versailles un régiment de Flandres dont les gardes du corps fêtèrent, selon l'usage, les officiers, le i'^'^ octobre 1789, dans la salle de spectacle du palais où on leur donna un banquet.

Louis XVI et Marie-x\ntoinette se montrèrent innocemment à cette fête toute militaire et toute fraternelle. Les Parisiens voulurent y voir une provocation, une menace.

Surexcitée par les écrits et les discours incendiaires d'orateurs et de' libellistes de bas étage qui ne méritent même pas d'être nommés, une bande d'énergumènes parmi lesquels se trouvaient des femmes, se portèrent de Paris au palais de Versailles, où ces bandits, lie de la populace, menacèrent les jours de Marie-Antoinette, et d'où ils arrachèrent, par leurs violences, pour la ramener de force au palais des Tuileries, toute la famille royale, otage au pouvoir des démagogues.

La Constituante, également partie de Versailles, vint s'installer à Paris, où elle dut continuer à siéger, aussi prisonnière que la famille royale, et comme elle, à la merci des événements, des clubs et des émeutes.

Le 4 février 1790, on put croire à l'union générale, à la conciliation universelle. Quelques démonstrations sympathiques pour la tamille royale s'étaient produites à l'Hôtel de Ville et surtout à la Constituante.

Louis XVI voulut répondre personnellement à ces démonstrations par un acte public. Il se rendit à la Constituante sans y être annoncé. 11 y tint, sur les questions du jour, un langage qui enthousiasma les

députes. Tous se levèrent et prêtèrent un serment de fidélité à la nation, à la loi et au Roi.

Le duc d'Orléans était alors à Londres, en mission. 11 adressa de cette ville, neuf jours après, au président de la Constituante, la lettre suivante, écrite de sa main :

« Je vous prie de supplier l'Assemblée de vouloir bien recevoir mon adhésion formelle au serment que ses membres ont prêté le 4 de ce mois, et de trouver bon que comme eux, je jure d'être fidèle à la nation, à la loi, au Roi, et de maintenir de tout mon pouvoir la Constitution décrétée par l'Assemblée nationale et acceptée par le Roi. »

Nous reproduisons le fac-similé des dernières lignes avec la signature :

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Mirabeau dominait la Constituante par la fougue de son éloquence et la supériorité de son esprit. Il avait un rival au club des Jacobins, où François-Joseph-Maximilien-Isidore de Robespierre élevait tribune contre tribune et dont il avait f;ùt un pouvoir public, irrégulier dans

son origine, puissant par son influence dans Paris. Il devait bientôt rester seul.

Le 2 avril 1791, Honoré-Gabriel Riquctti, comte de Mirabeau, mourut d'épuisement et de fatigue, avec le remords et la douleur d'avoir poussé, aux vibrations tonnantes de sa parole enflammée, la monarchie dans l'abîme des révolutions, sentant enfin qu'il y avait jeté avec elle la France elle-même.

La Constituante avait perdu son maître, le club des Jacobins conservait le sien.

La mort de Mirabeau consterna la Constituante où elle laissait un vide qui ne devait pas être rempli. Deux jours après, une foule immense accompagnait son cercueil que l'on conduisit, en grande pompe, à Sainte-Geneviève, devenue ce jour-là le Panthéon, en vertu d'un décret qui fit de cette église, œuvre de Soufflot, consacrée en [761, sous Louis XV, au culte spécial de la patronne de Paris, une nécropole.

C'est donc le Démosthéne de la France qui a inauguré cette nécropole.

La Constituante contmuait à élever, pierre par pierre, l'édifice de sa constitution dont elle foisait sanctionner séparément par Louis XVI chaque partie, ce qui ne lui permettait pas d'en apprécier et d'en juger l'ensemble. Sa sécurité personnelle était d'ailleurs menacée en même temps que sa situation royale devenait intenable. Il résolut de sortir, sous un déguisement et par la fuite, du palais des Tuileries, avec la Reine, archiduchesse d'Autriche, qu'il avait épousée en 1770, et qui était fille de François L"' et de Marie-Thérèse ; avec son fils, le dauphin Louis-Charles, et sa fille, Marie-Thèrése-Charlotte, future duchesse

d'Angoulême.

Partie le 20 juin 1791. la famille rovale avait réussi à atteindre Varenne en Argonne, à quelques kilomètres de Verdun, en Lorraine. Là, elle fut arrêtée deux jours après son départ, sur la dénonciation d'un nommé Drouet, fils du maître de poste de Sainte-Menehould, qui avait reconnu Louis XVI dans cette localité. Elle fut ramenée à Paris et réintégrée dans le Palais des Tuileries, ou pour mieux dire, dans sa prison préventive.

La Fayette a été le principal instrument de cette réinstallation, qu'il a déploré plus tard d'avoir provoquée. C'est lui qui, au lieu de laisser échapper la famille royale, comme il pouvait le faire, envoya sur toutes les routes des officiers porteurs de l'ordre de l'arrêter et de la ramener au siège du gouvernement.

Le voyage ou la fuite de Varennes suscita un orageux débat à la Constituante où un rapport fut fait par une commission élue en séance, sur cet incident. Le rapport concluait à un vote d'absolution.

Ces conclusions furent votées à une majorité très considérable. Robespierre seul les combattit dans un langage violent et passionné. La situation n'était donc pas encore tout à fait perdue.

Cette décision fut rendue le 13 juillet 1791, le lendemain de la fête de la fédération, qui fut célébrée au Champ de Mars et à laquelle assistait une foule immense. La province y était largement représentée par de nombreux délégués. Louis XVI siégeait sur un trône placé dans un pavillon de l'École militaire.

Au centre du Champ de Mars s'élevait un autel dit l'autel de la Patrie. Sur cet autel, on dit la messe. L'o|Eîciant était Charles-Maurice de Talleyrand Périgord, que Napoléon I" devait faire prince de Bénévent, alors évêque d'Autun, et un des personnages les plus

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