NÉ EX I7IO. — MORT EN
lorsque la Reine arriva à Metz avec le Dauphin. La joie fut grande dans toute la France, lorsqu'on y apprit son rétablissement.
Pendant sa convalescence, Louis XV quitta Metz et alla achever sa guérison à Strasbourg. Il put assister au siège et à la prise de Fribourg, puis il rentra dans Paris où on lui offrit un splendide banquet à l'Hôtel de Ville.
Charles VII, ou plutôt le duc de Bavière qui avait porté ce titre, mourut subitement à Munich, le 20 janvier 1745. Cette mort n'arrêta pas la guerre. Elle continua.
C'est dans cette phase nouvelle, et pendant la campagne de Flandre, que dirigeait le maréchal de Saxe, que se livra la bataille de Fontenoy, où Louis XV, s'il n'avait été le Roi, aurait conquis par son courage la première dignité de l'armée.
Le !'-''■ mai 1745, le maréchal de Saxe assiégeait la ville de Tournay que défendait une garnison hollandaise de neuf mille hommes. Le duc de Cumberland accourut au secours de cette place avec des troupes anglaises.
La bataille 4e Fontenoy fut livrée, le 1 1 mai 1 745, par l'armée française, le Roi présent, le Dauphin présent, contre des troupes hollandaises et des troupes anglaises réunies.
C'est pendant cette bataille qu'une colonne anglaise arrivant en face du régiment des gardes françaises, dit ces mots connus, mais souvent mal répétés : « Messieurs des gardes françaises, tirez les premiers. » Mais du côté des gardes françaises on eut la même courtoisie et on dit : « Messieurs les Anglais, tirez les premiers. »
Louis XV s'était placé au milieu des troupes, mais sans donner d'ordres, afin de ne pas contrecarrer les instructions du maréchal de Saxe, malade, qui se faisait porter dans une voiture d'osier.
D'après M. Dareste, la fameuse colonne anglaise de Fontenoy fut prise en f;ice par le canon, en flanc par plusieurs régiments français qui se précipitaient sur elle en même temps, l'infanterie à la baïonnette, la cavalerie le sabre à la main, ayant l'ordre de toucher l'ennemi du poitrail des chevaux. Elle recula lentement, laissant le terrain jonché de morts, mais gardant ses rangs et n'abandonnant ni drapeaux, ni prisonniers.
Cette colonne anglaise de Fontenoy, marc^iant six heures pour franchir un ravin et enlever des redoutes, puis venant s'abîmer sous une grêle de feux et des charges effroyables, a laissé un grand souvenir dans les fastes militaires de l'Angleterre. Mais son héroïsme n'a fait qu'ajouter à l'éclat de la victoire que les troupes françaises ont remportée sur elle. .
Huit mille Anglais environ restèrent sur le champ de bataille. La maison du roi, dont la présence de Louis X\' excitait l'ardeur, tut magnifique d'audace, et dans le danger, de mépris de la mort. Le drapeau de la France avait reconquis tout son prestige, la supériorité de notre armée redevenait incontestable. Louis XV, assistant à une bataille, rappelait Henri IV.
La guerre avait changé de caractère, à diverses reprises. Marie- Thérèse elle-même avait changé d'attitude. Elle avait naguère contesté la validité de l'élection de Charles de Bavière, comme empereur d'Allemagne. Après sa mort elle modifia son plan.
Le titre d'empereur d'Allemagne étant redevenu vacant, de fait comme de droit, elle ne s'occupa plus que d'assurer des voix à son mari, François de Lorraine. Elle réussit sans difficulté.
Le duc de Lorraine fut élu empereur d'Allemagne à Francfort, le 15 septembre 1745, sous le nom de François F", victoire pacifique
que Marie-Thérèse célébra par des revues militaires et des réjouissances publiques.
On n'en continua pas moins à guerroyer, presque sans but, pendant trois années encore avant de déposer les armes. Enfin on décida entre le duc de Cumberland et le maréchal de Saxe, qu'il y aurait un congrès à Aix-la-Chapelle pour le rétablissement de la paix en Europe. On y signa, des préliminaires de paix seulement le 30 avril 1748, entre la France, l'Angleterre et la Hollande. Ces trois puissances arrêtèrent entre elles les bases d'un traité définitif, bases qu'elles firent accepter aux autres belligérants, à l'Autriche, à l'Espagne, à la Sardaigne.
La paix d'Aix-la-Chapelle donnait la Silésie à la Prusse, Parme avec Plaisance et Guastalla à Philippe de Bourbon, qui était l'un des fils de Philippe V et d'Elisabeth Farnèse.
Cette paix ne modifia en rien la situation de l'Europe. Chacun garda ou reprit ce qu'il avait avant la guerre. La France n'en retira aucun bénéfice, mais on peut dire qu'elle avait dirigé les négociations, et que le traité d'Aix-la-Chapelle était en grande partie son ouvrage.
Après la guerre de Pologne, après la guerre de la succession d'Autriche, après le traité d'Aix-la-Chapelle, il y eut en France un regrettable relâchement de mœurs, qui était dans le courant de l'époque et auquel se rattache le nom méprisable et méprisé de Jeanne- Antoinette Poisson, mariée à M. Lenormand d'Étiolles, plus connue sous le nom de marquise de Pompadour, titre que Louis XV eut la faiblesse de lui accorder.
11 y eut aussi de perpétuelles discussions, de continuelles agitations, qui vinrent, en partie des luttes du parlement de Paris avec l'autorité royale, en partie des controverses et des discordes reli-
gieuses auxquelles il fut mêlé, tantôt contre le clergé de France, tantôt contre la société de Jésus. Il y eut enfin une très grande liberté de langage, une sorte de débauche d'esprit dans le monde savant et lettré, et, à côté de quelques oeuvres mûrement méditées, longuement préparées, comme l'Esprit des lois de Montesquieu, beaucoup d'écrits dont le but était de saper les fondements de la société, dans ses deux principales assises; la religion et la royauté.
Le parlement de Paris qui travaillait sciemment ou inconsciemment à amener une tempête révolutionnaire dans laquelle il devait disparaître où il devait sombrer, imagina qu'il était à la fois le représentant de l'État et l'organe de la nation. Il n'était qu'un élément de trouble, et même lorsqu'il était dans son droit et dans le vrai, il gâtait sa cause par la turbulence de son caractère et la hauteur de son attitude. C'est ce qui décida René-Charles-Nicolas- Augustin de Maupeou, alors chancelier de France, k en modifier l'organisation. C'était presque un coup d'État au petit pied qui devait avoir sa contre-partie sous le régne de Louis XVI.
Il n'y a aucun intérêt, aucune utilité à s'appesantir sur les teintes variées, toutes attristantes, de ce tableau que de dramatiques et vastes événements ne devaient pas tarder à rejeter dans l'ombre.
Nous devons aborder maintenant une question plus haute et plus intéressante, la question maritime et coloniale qui réservait à la France de douloureuses surprises.
Le début de la guerre maritime et coloniale fut heureuse. Un personnage d'une physionomie étrangement légendaire, Louis-François Armand du Plessis, duc de Richelieu, avait en 1756 le commandement supérieur des côtes de la Méditerrannée. Les Anglais occupaient Port-Mahon, capitale de l'île Minorque.
Le 10 août, la flotte de Toulon prenait la mer. Elle transportait des troupes de débarquement destinées à faire le siège de cette place qui passait pour être imprenable et que le duc de Richelieu faisait capituler le 27 juin.
Auparavant il v avait eu sur mer un combat entre l'escadre française et l'escadre anglaise que commandait ramiral'John Byng, qui paya sa défaite de sa vie. Arrêté, emprisonné, jugé, condamné, il fut fusillé.
Malheureusement la fin ne devait pas répondre au commencement.
Le dénouement final pour la France fut la perte du Canada qui fut bientôt suivi de la perte de l'Inde. La guerre maritime devait se prolonger jusqu'en 1762, se combinant avec une guerre continentale^ dans laquelle la Prusse et la France étaient belligérantes et ennemies.
C'est dans le cours de cette guerre continentale que fut livrée la bataille de Rosbach, où Frédéric II, dont la situation était désespérée, remporta, le 5 novembre 1737, une grande et décisive, mais facile victoire qui sauva et releva la Prusse, alors menacée d'un complet écrasement.
L'adversaire du roi de Prusse à Rosbach était Charles de Rohan, prince de Soubise, médiocre général, quoiqu'il fût maréchal de France.
Enfin la guerre maritime et la guerre continentale aboutirent à la paix par deux traités séparés. Le premierfut signéle 3 novembre 1765, à Fontainebleau, entre la France, l'Angleterre et l'Espagne. Le second ne fut signé que le 15 février 1763, dans la Saxe, au château de Habertsbourg, entre l'Autriche et la Prusse.
La France ne céda rien sur le continent, mais elle perdit toutes ses plus belles colonies. C'était la paix. On la fêta à Paris où on
inaugura, le 20 juin 1765, la statue équestre de Louis X\', œuvre de Bouchardon, érigée sur la place qui est aujourd'hui la place de la Concorde; cette statue a été renversée le 10 août 1792. Elle n'a été ni replacée, ni remplacée.
Le tableau européen avait encore changé.
Le roi d'Angleterre était alors Georges III, troisième du nom, de la maison de Hanovre. Le roi d'Espagne était Charles III, qui succéda à son frère consanguin^ Ferdinand VI, fils aîné de Philippe V et de sa première femme. Il était lui-même le fils aîné de ce même Philippe V et de sa seconde femme.
Enfin William Pitt, devenu lord Chatam, achevait à la chambre des pairs d'Angleterre sa longue carrière ministérielle et Etienne François, titulaire du duché pairie de Choiseul, avait la direction des affaires de l'État.
Catherine II était impératrice de Russie. Marie-Thérèse était impératrice d'Autriche.
Un prince de la maison des Bourbons d'Espagne, fils de Charles III, et petit-fils de Philippe V et d'Elisabeth Farnèse, était roi de Naples où il fondait une dynastie.
Un prince de la maison d'Autriche, Hapsbourg-Lorraine, était grand duc de Toscane où il fondait également une dynastie.
Un prince de la maison d'Esté était rentré en possession du duché de Modène, héritage de famille.
Charles-Emmanuel III, de l'illustre et vieille maison de Savoie» fils de Victor-Amédée II, était roi de Sardaigne, bien que Turin fût sa résidence.
Le duc de Choiseul avait eu un grand succès diplomatique. Il avait signé le i) août 17)9, le pacte de famille qui stipulait une
c-troitc alliance offensive et défensive entre les quatre souverains de la maison de Bourbon, Louis XV, roi de France, Charles lil, roi d'Espagne, Ferdinand IV, roi de Naples et Philippe P"", duc de Parme.
Le meilleur des pactes de famille eut été une armée nombreuse, aguerrie, disciplinée, et surtout commandée par d'autres généraux que ceux du choix de la marquise de Pompadour.
Le nom de la marquise de Pompadour se rattache directement à la grosse affaire de la société de Jésus. Un ministre de Joseph I^"", roi de Portugal, Carvalho, marquis de Pombal, expulsa les membres de la société de Jésus de ce royaume.
Cet incident eut du retentissement en France où les derniers Jansénistes rappelèrent que la société de Jésus avait peut-être armé la main de Robert-François Damiens, qui avait tenté d'assassiner Louis XV, bien qu'il eût été démontré que ce Damiens, voleur avant d'être assassin, n'était pas un fanatique religieux, mais plutôt un précurseur des régicides de 1793.
La société de Jésus était hostile à la marquise de Pompadour et avait essayé d'amener sa disgrâce. Elle résolut de se venger par l'expulsion de cette société, qui avait contre elle l'Université, sa rivale dans l'enseignement.
Le 6 août 1762, un arrêt du parlement de Paris condamna la société de Jésus à disparaître du sol de la France, sous prétexte qu'elle formait un corps politique indépendant, en un mot, un État dans l'Etat. Son plus grand adversaire, La Chalotais, rédigea alors le plan d'une nouvelle éducation nationale et revendiqua, à cette époque, le droit pour l'Etat d'instrire la jeunesse. C'était un précurseur.
D'autres Etats prirent des résolutions analogues. Clément XIV leur accorda, le 20 juillet 177^, un bref d'abolition de la société de Jésus
dont Paul III avait approuvé, le 27 septembre 1540, la fondation, qui remontait à 1534.
Clément XIV accusait la société de Jésus d'avoir été un élément de trouble et de discussion dans l'Église. La marquise de Pompadour, la puissante ennemie des Jésuites, était morte depuis le 15 avril 1764. Elle n'eut pas la joie impie d'assister à leur désastre.
Le duc de Choiseul, délivré de la complicité, de l'ingérence etde la solidarité de la marquise de Pompadour, racheta l'alliance qu'il avait contractée avec elle et s'occupa de la réforme de l'armée et de la reconstitution de la marine. Puis il compensa la perte des colonies par l'acquisition de l'île de Corse, qui fut définitivement et régulièrement réunie au domaine de la couronne, le 15 mai 1768, sous son ministère.
Cette réunion était le testament politique du duc de Choiseul, qui fut disgracié et qui alla mourir dans son château de Chanteloup. D'abord comte de Stainville, il devait à Louis XV son duché-pairie.
Sous le duc de Choiseul, comme sous le cardinal deFleury, comme au temps de Dubois, le ministre des affaires étrangères était doublé par un homme d'État que Louis XV chargea, pendant un très grand nombre d'années, de la direction de ce qu'on a appelé la correspondance secrète du Roi.
Ce mmistre occulte des affaires étrangères était le comte Jean François de Broglie, de l'illustre famille de ce nom, originaire du Piémont, et titulaire, depuis 1742, d'un duché-pairie.
La fin de Louis XV fut une expiation. Elle suivit de prés la disgrâce du duc de Choiseul. Il expira le 10 mai 1774, deux ans après le premier partage de la Pologne qu'il ne put empêcher, mais dont il ne fut ni le complice, ni le bénéficiaire.
Avant de rendre le dernier soupir, Louis X\' s'était réconcilié avec l'Eglise. Il avait voulu que le premier aumônier de France fît en son nom amende honorable.
Sous le régne de Louis XV, on voit apparaître dans le monde des lettres, des noms dont la renommée plus ou moins retentissante a survécu à ce long régne.
Ce fut comme une seconde période, moins éclatante et moins respectable que celle du régne de Louis XIV, et cependant influente et adulée. A la tête, figuraient François-Marie-Arouet de Voltaire, qui a fait plus de mal que de bien ; Jean-Jacques Rousseau que son Conirat social et son Vicaire savoyard, œuvres d'un sectaire, classent dans le parti des destructeurs de la religion et de la société ; Charles de Secondât, baron de la Bréde et de Montesquieu, déjà cité, que son livre, XEsprit des lois, traduit dans toutes les langues, a immortalisé; Jean-Antoine de Caritat, marquis de Condorcet, savant qui devait être mêlé au mouvement révolutionaire et qui serait monté sur l'échataudde la place de la Révolution, s'il n'avait échappé au supplice par le poison; le grand naturaliste Jean-Louis Leclcrc, comte de Bufîon ; le philosophe Etienne Bonnot de Condillac; le géomètre Pierre Simon, marquis de Laplace; Réaumur; puis d'xAlembert , Diderot, Helvetius, Fontenelle, Regnard, Crébillon, Beaumarchais, Marivaux ; et dans un autre domaine, Anne-Bernard-Jacques Turgot, l'économiste ; Chrétien-Guillaume de Lamoignon de Malesherbes , qui devait être l'un des défenseurs de Louis XVL
C'est sous le régne de Louis XV que Louis-Henri-Joseph, duc de Bourbon, indiqué comme ayant été le dernier prince de Condé, épousa Louise-Marie-Thérése-Batilde d'Orléans.
On remarque parmi les signatures qui existent au bas du contrat
de mariage, qui est du 23 avril 1770, et qui fut signé au palais de Versailles, sous celle du roi Louis XV, celle du Dauphin, qui fut Louis XVI, celle du comte de Provence, qui est devenu Louis XVIII, celle du comte d'Artois, qui est devenu Charles X. Il nous a paru curieux de reproduire ces signatures dont nous donnons le fac-similé
Le règne de Louis XV, à raison de sa durée, avait été assombri de deuils nombreux. Il avait perdu, en 1759, sa fille, infante de Parme; en 1761, son petit-fils, le duc de Bourgogne; en 1765, son fils le dauphin Louis; en 1766, son beau-pére, Stanislas Leczinski; en 1767, sa belle-fille, la dauphine; en 1768, sa femme, Marie Leczinska. Il laissa, à sa mort, la couronne de France à son petit-fils, le second fils du dauphin, Louis-Auguste.
Les funérailles de Louis XV se firent comme celle de Louis XIII et de Louis XIV, sans pompe. Son cercueil fut transporté du palais de Versailles à la basilique de Saint-Denis.
C'était plus que la fin d'un régne. C'était la fin de l'ancienne monarchie, car l'histoire du régne de Louis XVI allait être, en effet, l'histoire de la révolution naissante.
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