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discutables et les plus discutes de la période qui a vu plusieurs régimes, à raison des rôles variés qu'il y a joués.
La messe terminée, La Fayette monta à l'autel où il prêta le premier le serment de la tédération. Ce serment fut répété par le président de la Constituante. Louis XVl suivit leur exemple. La foule l'acclama. Les délégués de la province étaient dans l'enthousiasme. Ils adoraient tous la famille royale et lui témoignaient, partout où ils se trouvaient en sa présence, beaucoup d'amour et de respect.
Le surlendemain, on déposait au Champ de Mars, sur l'autel de la Patrie, une pétition où l'on demandait la déchéance de Louis XVL
Le dimanche qui suivit, le Champ de Mars était envahi par une bande de forcenés qui égorgèrent deux invalides. A la demande du président de la Constituante, la municipalité de Paris fit arborer le drapeau rouge à l'une des fenêtres de l'Hôtel de Ville, en même temps qu'on proclamait la loi martiale.
Le drapeau rouge, qui est maintenant l'étendard séditieux de la Commune, était alors le signe de l'autorité. Il signifiait résistance à l'émeute et non appel à l'insurrection.
La municipalité, ayant à sa tête le maire, qui était Bailly, se rendit au Champ de Mars avec des troupes régulières. La Fayette vint l'y rejoindre avec des gardes nationales, et comme la foule leur lançait des pierres, il commanda le feu. Le terrain fut bientôt déblayé, mais il y avait des morts et surtout des blessés.
Singulier peuple, étrange pays! Vague mobile et changeante! Aujourd'hui la popularité, demain l'impopularité ; aujourd'hui la haine, demain l'amour.
Le 14 août 1791, Louis XVl se rendit à la Constituante, lui déclara qu'il acceptait la Constitution qu'elle avait achevée et prêta serment
à cette Constitution que lui seul devait observer, bien qu'elle ne fût pas toute conforme à ses sentiments et à ses principes.
Un mois après, jour pour jour, un dernier décret incorporait au domaine de la couronne, au domaine de la France, tout le Comtat Venaissin avec sa capitale, la ville d'Avignon. Ainsi jusqu'à la dernière heure, la France s'est agrandie et complétée sous la dynastie des Bourbons.
C'est à Louis XVI que revenait le droit et le devoir de promulguer la Constitution de 1791. Voici en quels termes il remplit cette mission, le 28 septembre :
« J'ai accepté la Constitution ; j'emploierai tous mes efforts à la faire exécuter. Le terme de la Révolution est arrivé: il est temps que le rétablissement de l'ordre vienne donner à cette Constitution l'appui qui lui est maintenant le plus nécessaire ; il est temps de fixer l'opinion de l'Europe sur les destinées de la France, et de démontrer que les Français sont dignes d'être libres. »
Le 30 septembre 1791, Louis XVI retourna à la Constituante pour en clore les travaux et les débats. Le soir elle n'était plus. Le lendemain, la Législative lui succédait.
Avec la Constituante, c'était déjà moins la France des Bourbons; avec la Législative, ce fut bientôt la France des révolutionnaires. Nous pourrions fermer là l'histoire du régne de Louis XVI, mais nous devons aller jusqu'à son martyre, ne fut-ce que pour montrer à quel degré de sauvagerie on peut descendre, quand on a brisé tous les freins de l'humanité, l'esprit de la légalité, le respect de l'autorité, l'amour de la religion, lorsqu'on n'a plus pour guide, que des haines politiques, des rêveries socialistes, des convoitises effrénées et des doctrines malsaines, car il y a eu de tout cela de 1792 à 1799, où il
fallait qu'une main de fer s'appesantît sur la société pour faire rentrer dans son lit le torrent de la destruction qui l'avait, en débordant sur elle, entièrement submergée.
La Législative s'était réunie avec l'intention d'avance arrêtée, de prononcer l'abolition de la royauté, ce qui était la violation préméditée de la Constitution de 1791, dont elle était la gardienne. Du reste, elle ne tarda pas à être débordée par la pression extérieure des clubs, des émeutes populaires, et surtout par la Commune de Paris, qui se rendit bientôt maîtresse de la situation et sur laquelle s'appuyaient tous les ennemis déclarés de l'autorité royale, tous ceux qui voulaient détruire ensemble la monarchie et la religion, qu'on ne saurait séparer l'une de l'autre, sans affaiblir l'une et l'autre.
Avant les journées du 20 juin et du 10 août 1791, qui furent un grand attentat du parti révolutionnaire, le tableau était changé. La Fayette avait donné sa démission de commandant en chef de la garde nationale de la Seine. Le maire de Paris n'était plus Bailly. Il se nommait Jérôme Pétion. Georges-Jacques Danton était entré en scène en même temps que Joseph-Antoine Santerre.
Le 20 juin était l'anniversaire du serment du Jeu de Paume. Ce fut là le prétexte, l'occasion d'une insurrection à laquelle Santerre était mêlé, et que Pétion ne voulut pas prévenir. Le palais des Tuileries fut envahi; ce fut une scène odieuse. Marie-Antoinette ayant prés d'elle son fils et sa fille, fut grossièrement insultée, pendant deux heures. Pétion arriva tard au palais des Tuileries qu'il fit évacuer, après que Louis XVI eut bu jusqu'à la lie la coupe des humiliations. Un certain Louis Legendre, ancien boucher, mêlé à toutes les émeutes de l'époque, le força d'écouter un langage insolent. On l'obligea à se coiffer du bonnet rouge et a
390 • LES BOURBOiNS DE FRANCE
boire un verre de vin qu'on lui présentait pour qu'il fraternisât avec le peuple.
Le crime de Louis XVI était un acte de fermeté qu'on ne peut qu'approuver. Il avait refusé de sanctionner un décret de la Législative qui menaçait la liberté et la vie des prêtres assez courageux pour se refuser à accepter ce qu'on appelait la constitution civile du clergé.
C'est la Constituante qui avait décrété, le 12 juillet 1790, cette constitution civile du clergé à laquelle tous les prêtres, évêques, curés et desservants devaient prêter serment.
Pie VI condamna cette innovation qui changeait toute l'organisation de l'Eglise en France, il interdit le serment à tous les ecclésiastiques; les uns obéirent au souverain pontife, les autres se soumirent au pouvoir parlementaire. Il y eut alors, à côté des prêtres constituants ou assermentés, les prêtres insermentés ou réfractaires.
Ce sont ceux-ci que la Législative avait voulu contraindre par la force à l'obéisscince.
Le 22 juillet 1792, on promulgua le décret qui déclarait la patrie en danger et ordonnait, sans le concours du pouvoir exécutif, des levées extraordinaires, décret que la Législative avait voté après un violent discours de Vergniaud.
On conseillait à Louis XVI de quitter Paris. Mais il aurait paru aller au devant des troupes autrichiennes en marche vers les frontières de France. Il préféra tout à ce soupçon. S'il n'avait pas l'énergie de la lutte, il avait la résignation du chrétien. Il y avait eu une seconde et dernière fête de la fédération où il s'était rendu avec Marie-Antoinette, et qui s'acheva sans accident.
On s'agitait partout, partout on pétitionnait pour demander à la
Législative de prononcer la déchéance de Louis XVI. Le manifeste du duc de Brunswick, daté de Coblentz, 25 juillet 1792, vint jeter de l'huile sur le feu. L'invasion étrangère était annoncée.
Tout semblait se réunir pour amener, dans la journée du 10 août, qui suivit la publication de ce manifeste auquel Louis XVI était étranger, une nouvelle invasion du palais des Tuileries. Cette invasion se fit aux sons du tocsin et au chant de la Marseillaise, et força la famille royale de se réfugier à la Législative, qui siégeait dans ce qu'on appelait la salle du Manège des feuillants, située dans le jardin, salle où, dés le 9 novembre 1789, la Constituante s'était installée. >
Les Suisses qui seuls la défendirent, furent massacrés. On dévasta, on pilla le palais des Tuileries.
Louis XVI fut suspendu de ses fonctions de Roi par la Législative, qui avait déjà supprimé les mots de sire et de majesté. On le conduisit au palais du Luxembourg, sa seconde prison. Il en sortit bientôt pour être envoyé par Pétion et Santerre au Temple, sa troisième prison. Celle-là, il ne devait la quitter que pour monter à l'échafaud.
La Législative n'avait ni eu l'idée, ni pris l'initiative de cette translation. C'est la Commune de Paris qui l'avait exigée, sous prétexte qu'ayant la responsabilité de la garde de la famille royale, il fallait qu'elle pût la surveiller et en prévenir l'évasion, et que le Temple étant une propriété de la ville, c'est là seulement qu'elle pouvait remplir cette mission. Elle la remplit en effet, en geôlière dont la brutale grossièreté venait s'ajouter à d'indignes et barbares traitements. Louis XVI y était enfermé avec la reine Marie-Antoinette, avec son fils, sa fille et sa sœur, la princesse Elisabeth.
C'est alors que Louis XVI se montra grand par sa résignation de chrétien. Sa conscience d'homme ne lui reprochait rien. Il pouvait attendre avec le calme du juste, la mort qui ne devait pas tarder à arriver.
Quelques faits généraux de l'histoire de l'époque qui n'appartiennent pas au régne de Louis XVI, dont la déchéance avait précédé l'abolition de la royauté, et qui, du reste, était prisonnier au Temple, mais qui se rattachent à la marche torrentielle et précipitée des événements, sont à indiquer.
La Constitution de 1791 avait été emportée avec la royauté de Louis XVI, dans la journée du 10 août 1762. La Législative avait également disparu. La Convention l'avait remplacée le 21 septembre de cette même année. Elle avait, dès le jour de l'ouverture, proclamé la République.
A l'instigation de Danton, alors ministre de la justice, on avait auparavant égorgé dans les prisons de Paris, des prêtres, des vieillards, des femmes qui attendaient là les arrêts ou les condamnations du tribunal révolutionnaire. C'est ici que se placent les deux incidents historiques de M"'^ de Sombreuil qui racheta la vie de son père en buvant un verre de sang, et de la princesse de Lamballe qui refusa de jurer haine à la reine, et dont on promena la tête au bout d'une pique, sous les fenêtres du Temple.
11 y eut d'autres massacres en province, et surtout à Orléans. C'est dans ce nuage de sang que la Législative s'était éclipsée, transmettant un pouvoir dont elle avait si mal usé à une légion de tigres à face humaine.
C'est dans les rangs de cette légion que le hideux Marat se fit une horrible renommée.
L'armée française était à ce moment là le seul débris de l'ancien régime. Elle montra sur le champ de bataille de Valmy que sa puissante organisation avait résisté aux assauts de la Révolution. Dumouriez battit sur ce champ de bataille les troupes prussiennes que le duc de Brunswick commandait avecla croyance qu'il ne rencontrerait devant lui que des bandes indisciplinées et sans expérience. Il se trompait.
Les généraux avaient émigré, mais les officiers supérieurs étaient restés.
Quelque temps après, Dumouriez acheva de s'illustrer, comme homme de guerre, sur le champ de bataille de Jemmapes où il remporta sur les Autrichiens une victoire qui lui livra l'entrée de la Belgique et à laquelle concourut le maréchal de camp duc de Chartres, depuis duc d'Orléans, puis Roi des Français.
Charles-François Duperrier Dumouriez était un maréchal de camp du régne de Louis XVL II est donc juste de mettre à l'actif de la dynastie des Bourbons les deux premières victoires de la première République.
On a dit qu'en ce temps là l'honneur s'était réfugié à. l'armée. Elle avait laissé la folie et le crime en France.
On se demandait, en décembre 1792, à la Convention ce qu'on allait décider sur le sort de Louis XVI. Robespierre voulait qu'elle le condamnât sans procès, sans phrases, sans jugement. Pétion fit décider qu'elle s'érigerait en tribunal et qu'il comparaîtrait devant elle comme accusé.
Maintenant il nous faut aller vite, car on ne sort plus du sang que pour tomber dans la boue. C'est à qui aura le plus de scélératesse, le plus de lâcheté.
Le II décembre, la Convention ordonna que Louis XVI serait cité à sa barre le jour même. Il y fut conduit avec une escorte, précédée et suivie de canons. Il eut une attitude dont la dignité frappa même ses juges, prêts à devenir ses bourreaux.
Le futur rédacteur du Code civil, Jean-Baptiste Treilhard , qui devait voter pour la mort avec sursis, obtint de la Convention que Louis XVI désignerait lui-même ses défenseurs. Il choisit Jean- Baptiste Target qui refusa, et François-Denis Tronchet qui accepta. Malesherbes s'offrit et fut agréé.
André-Marie de Chénier, le futur auteur de la Jciiiie Captive, déclara qu'il s'asseoirait à côté de Malesherbes. Il devait être une des victimes du tribunal révolutionnaire.
Le 26 décembre 1792, Louis XVI reparut devant la Convention, assisté cette fois de Malesherbes et de Tronchet. Ils s'étaient adjoint le comte Raymond de Séze, qui prononça un plaidoyer dont l'effet fut considérable. Mais que pouvaient l'éloquence, la vérité, là où il était résolu qu'il n'y aurait pas de justice ?
La discussion générale fut aussi courte qu'orageuse. Elle était fermée le 7 janvier 1793. Les passions du dehors s'alliaient aux passions du dedans pour hâter le vote de la Convention et précipiter le dénouement.
Il avait été arrêté que le 16 janvier 1793 les questions seraient posées. Le 14, Vergniaud occupait le fauteuil. On discuta sur l'ordre dans lequel elles seraient soumises à la Convention.
« Louis est-il coupable?
te Le jugement sera-t-il soumis à la ratification du peuple?
« Quelle peine sera infligée à Louis ? »
Le 1 3, on avait déclaré que Louis était coupable.
La seconde question avait été écartée par un vote négatif, le i6.
Le 17 on vota sur la troisième question.
Cette séance fut longue et dramatique, elle lut émouvante et lugubre. Nous empruntons à Y^irt de vérifier les dates, le récit qui en fut publié, d'après un témoin oculaire et auriculaire. Le voici :
Les Jacobins profitèrent de la nuit précédente pour concerter toutes les mesures de menaces et de terreurs qu'ils voulaient ajouter aux menaces et aux terreurs précédentes. A leur voix tous les hommes du 2 septembre accourent armés de sabres et de bâtons. Ils assiègent de bonne heure toutes les avenues de la salle; ils attendent les députés au passage. Ils les applaudissent ou les insultent, suivant les intentions qu'ils croient lire dans leurs regards.
Le 17 janvier est arrivé. L'appel nominal se fait avec une extrême lenteur. Les voix se balancent entre la mort, le bannissement à la paix, et un sursis demandé avec différentes conditions. Les Girondins se divisent; Brissot vote le bannissement à la paix, Vergniaud vote la mort. L'appel nominal se continue toute la nuit. Les ténèbres ajoutent encore au sinistre appareil de cette délibération.
On ne peut, sans frémir, rapporter plusieurs des votes émis du haut de la Montagne. Legendre profère ce vote affreux : que le cadavre de Louis soit déchiré et distribué entre tous les départements.
Barrére, pour expliquer son vote, se sert de ces expressions : L arbre delà liberté ne peut croître qu arrosé du sang des rois.
Le nombre des votants est de 721, la majorité absolue est de 361. La première déclaration du bureau annonce que 366 voix sont pour la mort sans condition, 226 pour la détention ou le bannissement à la paix et le reste des voix pour la mort avec sursis, suivant différentes conditions.
39é LES BOURBONS DE FRANCE
Ces deux derniers votes, quoi qu'on ait pu dire depuis, étaient des votes hostiles.
Le 17 janvier, Vergniaud, président de l'assemblée, déclare au nom de la Convention que la peine qu'elle prononce contre Louis Capet est la peine de mort.
A la demande des défenseurs, Tronchet, de Séze etdeMalesherbes, un sursis est sollicité. Les Girondins appuient cette requête. Robespierre les apostrophe avec violence, leur reprochant de vouloir arracher Louis à la Convention.
Le sursis est mis aux voix, il est rejeté par 380 voix contre 5 10.
Nous avons la douleur de constater que sur la liste des membres qui avaient voté la mort se trouvait le nom du duc d'Orléans. Il devait expier cet égarement en mourant à son tour sur l'échafaud, la même année que Louis XVI, le 6 novembre.
Le 21 janvier de cette année funèbre, qui vit tomber sous la main du bourreau tant de hautes têtes, avait été fixé pour l'exécution de l'arrêt de mort que la Convention avait prononcé dans une nuit de démence.
Louis XVI entendit de la bouche du ministre de la justice du moment, le nommé Garât, la lecture de cet arrêt. Il accueillit cette lecture avec la fermeté d'âme que les premiers chrétiens devaient avoir lorsque les proconsuls les envoyaient au supplice. Il appela son confesseur Edgeworth, entendit la messe, fit à toute sa famille ses derniers adieux et remit à l'un des membres de la municipalité son testament dont Mme de Staël a dit que chaque mot est une vertu.
Ce testament, qui fut d'abord porté à la Convention, est aujourd'hui très connu, et n'a plus qu'un intérêt historique.
On craignait un soulèvement du peuple. On l'intimida par un
déploiement de forces extraordinaires. Les boutiques étaient fermées, on ne voyait partout que des canons placés sur la route que le funèbre cortège devait suivre. A travers les rues silencieuses, on vit s'avancer une voiture militairement escortée. Sur cette voiture il v avait un homme qui lisait les prières des mourants dans son livre, n'entendant même pas, dans le silence universel de la rue, le bruit de cette marche funèbre. C'était Louis XVI. Il était dix heures du malin lorsqu'il monta sur l'échafaud, d'où s'adressant à la foule, il dit : «Je pardonne à mes ennemis... » Mais on avait résolu de ne pas le laisser parler. Santerre, qui assistait l'exécuteur, ordonna un roulement de tambour, et c'est au bruit sinistre de ce roulement de tambour qu'un bourreau masqué fit rouler la tête dans le tombereau de la guillotine, dressée sur la place Louis XV, devenue la place de la Révolution.
Sur cette même place, Marie-Antoinette et la princesse Elisabeth subirent le même supplice, la première, le 16 octobre 1793, la seconde le 10 mai 1794. Il ne restait de la famille royale qu'un enfant qui devait être Louis XVII, et dont le sort a été plus navrant encore que celui de son père, de sa mère et de sa tante. La mort, qui pour lui fut une délivrance, vint l'arracher dans sa prison du Temple où la Commune de Paris le soumettait aux plus odieux, aux plus barbares traitements, qui seront une honte éternelle pour ses bourreaux, à une vie misérable. Sa sœur fut échangée contre des commissaires de la Convention, prisonniers de l'Autriche. Elle put aller rejoindre sa famille maternelle à Vienne.
Louis XVI n'a pas eu l'énergie de la résistance et le tempérament de la lutte, qu'exigeait l'époque. Mais il était éclairé, instruit, intelligent, et il avait des idées saines, des notions justes et des sentiments honnêtes sur beaucoup de matières d'ordre administratif
el financier. Nous en trouvons la preuve dans un recueil de ses lettres que l'éditeur de ce livre, M. Henri Gautier, vient de publier dans sa Nouvelle Bibliothèque populaire.
Le régne de la terreur continua avec la Convention, puis la République tomba aux mains énervées du Directoire; le Consulat et l'Empire donnèrent à la France la gloire sans la liberté. Après de grandes guerres, de brillantes victoires, Napoléon I^"", qui était le génie de la guerre fait homme, disparut, après deux invasions, comme un éclatant météore subitement éteint, laissant la France envahie, menacée de partage, comme la Pologne. Mais la monarchie qui l'avait faite, devait la conserver.
Nous allons retrouver la dynastie des Bourbons sur le trône de saint Louis, d'abord avec l'ancien comte de Provence, ensuite avec l'ancien comte d'Artois, frères de Louis XVI, réfugiés à l'étranger depuis quelque temps déjà, et que la mort de Louis XVII avait faits légitimes héritiers de la couronne de France.
Les deux princesses, filles de Louis XV et de Marie Leczinska et tantes de Louis XVI , avaient Hbrement émigré les premières, se rendant à Rome.
Le comte d'Artois avait ensuite émigré subrepticement, se rendant à Turin.
Enfin, le 20 juin 1791, la nuit même où la tamille royale quittait secrètement le palais des Tuileries, le comte de Provence se rendait en poste à Bruxelles.
Les armées coalisées de l'Europe, soulevées contre l'empereur et l'empire plus que contre la France elle-même, entrèrent sur son territoire pendant l'hiver de 1814. Napoléon I'^'' voulut encore dicter la paix, il ne voulut pas la subir et l'on voyait en perspective de nouveaux appels à l'impôt et à la conscription.
On était las de la guerre, on était las d'avoir sacrifié tant d'or et versé tant de sang pour le héros des champs de bataille qui ne savait pas, qui ne voulait pas transiger avec l'Europe, offrant de laisser à la France ses frontières de 1792, celles que la dynastie des Bourbons lui avait données, et qui demandait à reprendre les conquêtes de la Convention, du Directoire, du Consulat et de l'Empire.
Les armées de la coalition devant lesquelles fuyait Marie-Louise d'Autriche que son mari Napoléon l" avait mise à la tête d'une régence, arrivèrent le 30 mars 181 4 aux portes de Paris qui capitulait dans la soirée. Les maréchaux Edouard-Adolphe-Casimir-Joseph Mortier, duc de Trévise, et Auguste-Frédéric- Louis Wiesse de Marmont, duc de Raguse, signèrent cette capitulation. Ils cédèrent à la force.
Le lendemain l'empereur de Russie, Alexandre I*^"" et le roi de Prusse, Frédéric-Guillaume III, firent leur entrée dans la capitale de la France. Ils déclaraient ne pas vouloir traiter avec Napoléon P^
Il se manifestait dans les conseils de l'Europe où l'Autriche était impuissante, où la Prusse ne dissimulait pas ses sentiments de haine et de vengeance, où l'Angleterre était neutre, des idées de partage ou
tout au moins de mutilation qui allaient au delà d'un recul jusqu'aux frontières de 1792.
Il n'y avait de salut que dans la restauration de la dynastie des Bourbons dont le rétablissement avait été déjà proclamé à Bordeaux, avant-garde des provinces de l'est, de l'ouest et du midi.
C'est alors que sous l'influence de Talleyrand, qui se fit pardonner par son habileté patriotique ses erreurs passées, Alexandre I'^'' adopta ce projet de dénouement de la situation avec enthousiasme. Il était descendu à l'hôtel de la rue Saint-Florentin, qui appartenait à ce Nestor de la diplomatie. Cette heureuse circonstance eut un résultat, un effet utile.
Alexandre P"" Paulovitch était fils de Paul I^% dont on sait la mort tragique. Le père était un despote barbare, le fils était un libéral éclairé. Il fut dans ses vastes États, un réformateur et un civilisateur. En 1 801, il montait sur le trône des czars et signait avec Napoléon P"" un traité d'amitié. Mais il rompit avec lui avec éclat, après l'arrestation et la mort du duc d'Enghien.
Après la campagne de Russie , qui commença le déclin de la fortune de Napoléon I", Alexandre I'^'' se posa en pacificateur de l'Europe. Il y avait alors dans le langage de ses manifestes une sorte de mysticisme religieux. C'est de cette disposition d'esprit qu'est sortie l'idée de la sainte alliance dont il fut le promoteur et l'inspirateur, sorte de contrat d'union des gouvernements européens, contre les révolutions passées, présentes et futures, qui exerça une grande action diplomatique jusqu'à la fin du règne de Louis XVIII.
Alexandre I" était le véritable chef de la coalition européenne qui remporta sur Napoléon l'^f la victoire de Leipzig. Cette victoire qui