‹ Les Bourbons de FranceChapitre 15 sur 17 · ARBRE GÉNÉALOGIQUE · texte numérisé non relu

ARBRE GÉNÉALOGIQUE

EXPLIQUANT LES DROl 1 S DU COMTE DU PARIS A LA COURONNE DE IRANCE

« A l'entrée du Tréport, malgré la défense qui en avait été faite par le préfet, plusieurs drapeaux tricolores voilés de crépc avaient été mis aux fenêtres.

« Le coup d'œil de la ville, à l'arrivée, est absolument féerique.

« Les fenêtres, les quais du bassin, les hauteurs avoisinantes sont littéralement bondés de monde.

« Des gendarmes à cheval gardent l'entrée des deux ponts qui mènent au quai d'embarquement, prêts à en interdire l'accès. L'accueil fait à M. le comte de Paris et à sa famille, à leur entrée au Tréport, est très chaleureusement svmpathique.

« Une foule énorme se massait depuis plusieurs heures tout autour du bassin dans lequel le paquebot Victoria, de la compagniede Dieppe à Newhaven, nolisé par M. le comte de Paris, était entré la veille pour venir chercher l'exilé.

« Prés de dix mille personnes avaient pris place sur les quais, aux fenêtres des maisons et des hôtels, partout, en un mot, d'où l'on pou. vait espérer voir le départ.

« Le service d'ordre était fait par les brigades de gendarmerie de la ville et des environs, parle 24'-' de ligne et par des douaniers.

« Un espace libre avait été réservé sur le quai pour laisser passer M. le comte de Paris, sa fluiiille et sa suite. Auprès de la passerelle par laquelle il devait s'embarquer sur le bateau s'étaient groupés quelques sénateurs, quelques députés, quelques journalistes, surtout les intimes, MM. Edouard Bocher et Edouard Hervé.

« Tous les autres assistants entouraient le bassin comine s'ils avaient pris place dans un immense cirque.

« A deux heures et demie précises, la voiture de M. le comte de Paris, marchant en tête du cortège, apparaît au fond de ce cirque,

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devant l'hôtel d'Angleterre, et s'engage sur le pont qui conduit au quai d'embarquement.

« A ce moment, un silence solennel se fait dans la foule. Tous les cœurs sont serrés, tous les yeux se tournent vers le point par lequel arrive le prince.

(( Les voitures, après avoir contourné le bassin, viennent s'arrêter en face du bateau.

« M. le comte de Paris, en redingote noire boutonnée, avec un chapeau à haute forme, descend de sa voiture, s'engage sur la passerelle et va prendre place sur le pont de la Vicioria.

« Au moment précis où il met le pied sur le bateau, le pavillon national aux trois couleurs monte lentement au haut du grand mât et, s'abaissanî par trois fois, salue le descendant des rois de France.

« A la vue du drapeau national, les acclamations éclatent. On cric : K Vive le comte de Paris ! »

« Dés que le silence se fait, le prince soulève son chapeau, salue à son tour le drapeau, et se tournant vers la foule massée sur le quai, crie à voix forte : « Vive la France! »

« Autour de lui ont pris place : Mme la-comtesse de Paris, le duc d'Orléans, le duc de Chartres et son fils aine, le prince Henri; le duc de Noailles, le duc de la Trémoïlle, le marquis d'Harcourt, le comte d'Haussonville, le marquis de Beauvoir, Mme la vicomtesse de Butler, dame d'honneur de Mme la comtesse de Paris, le comte Olivier de Bondy, MM. de Chabaud-La Tour, Saint-Marc-Girardin, Aubrj^-Vitet, M. de Léris, M. Calla, ancien député de la Seine, MIVI, Gamard, Cochin, Despatys et Dufaure, conseillers municipaux de Paris, le baron de Noirfontaine, M. Camille Dupuy, secrétaire particuUer du prince, et M. Froment, précepteur du duc d'Orléans.

(' La passerelle est retirée; le bateau commence à déraper lentement. Les cris de : « Vive le comte de Paris! » redoublent. Ils prennent le caractère d'une ovation enthousiaste.

« Le comte de Paris, très ému, adresse à la toulc ces mots : Au revoir, à hientôl !

" Le bateau commence à s'éloigner lentement, obligé de s'arrêter de temps en temps par suite de la difficulté de sortir du port à un moment où la marée n'est pas encore tout à fait haute. Les assistants veulent le suivre jusqu'au dernier moment. Ils se pressent le long du quai et se dirigent jusqu'à l'extrémité de la jetée en poussant les cris vingt fois répétés : « \'ive la France! vive le comte de Paris! au « revoir, à bientôt! »

« Les acclamations ne s'arrêtent que lorsque le bateau sorti du port a pris la mer, faisant toujours flotter au haut du grand mât les couleurs nationales.

" On raconte dans la foule qu'on a offert au comte de Paris d'arborer un drapeau de soie portant, outre les couleurs nationales, les armes de sa maison, et qu'il a répondu : ce Non, rien que la France^ « rien que le drapeau français. »

« Après le départ, un grand silence se fait; tout le monde est dans le recueillement, la foule s'écoule lentement, le vide se fait dans ce vaste espace si animé un instant avant. »

Combien de temps s'écoulera-t-il entre le départ et le retour? Pendant combien d'années ou combien de mois le descendant, l'héritier, le représentant de ces princes, de ces soldats, de ces politiques, qui ont défendu, agrandi, amplifié le territoire, selon l'éloquent langage que Berryer tenait naguère, sera-t-il errant sur la terre étran-

gère? La loi de proscription du 23 juin 1886 lui a rendu sa liberté d'action et de parole.

Les événements peuvent seuls déterminer le mode et l'heure de l'action. Mais la parole a été prise, et a été prise royalement, le jour où la presse royaliste de Paris a publié le document qu'on va lire et qui termine logiquement ce livre.

C'est dans la traversée de Dieppe à Douvres que le comte de Paris a lu à ses fidèles compagnons de voyage, sur le bateau à vapeur qui l'emportait en Angleterre, son adieu officiel à la France. Le voici :

« Contraint de quitter le sol de mon pays, je proteste, au nom du droit, contre la violence qui m'est faite.

« Passionnément attaché à la Patrie, que ses malheurs m'ont rendue plus chère encore, j'y ai, jusqu'à présent, vécu sans enfreindre ses lois. Pour m'en arracher, l'on choisit le moment où je viens d'y rentrer, heureux d'avoir formé un lien nouveau entre la France et une nation amie.

« En me proscrivant on se venge sur moi des trois millions et demi de voix qui, le 4 octobre, ont condamné les fautes de la République, et l'on cherche à intimider ceux qui, chaque jour, se détachent d'elle.

« On poursuit en moi le principe monarchique dont le dépôt m'a été transmis par celui qui l'avait si noblement conservé.

« On veut séparer de la France le chef de la glorieuse famille qui l'a dirigée, pendant neuf siècles, dans l'œuvre de son unité nationale, et qui, associée au peuple, dans la bonne comme dans la mauvaise fortune, a fondé sa grandeur et sa prospérité.

« On espère qu'elle a oublié le régne heureux et pacifique de mon aieul Louis-PhiHppe et les jours plus récents où mon frère et mes

oncles, après avoir combattu sous son drapeau, servaient loyalement dans les rangs de sa vaillante armée.

« Ces calculs seront trompés.

« Instruite par l'expérience, la France ne se méprendra ni sur lu cause, ni sur les auteurs des maux dont elle souflfre. Elle reconnaîtra que la Monarchie, traditionnelle par son principe, moderne par ses institutions, peut seule y porter remède.

« Seule, cette Monarchie nationale dont je suis le représentant, peut réduire à l'impuissance les hommes de désordre qui menacent le repos du pays, assurer la liberté politique et religieuse, relever l'autorité, refaire la fortune publique.

« Seule, elle peut donner à notre société démocratique un gouvernement fort, ouvert à tous, supérieur aux partis et dont la stabilité sera pour l'Europe le gage d'une paix durable.

« Mon devoir est de travailler sans relâche à cette œuvre de salut. Avec l'aide de Dieu et le concours de tous ceux qui partagent ma foi dans l'avenir, je l'accomplirai.

« La République a peur : en me frappant, elle me désigne.

« J'ai confiance dans la France. A l'heure décisive je serai prêt.

« Eu, le 24 juin 1886.

(c PHILIPPE ,

(< Comte de Paris. »

Le maire de Douvres et sa femme attendaient l'arrivée de

la Viclor'ui pour souhaiter la bienvenue au royal exilé sur la

terre anglaise. Il y a eu là un courtois échange de paroles sympathiques.

Quelques instants plus tard, M. le comte de Paris recevait du capitaine de la Victoria le pavillon français qui avait flotté au haut du grand mât et, le montrant à ses fidèles qui retournaient en France, leur dit, les larmes aux yeux :

« C'est tout ce qu'il me reste de la France, mais je l'y rapporterai! »

A son débarquement à Douvres, à son arrivée à Tunbridge- Wells, son premier séjour hors de France, à son entrée dans l'hôtel du Calverley-Parck où la reine Marie-Amélie avait séjourné, le comte de Paris a été accueilli comme un martyr royal qui mérite les plus ardentes et les plus respectueuses sympathies du monde entier.

La comtesse de Paris, accompagnée du duc de Chartres, est retournée momentanément au château d'Eu pour y chercher ^le prince Ferdinand et les trois princesses Hélène, Isabelle et Louise qu'elle avait dû y laisser, et, de nouveau accompagnée des témoignages de respectueuse douleur que son départ provoquait dans toute la contrée, elle est allée rejoindre le comte de Paris et le duc d'Orléans en Angleterre, où a commencé le douloureux pèlerinage du descendant de Henri IV, à travers des villes et des populations étrangères où le cœur, l'àme et la pensée de la France vont le suivre jusqu'à ce que Dieu le lui rende.

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