‹ Les Bourbons de FranceChapitre 16 sur 17 · ANNEXE · texte numérisé non relu

ANNEXE

Ce livre s'est fermé sur le Manifeste du comte de Paris.

Depuis, le chef de la Maison de France a continué de s'adresser à son pavs, dont l'avenir est sa préoccupation quotidienne.

C'est ce que M. Edouard Hervé constatait dans l'article qu'on va lire, article que \e Soleil a publié le i6 décembre 1886.

« Le comte de Paris, du fond de son exil, ne cesse de suivre la situation critique de notre pays avec la même sollicitude et le même patriotisme que lorsqu'il était encore sur le sol de la France. 11 continue à rédiger, suivant les occasions qui lui sont fournies par les événements, de courtes notes destinées à résumer pour ses amis sa pensée politique.

« L'une de ces notes avait été écrite, en septembre dernier, après la tentative faite par M. Raoul Duval pour constituer une droite républicaine. Le Times, sans la publier complètement, vient d'en donner des extraits qui en indiquent suffisamment la portée.

« Le prince reste fidèle aux idées qu'il a toujours exprimées. Il veut une opposition monarchique, mais une opposition qui en même temps n'abandonne jamais son caractère essentiellement.conservateur. Si des mesures conservatrices étaient proposées par un groupe de républicains, ou même par un ministère républicain, la droite devrait les appuyer et les voter. Les républicains, jusqu'à présent, ne lui en ont pas fourni l'occasion, il est probable qu'ils ne la lui fourniront pas de longtemps.

« A la République, par conséquent de faire la preuve qu'elle est

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capable d'autre chose que de désorganiser. Cette preuve, le parti républicain ne l'a jamais faite.

A la Monarchie de faire la preuve, suivant les propres expressions du prince, « que son rôle national et historiquelui permet de s'adapter « à toutes les saines aspirations de la démocratie française. »

« Cette preuve, le parti monarchique la fera. »

Le Soleil fait suivre cette fiére affirmation des extraits que voici, publiés par le Times :

« La France n'est ni oublieuse, ni ingrate, comme certains affectent de le croire, et l'injustice de l'exil l'a profondément blessée.

« Elle se rend parfaitement compte que des princes ont été frappés parce qu'ils faisaient peur à la République, et qu'ils sont tout désignés pour prendre sa place, le jour où elle s'écroulera.

« L'éclat des manifestations provoquées par son exil autour du chef de la Maison de France l'a, plus que tout autre, marqué pour cette tâche. Mais la Monarchie est le gouvernement en réserve. On ne risquera pas une révolution pour l'établir, mais le jour où la crise révolutionnaire prendra sa forme aigué, le jour où la France sentira qu'il est temps d'échapper à ses menaces, ce jour-là, elle se hcâtera de recourir à cette force qu'elle tient en réserve.

« La République n'a donc rien gagné à proscrire les princes. C'est par ses propres fautes qu'elle hâte sa chute, et, par la proscription, elle a seulement empêché les hommes de bonne volonté qui pouvaient lui apporter leur concours salutaire, de venir à elle. Mais, c'est justement parce que la France est édifiée sur la Monarchie, sur son représentant et sur son avenir, c'est parce qu'elle entend garder cette force pour l'heure de la crise, qu'il est inutile, qu'il est même imprudent de lui rappeler sans cesse et l'exil, et les princes, et la Monarchie.

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« Donc, nous conjurons nos amis de ne laisser pénétrer dans leur cœur ni le découragement, ni la tristesse, ni même le doute que leurs adversaires voudraient leur instiller; mais nous leur conseillons en même temps de ne pas faire passer sans cesse devant les yeux de la France l'image de la maladie organique dont elle souffre, et qui, à cette heure, nécessiterait une opération grave devant laquelle elle recule.

« Parlons-lui de ses affaires journalières, de ses préoccupations impérieuses; par notre sollicitude, par nos soins, par le remède apporté à quelques-uns de ses maux, montrons-lui que nous sommes dignes de sa confiance.

« Ce n'est pas par des polémiques journalières contre la République que nous arriverons à inspirer à la France la foi qu'elle doit avoir en nous. C'est elle-même, frappée par le spectacle de nos efforts à la servir et à lui être utile, c'est elle-même, dent la pensée doit se tourner vers nous, c'est elle-même qui doit se dire ce qu'elle est sans nous, et ce qu'elle serait avec nous, surtout lo:;squ'elle saura que le rôle national et historique de notre Monarchie lui permet de s'adapter à toutes les saines aspirations de la démocratie française.

« En suivant cette voie, taut-il encourager les promoteurs du nouveau groupe constitutionnel de la droite républicaine? Oui, s'il est pris de la gauche pour grossir les forces conser\-atrices de la Chambre. Non, s'il vient de droite, et s'il affaiblit ainsi son homogénéité et sa force parlementaire.

« La droite ne doit pas faire dans la Chambre de la politique anticonstitutionnelle. Elle doit combattre uniquement sur le terrain conservateur et pour les idées conservatrices. Elle doit tout entière suivre cette politique, qui convient aussi bien dans l'enceinte de l'Assemblée aux royalistes les plus intransigeants, qu'aux plus tran-

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sigeants des anciens amis de M. Thiers. Elle ne doit laisser entamer par personne son bataillon compact. Mais, pour empêcher toute scission, il faut qu'elle évite les coalitions avec les radicaux, ne se rencontrant avec eux dans le vote que dans les questions où l'opinion publique ne saurait prendre le change. Il faut, par exemple, que, dans le cas éventuel d'un Congrès, elle ne renouvelle pas les scènes déplorables dont Versailles a été le témoin en décembre 1885. Aux avances de certains républicains, soi-disant conservateurs, elle pourra répondre alors :

K Constituez un groupe parmi vous qui soit prêt à défendre avec " nous les idées conservatrices, et nous marcherons avec vous. Si « vous êtes peu nombreux, nous serons battus ensemble. Si vous « nous apportez la majorité, nous soutiendrons loyalement le gou- « vernement conservateur que vous fonderez. Cela est plus pratique « et vaut mieux que les professions de foi de principes. Au lieu de « nous demander des déclarations républicaines qui nous couvriraient « de honte et de ridicule, prouvez-nous pratiquement que la Répu- « blique conservatrice est possible. Et, pour commencer, rompez « avec vos électeurs radicaux, en adoptant le programme conserva- « teur : réduction des nouveaux emplois publics et des charges du (i Trésor , maintien du service militaire de cinq ans , direction de « l'armée confiée à un général étranger à la politique, fin de la persé- « cution religieuse, retour à la magistrature telle qu'elle était avant « l'épuration, fin de l'oppression des communes au profit de l'instruc- « tion laïque, abrogation des lois d'exception. »

« La droite doit donner son concours loyal aux républicains qui, acceptant ce programme, pourraient, grâce à ce concours, former un

gouvernement résolu à l'appliquer. »

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