‹ Les Bourbons et la Russie pendant la Révolution française (d'après des documents inédits)Chapitre 10 sur 71 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Saint-Priest a Blankenberg. — Il imprime plus d'unité au parti royaliste. — État de l'Europe.. — L'agence royaliste à Paris, reconstituée. — Programme que lui trace le roi. — Celui de Saint-Priest. — Pielations avec Hambourg, régularisées. — Les émigrés à Hambourg. — Les agents du roi. — Situation des cours. — Mission nouvelle de Saint-Priest en Russie. — Multiplicité de ses objets. — Le 18 fructidor. — Wickham et les agents anglais quittent la Suisse. — Anxiétés de Louis XVIII.

Au mois d'avril suivant, Saint-Priest était à Blanlvenberg. Il y prenait aussitôt possession du poste que lui assurait la confiance du roi et que méritaient ses. services passés.

Fort de cette confiance, soutenu par l'appui de d'Avaray qui ne le lui marchandait pas encore comme il lefitplus tard^ le comte de Saint-Priest

1. D'Avaray, très jaloux de son crédit sur le roi, ne tarda pas à prendre ombrage de l'influence grandissante de Saint- Priest. Il la mit souvent en échec. La lettre suivante que lui écrivait, le 27 août 1799, Thauvenay, agent de Louis XVIII à Hambourg, révèle cette rivalité du ministre et du favori, et les effets qu'elle produisait : « Je vous conjure également de m'indiquer jusqu'à quel point je dois ou ne dois point être.

impriinaaux ordres du caljinet royal plus d'homogénéité et de suite qu'ils n'en avaient eu jusque là, tint la main à leur exécution, disciplina les agents diplomatiques que Louis XVIII entretenait dans les diverses capitales. Dans la direction de la politique royale, il s'appliqua à faire prévaloir les idées modérées auxquelles se ralliait maintetenant le roi après les avoir écartées longtemps. Ce n'étaitnitrop de sagesse, ni trop de prudence. Jamais la situation générale n'avait exigé plus de ménagements, d'attention, d'habileté. Elle se présentait, pour les débuts de Saint-Priest, pleine de complications et de troubles.

L'Europe n'était pas encore remise de l'émotion produite par le changement de règne survenu en Russie. Elle restait impuissante à en prévoir les conséquences. Les négociations entamées à Paris, entre le gouvernement anglais et le Directoire, en vue de la paix, et sans qu'aucun des partis y portât la sincère intention d'aboutir, venaient d'être interrompues par le brusque renvoi du plénipotentiaire britannique, lord Malmesbury. Sur le Rhin, les opérations de guerre subissaient un temps d'arrêt. Mais, en Italie, les armées de la

vis avis de M. le comte de Saint-Priest, silencieux sur telles ou telles démarches que vous me prescririez dans une affaire qui se trouverait déjà entraînée dans mes rapports avec M. le comte de Saint-Priest, par exemple, dernièrement, l'affaire Dumouriez. »

France, accomplissaient des prodiges. Ils allaient aboutir aux préliminaires de Léoben. A Paris, les agents royalistes avaient subi la plus cruelle avanie. Dénoncés au Directoire, leurs papiers saisis, leurs secrets divulgués, ils se voyaient l'objet de mesures derigueur. Une procédure, commencée avec éclat, révélait à la France républicaine, en l'exagérant, le danger qu'elle avait couru. Enfin, les élections étaient prochaines; il ne semblait pas qu'elles pussent échapper à l'influence d'événements si divers et si graves.

Saint-Priest courut au plus pressé. C'était la reconstitution de l'agence royaliste de France. A peine dissoute par l'arrestation de la plupart de ses membres, elle se reformait déjà grâce au zèle de l'un d'entre eux, Despomelles, assez heureux pour se dérober au sort de ses complices. Sur sa proposition, un conseil royal fut créé à Paris. Il se composait de neuf personnes. Pour le présider le roi désigna le prince de la Trémouille, émigré qui demandait sa radiation, espérait l'obtenir et une fois en France, recommencer à conspirer. A l'effet de tracer la conduite de ce conseil, le roi écrivit de sa main le programme détaillé de ce qu'il lui enj oignait de faire ^

1. L'original en est sous nos yeux. 11 est tiré des collections du comte d'Hauterive.

FFADAN r LA HÉVOLUTIOX 81

(( Mon conseil, y était-il ditjdès le début, s'assemblera deux fois la semaine et si quelqu'un de ses membres reçoit dans l'intervalle d'une séance à l'autre, une pièce qui lui paraisse demander une discussion prompte, il en avertira ses collègues, afin qu'il y ait sur-le-champ une séance extraordinaire. » Tous les détails étaient réglés, tous les incidents prévus, toutes les questions résolues avec la même précision. « Mais l'objet principal des délibérations de mon conseil sera ce qui concerne l'intérieur du royaume; ces affaires souffriraient trop s'il fallait attendre mes ordres pour continuer la correspondance; ainsi, je charge mon conseil de la faire aller suivant les bases que je vais poser. Le premier effet que doivent produire les revers actuels et la paix générale qui, probablement, en sera bientôt la suite, doit être un grand découragement de la part des royalistes. Ne pas leur donner quelques encouragements ou leur en donner trop sont deux écueils également à craindre... Il faut donc prescrire à nos agents de l'intérieur et ne cesser de leur prescrire, de s'abstenir de toutes déclamations soit de bouche, soit par écrit contre le gouvernement, quel qu'il soit, mais de répandre et faire répandre sans éclat de grandes vérités telles que celles-ci : Un grand État ne peut supporter longtemps la forme républicaine. L'établissement et les victoires de la ré-

publique frauçaise ne prouvent rien contre cette assertion, puisqu'ils n'ont été dûs, l'un qu'au despotisme paré du nom de liberté, les autres qu'à l'enthousiasme de la nation qui n'a pu supporter l'idée d'un joug étranger et à la faute des puissances qui ont fait tout ce qu'il fallait pour lui persuader qu'elles voulaient lui imposer ce joug. »

Ces considérations étaient longuement développées, à l'effet de démontrer que les agents desserviraient la cause royale s'ils essayaient de provoquer des secousses violentes. Sur le chapitre des concessions, et sans en refuser aucune, le roi pensait qu'il serait dangereux de toucher à l'ancienne constitution du royaume; il ne renonçait plus cependant à la modifier s'il était démontré qu'une modification était nécessaire.

Le conseil devait entretenir la correspondance la plus active avec le comte d'Artois et le prince de Gondé. Les délibérations devaient être prises à la majorité des voix. En certains cas, cependant, aucune ne pouvait^devenir définitive sans que le roi eût donné son avis. A ces instructions secrètes était jointe une proclamation destinée à être rendue publique, dans laquelle le roi insistait encore pour le maintien de l'ancienne constitution améliorée.

Saint-Priest, à qui ces pièces furent soumises,

y trouva « trop de détails et trop de beau dire ». Il rédigea de son côté un projet plus simple et plus court, qui différait sensiblement de l'autre. « Tout ce qui a été fait depuis la Révolution au véritable avantage du bien public sera maintenu, y disait le roi ; si cela peut dépendre de moi, tout ce qui y manque encore sera ajouté ; et ce ne sera ni la nouveauté, ni l'antiquité des lois qui en fera le mérite, mais leur véritable utilité. Quand je réduis tout à l'utilité publique, sans parler de la justice due à chacun, c'est que je la regarde comme la vraie base du bien public; la liberté, ce mot dont on a tant abusé, s'y trouve également comprise, et dans sa véritable acception, elle n'est pas'moins importante pour le souverain que pour les sujets. »

Les documents d'après lesquels sont écrits ces récits ne disent pas lequel des deux projets, celui de Louis XVIII ou celui de son ministre, fut utilisé, imprimé, répandu. Ce qui est plus certain, c'est que ni les exaltés du parti royaliste, ni les constitutionnels ne furent satisfaits. Ceux-ci déploraient qu'il n'y eût auprès du roi personne qui possédât « la notion exacte de ce qu'est une assemblée populaire ni du gouvernement mixte ». Ceux-là écrivaient: (( Il parait que l'on veut régner coûte que coûte et vaille que vaille. On ne peut rien faire avec de pareilles in-

tentions... Il ne s'agit plus que de gagner l'opinion en promettant des récompenses, des places, en assurant l'oubli des erreurs, l'oubli même des crimes. »

C'est au milieu de ces tiraillements que l'agence de Paris fut reconstituée. Elle reçut la mission spéciale de préparer les élections annoncées pour le mois de mai. La Trémouille qui était venu à Blankenberg pour conférer avec le roi, alla en prendre la direction après avoir fait un court séjour à Londres, afin de s'entendre avec le comte d'Artois.

De ce côté, il y avait beaucoup à faire. A la faveur de l'autorité que lui donnaient ses fonctions de lieutenant général du royaume, à la faveur surtout de l'éloignement où il était de son frère, ce prince s'était créé un pouvoir indépendant que ses agents opposaient fréquemment à la volonté du roi. A Londres comme à Paris, on pensait autrement qu'à Blankenberg. Saint-Priest s'attacha à atténuer les effets de ces divisions. Il imprima plus d'activité à la correspondance avec le duc d'Harcourt qui représentait Louis XYIII auprès du gouvernement anglais. Les affaires qui se traitaient en Angleterre échappèrent moins fréquemment à l'œil du roi.

Saint-Prieet voulut aussi que les relations

avec Hambourg fussent plus régulières et plus fréquentes. La situation de cette grande cité à remboucliure de l'Elbe en faisait le passage le plus fréquenté de l'Europe; l'importance de son commerce, sa puissance financière la mettaient en rapport avec le monde entier. Grâce, à ces circonstances, grâce à la neutralité que lui assurait sa qualité de ville libre, elle était devenue le centre le plus important de l'émigration sans cesser de vivre en paix avec la République française qu'un plénipotentiaire, Reinhart, y représentait. Tous les autres États de l'Europe y entretenaient des ministres. Ceux de Russie, d'Angleterre et d'Autriche protégeaient les émigrés, vivaient avec eux, défendaient leurs intérêts auprès du Sénat de Hambourg.

Placé entre leurs exigences et celles de l'agent français, le Sénat était tenu à des prodiges d'habileté pour vivre en bon accord avec tous. S'il accordait à des émigrés le droit de bourgeoisie, de Paris on lui reprochait de les favoriser ; s'il appuyait les démarches du Directoire qui cherchait à contracter un emprunt chez les banquiers hambourgeois, de Saint-Pétersbourg on lui reprochait de favoriser les jacobins. Reinhart se plaignait d'être sans cesse exposé à d'obscurs assassins. Et en fait, Jes émigrés le menaçaient, le bravaient, organisaient l'espionnage autour

de lui, jusque dans sa maison. Il le leur rendait, il est vrai, en surveillant leurs réunions, leurs salons, celui de la princesse de Vaudemont, celui de Mme de Genlis, celui du libraire Fauche- Borel, un ardent conspirateur royaliste chez qui trônait Rivarol.

Chez la princesse d'Holstein-Beck, royalistes et républicains se rencontraient ; ils se coudoyaient dans les rues, les premiers chamarrés des décorations de l'ancien régime. Au théâtre, ils s'asseyaient les uns à côté des autres, chacun voulant imposer la loi. Un soir, un acteur ayant chanté un air dont les paroles : « Je meurs pour mon roi, » électrisérent les royalistes, ceux-ci le soulignèrent de frénétiques applaudissements. Les républicains de protester. Un commencement de rixe s'en suivit. La pièce fut interdite. Mais, le ministre d'Autriche intervint le lendemain, exigea qu'elle fût de nouveau représentée K

Dans ces auerelles, la population prenait parti. A l'image des étrangers dont la présence au milieu d'elle l'enrichissait, elle s'était divisée. Il en résultait un état permanent de troubles et de conflits, à la faveur duquel les royalistes

1. Voir encore pour le séjour des émigrés à Hambourg, 1( très attachant ouvrage de M. de Lescure sur Eivarol.

conspiraient librement \ Saint-Priest pensait avec raison qu'il y avaitlieu de tirer parti de cette situation pour le bien de la cause royale ; si le roi allait en Russie, il fallait s'assurer à Hambourg une organisation propre à faciliter les correspondances avec le reste de l'Europe, les allées et les venues des agents royalistes, les envois d'argent.

Un Français, M. de Thauvenay, allié à la famille de Loménie, établi depuis quinze ans à Hambourg, reçut des pouvoirs étendus pour s'occuper des affaires du roi, réunir des renseignements, les communiquer aux représentants russes dans le nord de l'Allemagne, en même temps qu'il les enverrait à Louis XVIII. Il devint simultanément agent politique, agent financier et même simple distributeur de lettres "-.

1. La France, en 1798, exigea l'expulsion des émigrés et ne put l'obtenir. Les relations diplomatiques avec Hambourg furent rompues et rétablies seulement en 1800.

2. Le 14 avril 1798, de Mitau, Louis XVIII écrivait au tzar :

« M. de Thauvenay m'est, je ne dirai pas utile, mais d'une nécessité indispensable à Hambourg et si jamais, il était obligé de s'en éloigner, rien au monde ne pourrait me dédommager de cette perte. Je dois ajouter une chose que je n'ai pas mise dans la note où je ne voulais pas parler de moi, c'est que je lui ai ordonné de communiquer aux ministres de Votre Majesté Impériale, dans le nord de l'Allemagne, toutes les découvertes qu'il est si à portée de faire et qu'ainsi je l'ai mis en état de la servir aussi utilement et souvent plus promptement qu'il me sert moi-même. »

A cette lettre, étuit jointe la note qui suit :

Sous ses ordres, un émigré, M. de Septeuil, ancien receveur de la liste civile, fut le trésorier de la monarchie dans l'exil.

A ce moment, la représentation des intérêts royalistes était partouti)rganisée aussi fortement que le permettait l'état confus du continent. Partout, on pouvait agir, exprimer des vœux, recueillir des informations, solliciter des appuis, [profiter des occasions favorables. Le roi était représenté à Londres par le duc d'Harcourt, à Vienne par La Fare, à Madrid par le duc d'Havre, à Lisbonne par le duc de Goigny, à Naples par le comte de Ghastellus et l'abbé de Jons, à Rome par M. de Vernègues. A SaintPétersbourg seulement, par suite de la disgrâce du comte d'Esterhazy, le roi n'avait plus d'agent. G'était une lacune à combler. La cour de Blankenberg s'en préoccupait. On avait épuisé les bonnes volontés de toutes les cours ; on connaissait les dispositions et les possibilités de chacune d'elles. Il n'y avait plus lieu de comp-

« M. de Thauvenay, né gentilhomme français, mais établi depuis quinze ans à Hambourg, d'où il est devenu citoyen, réunit à la probité la plus exacte la plus grande intelligence, une activité infatigable, un zèle et un dévouement sans réserve pour la bonne cause. Ses nombreuses liaisons, la connaissance du local et l'habitude de la manière dont les affaires se traitent, jointes à ses autres qualités, font qu'il est instruit de ce qui se passe à Hambourg et de ce que méditent les agents du Directoire, comme s'il était admis dans leurs conciliabules. » Le roi demandait pour lui le patronage officiel de la Légation de Russie, qui ne fut pas accordé.

ter ni surrEspagne,iiisurla Prusse, depuis la paix de Bàle détachées de la coalition, résolues à n'y pas rentrer. L'Italie ne pouvait rien. Entre l'Autriclie qui s'y taillait un royaume et la France qui le lui disputait, elle restait asservie. LeroideNaples, menacé par l'invasion qui grondait à ses portes comme à celles de Rome, ne songeait qu'à se défendre. Les États Scandinaves étaient condamnés à la neutralité. L'Autriche, lassée de la guerre, inclinait vers la paix. Si elle ne désarmait pas, si les préliminaires de Léoben n'étaient pas encore ratifiés, c'est qu'elle nourrissait l'espoir qu'un suprême effort lui assurerait dans des conditions plus avantageuses, cette paix qu'en la souhaitant, elle feignait de dédaigner. L'Angleterre, galvanisée par Ténergique haine de Pitt contre la Révolution, exaspérée par la rupture des négociations commencées à Paris, était disposée à combattre. Mais isolée, elle était impuissante, réduite à laisser la république s'emparer delà Suisse et de Hambourg ({ue le Directoire accusait d'être des nids de conspirateurs. De cet examen de la situation de l'Europe, le roi et Saint-Priest arrivaient à conclure que sans une intervention décisive de Paul 1% sans la remise en vigueur de la politique dont la mort de Catherine avait suspendu les effets, les chances de la monarchie étaient compromises. Conclusion singulièrement douloureuse, alors

qu^à l'intérieur de la France, ces chances se relevaient. Les élections du mois de mai venaient en effet de donner la majorité aux partis modérés. Le conseil des Anciens avait élu pour le présider Barbé-Marbois, un roj^aliste; le conseil des Cinq-Cents, Pichegru qui déjà avait donné des gages et qu'on savait disposé à se rallier. Enfin, les deux assemblées ayant à pourvoir à une vacance survenue dans le Directoire, y avaient nommé Barthélémy, naguère encore ambassadeur à Berne, non inféodé ^u royalisme comme Barbé- Marbois et Pichegru, mais résolument hostile aux doctrines jacobines que le Directoire affichait ouvertement. D'autre part, sur toute l'étendue du territoire, en Vendée, en Franche-Comté, dans le Midi, dans les montagnes de la Loire et de l'Auvergne, dans le voisinage de Lyon, se préparaient des soulèvements, s'ourdissaient des complots. La France était inquiète, agitée, fiévreuse. Ses divisions se reproduisaient dans le Directoire dont les membres formaient deux camps qui se bravaient. Elles avaient leur contre-coup jusque parmi la population de Paris. L'influence et l'audace des royalistes, dont les rangs s'étaient grossis de tous les émigrés rentrés depuis thermidor, s'affirmaient en traits de bravade et de violence, symptômes précurseurs de conflits inévitables. En de telles conjonctures, alors que l'émigration

tout entière se livrait à l'espérance d'empêcher la paix ou tout au moins d'en abréger la durée, il devenait urgent pour le roi de connaître les intention de Paul I". De cette urgence reconnue naquit ridée de lui envoyer Saint-Priest. Cette idée était surtout sienne; il en eut l'initiativ'e; il la fît adopter. Il considérait le concours de l'empereur moscovite comme la dernière espérance, comme la ressource suprême de la monarchie.

Sa mission se compléta de divers objets accessoires. Elle consistait en premier lieu à convaincre le tzar de la nécessité de reprendre la politique de sa mère et d'entrer dans la coalition, soit avant, soit après la paix. S'il ne réussissait pas^ dans cette partie de sa tâche, les efforts de Saint- Priest devaient s'exercer à l'effet d'amoindrir lesdouloureuses conséquences qu'aurait pour lesintérêts du roi une pacification générale, et surtout de lui obtenir un asile plus sûr que celui de Blankenberg, ainsi qu'un revenu pour y vivre avec sa famille. La ville et le château de Gevers, dans le duché d'Oldenbourg, appartenant à la princesse douairière d'Anhalt et sur lequel l'empereur avait des droits, semblaient à Louis XVIII une retraite digne de lui. Saint-Priest devait solliciter pour son maître l'autorisation d'y résider.

Après ce premier objet, ilenétaitun autre non

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moins important qui fut recommandé à l'habileté du diplomate royal. L'armée de Gondé, jusqu'à ce jour à la solde de l'Angleterre etdePAutriche, était menacée de licenciement. Le roi formait le vœu que le tzar la prit à son service, assurât une existence honorable aux gentilshommes qui la composaient. Déj à Condé avait obtenu de Paul ?', à cet égard, des promesses rassurantes. Saint- Priest était chargé de les rappeler et d'en presser l'exécution.

Le roi désirait encore avoir un représentant auprès du tzar en remplacement d'Esterhazy. Il s'en remit à son ministre du soin de le choisir parmi les émigrés établis à Saint-Pétersbourg, de le faire agréer par la cour de Piussie et en même temps d'obtenir la protection de cette cour pour les nombreux agents répandus à l'étranger, notamment pour le comte d'Antraigues resté à Venise*.

1. On ignorait encore à Blankenberg l'arrestation de d'Antraigues, survenue au moment de l'entrée des Français à Venise. Le roi ne pardonna pas à d'Antraigues son attitude louche en cette circonstance. Il est certain que d'Antraigues rédigea pour Bonaparte un mémoire compromettant pour les émigrés, dans lequel le Directoire trouva les éléments d'une justification du dix-huit fructidor. Ultérieurement, d'Antraigues s'échappa du château de Milan où il était détenu. Le roi ne voulut plus utiliser ses services. Il erra à travers l'Allemagne, toujours protégé par la Russie qui le nomma conseiller de légation à Dresde et à qui Bonaparte, devenu premier consul, demanda vainement son extradition. Il passa

Enfin, le dernier objet auquel Saint Priest eut mission d'intéresser le tzar avait trait à Madame Royale toujours retenue à Vienne et à diverses concessions à obtenir de l'Autriche pour faciliter le mariage de cette princesse avec son cousin le duc d'Angoulême. C'est avec des instructions détaillées sur chacun des sujets confiés à sa sollicitude qu'à la mi-juillet, le comte de Saint- Priestsemiten route pourla Russie. Le roi attendait de ce voyage des résultats décisifs. Mais, au bout de quelques semaines, des incidents inattendus éclataient, venaient précipiter les événements, faisaient avorter les complots de l'intérieur.

Le premier de ces incidents fut le coup d'État qui a pris dans l'histoire le nom du 18 fructidor accompli le 4 septembre par la majorité du Directoire contre les adversaires qu'elle comptait dans les conseils. Deux membres du gouvernement, Barthélémy et Garnot, Barbé-Marbois président des Anciens, Pichegru président des Cinq Cents, et cinquante-et-un membres des deux assemblées furent décrétés d'arrestation. La liste

ensuite en Angleterre, continua à intriguer. Il y fut assassiné par un de ses domestiques, au mois de juillet 1812, avec sa femme, la Saint-IIuberti, ancienne artiste de l'Opéra. Les papiers de d'Antraigues sont conservés au dépôt des Affaires étrangères; ils révèlent l'importance de son rôle pendant l'émigration.

s'augmenta de fonctionnaires, de journalistes, de •divers individus accusés d'avoir conspiré contre la république. Seize d'entre eux condamnés à la •déportation à Gayenne furent conduits dans des cages de fera Rochefort où ils devaient s'embarquer. D'autres furent retenus dans les prisons de Paris. Ceux qui parvinrent à s'échapper durent quitter le territoire français. La journée de fructidor était désastreuse pour la cause royale. Elle ranimait les espérances des Jacobins; elle décapitait le parti des Bourbons.

Elle eut encore une autre conséquence. En affirmant l'omnipotence du Directoire, elle décida l'Autriche à donner suite aux préliminaires de Léoben, à conclure la paix. Le traité •définitif qui réconciliait l'empire d'Allemagne ^vec la république française fut signé, le 16 octobre, à Gampo-Formio.

Enfin, le gouvernement français, « convaincu -que la mission de Wickham prés les- cantons helvétiques n'avait aucun rapport aux intérêts respectifs de l'Angleterre et delà Suisse et que son seul objet était d'exciter et de favoriser des complots contre la sûreté intérieure de la république française » somma les autorités des cantons de donner ordre à Wickham de sortir de la Suisse. Wickham et ses agents furent rappelés par leur gouvernement. L'un d'eux, Talbot, revint

il est vrai, deux mois plus tard, sans caractère officiel, à Berne où s'étaient réfugiés quelques-uns des députés proscrits par le Directoire. Mais, ces intrigues nouvelles étaient déjà condamnées à un piteux avortement. Les soldats français allaient occuper la Suisse « à titre de libérateurs ». C'en était donc fait des entreprises royalistes et des chances d'une restauration prochaine.

LacourdeBlankenherg ne se laissapas cependant abattre. Louis XYIII ne croyait pas àla durée de la paix. Il comptait sur l'habileté, sur les séductions de l'Angleterre pour coaliser de nouveau les puissances contre la république. Si la Suisse était occupée, elle se soulèverait ; il ne désespérait pas d'être admis à prendre la tète de ce soulèvement qui suffirait à mettre l'Euiope en feu. Il s'attendait, il est vrai, à quitter Blankenberg. Le traité de Gampo-Formio n'avait-il pas mis le Directoire en état d'obtenir du roi de Prusse qu'il exigeât du duc de Brunswick l'expulsion du proscrit? Mais même cette perspective le trouvait résigné. Il espérait se rapprocher des frontières de son royaume où dès ce moment, il cherchait à se créer de nouveaux moyens de propagande et d'action\ D'ail-

1. « Mon intention étant de partager le royaume en différentes missions, je désire en confier la direction à MM. les archevêques de Reims, de Toulouse, les évêques de Glermont

leurs, par dessous tout, il avait foi dans l'intervention du tzar Paul l'\ Il tournait des regards anxieux vers la Russie où Saint-Priest s'efforçait de conquérir à la cause des Bourbons le plus puissant défenseur.

et de Boulogne et à vous. Cette mission secrète et bien plutôt politique que religieuse, est étrangère à la juridiction de chaque évêque sur son diocèse et je ne fais par conséquent aucune difficulté de n'en confier le secret et l'exécution qu'à MM, les archevêques de Reims et de Toulouse, les évèques de Clermont et de Boulogne et à vous. Il sera nécessaire que les ecclésiastiques qui obtiendront votre confiance pour la mission purement politique soient en même temps revêtus de celle qui est purement religieuse, afin que celle-ci servant de voile à l'autre, l'ecclésiastique qui n'est pas de votre diocèse et qui cependant ne devra agir que politiquement sous votre direction, puisse toujours paraître aux yeux de son supérieur direct, comme chargé par lui de protéger la religion. •» Louis XVIII à l'évèque de Saint-Pol de Léon, de Blankenborg, 15 octobre 1797. (Collection irHauterive.)

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