‹ Les Bourbons et la Russie pendant la Révolution française (d'après des documents inédits)Chapitre 11 sur 71 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Seconde mission de Saint-Priest en Russie. — La cour de Paul 1". — Arrivée du baron de La Rochefoucauld. — Saint-Priest attend pendant vingt jours une audience do l'Empereur. — Récit de cette audience. — Heureux résultats des démarches de Saint-Priest. — Bizarre humeur de Paul I«'. — La nouvelle du 18 fructidor arrive en Russie, — Départ de Saint-Priest pour la Suède.

A Saint-Pétersbourg, où il arriva dans les derniers jours du mois de juillet, le comte de Saint-Priest allait retrouver la plupart des personnages qu'il y avait connus sous le règne de Catherine: le prince Bezborodko, chancelier de l'empire, « fort intelligent, mais paresseux et même timide », le prince Kourakin, vice-chancelier (( borné et sans crédit », le comte de Markof,que menaçait sourdement la disgrâce de son maître, le comte Platon Zoubof, encore en possession des honneurs et des emplois qu'il tenait de la faveur de la défunte impératrice et qu'un décretd'exilattendaitàdix-huitmoisdelà^

i. En 1799, le prince Repnin, ministre de Russie à Berlin, avait écrit aune dame d'honneur de rimpératrice. Cette lettre,

Saint-Priest devait rencontrer aussi de nouveaux venus, le comte de Palhen, Rostopchin, le grand écuyer Koutaïkof, ancien valet de chambre de l'empereur, devenu son favori, d'autres encore que Paul T'", peu à peu, tirait d'une position modeste ou obscure pour les placer en despostes élevés. Il avait nommé son héritier, le grand duc Alexandre, ministre de la guerre et gouverneur de Saint-Pétersbourg. Ses autres fils, au nombre de trois, commandaient des régiments de la garde. L'un de ces jeunes colonels avait encore sa nourrice *.

«La cour de Pétersbourg, écrivait Saint-Priest à Louis XVIII, peu de temps après son arrivée, ne ressemble à aucune autre, comme la position du roi n'a pas sa pareille. L'empereurne s'occupe d'autre chose que des affaires militaires, et cependant ne met pas les ministres en droit de prendre sur eux. Nul n'est assez hardi pour lui proposer de son chef quelque chose. Ce n'est qu'en ayant le droit de traiter une matière, à

dans laquelle il se plaignait des procédés du tzar, tomba aux mains de celui-ci. Furieux, il chassa la dame d'honneur, dépouilla Repnin de ses charges, l'exila et exila du même coup trente personnes parmi lesquelles se trouvait Platon Zoubof. Ce dernier rentra en grâce, cependant. Il était à Saint-Pétersbourg en 1801, lors de la conspiration ourdie contre Paul I". Il fut un des assassins de ce prince.

1. Le régiment ayant été un jour mis aux arrêts, l'enfant et sa nourrice y furent mis aussi.

l'occabion de quelque mémoire présenté, que les ministres de l'empereur osent lui faire quelque insinuation. Sans cela, tout ce qu'il n'imagine pas lui-même demeure sans être proposé. On sait seulement que Mlle de Nélidof,amie del'empereur et non pas sa maîtresse comme on l'a cru longtemps, est seule affranchie de. cette gêne. Elle ose, dit-on, lui présenter des projets, s'ils lui paraissent utiles. Elle le blâme dans ce qu'elle croit le mériter avec une mesure et une amitié qui font tout passer. Enfin, elle seule a du crédit auprès de ce prince et ce n'est qu'en se liant avec elle quel'impératricearecouvréle sien*. L'empereur est assez difficile à joindre pour traiter

1. L'opinion de Saint-Priest sur Mlle de Nélidof est confirmée par les faits, notammnent par la vive et durable affection que la favorite inspira à l'impératrice, modèle de dévouement ,et de vertu dont la piété eût répugné à couvrir ainsi l'adultère de son mari. Les billets qu'échangeait quotidiennement le Tzar avec son amie donnent une grande autorité aux défenseurs de Mlle de Nélidof. Publics récemment dans le recueil des Archives russes, il attestent le désintéressement de la favorite, son esprit, sa bonté, dont les émigrés eurent souvent à se louer. Elle refusa tous les présents que lui offrit l'empereur, et particulièrement deux mille paysans. Elle n'accepta de faveurs que pour son frère, page à la cour, et qui devint plus tard ministre de la guerre. On peut donc supposer qu'il n'y eut entre elle et son impérial adorateur qu'une sorte d'amitié mystique qui était bien dans la nature de Paul 1'='. Elle n'était pas jolie, mais pleine d'amabilité et de grâce. Peu de temps avant la mort de l'empereur, impuissante à faire le bien, elle se retira au couvent de Smolnoï, où elle mourut en 1840, entourée de la vénération de la famille impériale.

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