‹ Les Bourbons et la Russie pendant la Révolution française (d'après des documents inédits)Chapitre 13 sur 71 · MO LES BOURBONS ET LA RUSSIE · texte numérisé non relu

MO LES BOURBONS ET LA RUSSIE

G'estainsi qu'après avoir accordé à LouisXVIIl Jes gardes du corps que ce prince désirait appeler près de lui, Paul s'avisa, non sans raison, que cette fantaisie d'an proscrit entraînerait une lourde dépense. Il parla de la gêne du Trésor russe; il venait d'employer quinze millions en habillements neufs pour son armée. De nouveau, il fallut négocier. Saint-Priest déjà songeait à renoncer à sa demande, quand un matin, le chancelier Bezborodko lui dit : « Votre affaire est faite. C'est au roi à désigner les hommes qu'il voudra prendre à son service. » Pour arriver à ce dénouement, il avait fallu que l'envoyé du roi de France rappelât ce que Louis XIV avait fait autrefois pour la famille royale d'Angleterre et invoquât la solidarité des rois entre eux, <( dans les revers auxquels ils sont exposés ».

En une autre circontance, il fut moins heureux. Le marquis de laFerté chargé des intérêts du roi à Saint-Pétersbourg, y était sans crédit. Ancien officier, homme « plein d'honneur et de zèle », il manquait « de cette sorte d'usage du monde et de l'esprit d'instruction dont il faut au moins avoir quelque chose pour parler d'affaires aux ministres. » Saint-Priest aurait voulu le •décharger d'une tâche à laquelle ce diplomate improvisé se reconnaissait lui-même inhabile. Le tzar n'y consentit pas. Saint-Priest dut aban-

donner cet objet qui ne fut repris que deuxannées plus tard.

Dansla seconde quinzaine de septembre arrivait à Saint-Pétersbourg la nouvelle du coup d'État du 18 fructidor. Elle venait infliger le plus cruel démenti aux assurances par lesquelles Saint- Priest, interprète des espoirs de Louis XVIII, avait essayé d'entraîner Paul P'dans la coalition. Elle démontrait avec évidence combien s'était trompé le roi quand il écrivait au tzar que la France était prête pour une restauration. Puis, ce fut la conclusion de la paix entre la cour d'Autriche et le Directoire, qui vint donner raison aux résolutions impériales.

Saint-Priest, dès ce moment, n'avait plus aucun motif de rester à Saint-Pétersbourg. Il sollicita et obtint, dans les premiers jours d'octobre, une audience de congé. 11 y retrouva l'empereur affectueux et bienveillant comme au début de leurs relations, et, par surcroit, généreux. La générosité se traduisit par le don de mille ducats et d'un domaine en Lithuanie qui rapportait annuellement une somme égale. En quittant la Russie, Saint-Priest se dirigea vers Stockholm, où l'appelait sa famille.

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