‹ Les Bourbons et la Russie pendant la Révolution française (d'après des documents inédits)Chapitre 15 sur 71 · LES BOURBONS P:T LA RUSSIE · texte numérisé non relu

LES BOURBONS P:T LA RUSSIE

montrait maintenant plus indifférent à ce qui s'accomplissait dans le monde et moins disposé à empêcher les événements de suivre leur cours. Ne venait il pas de prendre à son service l'armée de Gondé, d'appeler à Saint-Pétersbourg le vieux prince quila commandait? Ne s'était-ilpas entremispour assurer un asile au roi de France ? Que signifiaient ces témoignages d'intérêt, sinon que le tzar se réservait, qu'il se préparait à entreprendre un jour quelque formidable mouvement pour détruire le pouvoir usurpateur qui asservissait les Français et menaçait toutes les couronnes. Louis XVIII ne perdait donc pas courage même quand il voyait s'effondrer, un à un, les projets qu'il avait conçus et longuement caressés.

Depuis six ans, combien de ces projets avaient avorté sans rien produire de ce qu'on en attendait! Que de beaux rêves envolés ! que d'illusions évanouies! Le désastre de Quiberon, le 13 vendémiaire, le 18 fructidor avaient noyé, dans le sang royaliste, tant d'ardentes espérances. A celles-là d'autres avaient succédé. Elles avaient eu le même sort. A la fin de cette année 1797, non moins tragique que les précédentes, le roi, qui se flattait de trouver en Suisse les éléments d'une armée, était contraint de renoncer à cette combinaison morte aussitôt que née. La Suisse

était envahie; les soldats français s'y installaient à titre de libérateurs; ils déguisaient, sous cette pompeuse étiquette, l'entreprise conquérante dont ils étaient l'instrument. L'aristocratie des cantons, menacée par la république, se soulèverait-elle? Le roi le supposait, les Anglais Talfirmaient. Mais, de ce qu'ils faisaient pour rendre inévitable et féconde cette révolte, le roi demeurait exclu. Encore une fois, on voulait agir sans lui.

Enfin, pour combler la mesure de ses déceptions, la Prusse, à l'instigation du Directoire, adressait au duc de Brunswick des remontrances sur le séjour du prétendant à Blankenberg. Le duc de Brunswick faisait connaître au prince proscrit qu'il ne pouvait plus lui donner asile dans ses États. De nouveau, s'imposait au malheureux roi la nécessité de solliciter quelque part un refuge. ^

Le tzar avait mis à sa disposition, il est vrai, le château de Gevers. Mais, cette résidence, située sur la frontière batave, n'offrait plus maintenant à Louis XVIII une retraite sûre. Il s'y serait trouvé trop rapproché de la Hollande, où le traité de Gampo-Formio laissait intacte l'influence française. Il ne se fût pas considéré comme libre et à l'abri d'un coup de main, dans le voisinage d'un pays occupé par les armées de

la République. C'était donc une négociation subséquente à engager avec la cour de Saint- Pétersbourg, Dans ces circonstances, Saint- Priest ayant quitté la Russie, le roi s'adressa au comte de Panin, ambassadeur Russe à Berlin.

Ce diplomate jouissait à sa cour du plus grand crédit. En y faisant connaître la répugnance qu'inspirait à Louis XVIII le séjour de Gevers, il suggéra l'idée de lui offrir le château des anciens ducs de Gourlande, à Mitau. En même temps, il sollicitait et obtenait du roi de Prusse que le comte de l'Isle ne fût pas inquiété à Blankenberg tant que le tzar n'aurait pas répondu à sa requête. De son côté, Louis XVIII, sans attendre cette réponse, invitaitle prince de Gondé à appuyer à Saint-Pétersbourg les démarches du comte de Panin.

Depuis le mois d'octobre, Gondé résidait dans la capitale russe où, comme on l'a vu, le tzar l'avait appelé. « L'empereur l'avait reçu comme un héros digne de son estime et de son admiration. Le comblant de grâces et de faveurs, il lui donna l'un des plus beaux palais de sa capitale, une habitation de campagne charmante à proximité, et lui monta la maison la plus brillante. Poussant la générosité jusqu'à la délicatesse la plus raffinée, il fit mettre les armes de M. le prince de Gondé sur les voitures et l'argenterie

dont il lui avait fait présent. Tons les domestiques que trouva M. le prince de Gondé en arrivant dans son palais étaient à sa livrée. L'empereur le décora du premier de ses ordres, l'ordre de Saint-André; enfin il le traita, tant en public qu'en particulier, avec la distinction la plus marquée ^ » Cette faveur devait être de courte durées Mais, encore à ce moment, poussée au plus haut point, elle faisait du prince de Gondé un négociateur précieux.

Il n'eut pas cependant à déployer son influence ni ses talents. Sa tâche dut se bornera exprimer la gratitude du roi de France, à qui Paul P' avait répondu déjà par l'intermédiaire de Panin. Le tzar offrait le château de Mitau; il consentait à ce que Louis XVIII y vint vivre avec la reine, avec les princes de sa famille, à ce qu'il y fût accompagné des gentilshommes qui formaient sa cour et de ses gardes du corps.

Page 1