‹ Les Bourbons et la Russie pendant la Révolution française (d'après des documents inédits)Chapitre 23 sur 71 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

Traite d'allifinco entre la Russie et l'Angleterre. — Heureuse surprise causée à Mitau par cet événement. — Louis XVIII se croit au moment de rentrer en France. — Ses demandes aux gouvernements alliés. — Il charge d'Avaray d'aller les exposer au tzar. — Accueil humiliant que reçoit d'Ataray. — Inutilité de ses efforts pour arriver au tzar et au comte Rostopchin. — Ses démêlés avec le comte de Goblenz. — Il repart abreuvé d'affronts. — Paul I" las des exigences de Louis XVIII. — Premières victoires des alliés en Italie. — lîruyante arrivée de la reine à Mitau. — Mariage de Madame Rovale. — Fin de la seconde coalition.

Au milieu de si poignantes tristesses, éclata brusquement, dans les premiers jours de 1799, une nouvelle inattendue et rassurante. Après s'être longtemps refusé à intervenir dans les alTaires de France, Paul I", changeant soudain de tactique, venait de céder aux obsessions de l'Angleterre et de conclure avec cette puissance un traité d'alliance offensive contre la République française. Aux termes de ce traité, la cour de Saint-Pétersbourg devait, dès le printemps, mettre ses armées en mouvement et la cour de Londres pourvoir à toutes les dé])enses de l'expédition. Le mîtrécbnl

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Soiivarof, tenu eu disgrâce, depuis la uiort de Catheriue, était rappelé auprès du tzar, recevait le commandement des troupes impériales. On plaçait sous ses ordres le général Rimski-Korsakof. La guerre devait être portée à la fois en Italie et en Suisse. La Russie s'était en outre engagée à unir ses elforts à ceux de l'Angleterre, en vue d'entraîner l'Autriche et la Prusse dans la nouvelle coalition. Le prince de Coudé, qui avait rejoint sa petite armée cantonnée à Dubno, dans la Pologne russe, était invité à se rendre à Constance pour prendre part aux opérations qui se préparaient.

La longue négociation qui avait précédé et amené ces grands résultats durait depuis plus d'une année; mais elle était demeurée secrète. Le roi n'en recevait connaissance qu'en apprenant ({u'elle venait d'aboutir. Ce fut, on peut le croire, une surprise heureuse pour la petite cour de Mitau, et sur son horiiion assombri, une éclaircie toute ensoleillée. L'événement ressuscitait les espérances du roi, électrisait les courages autour de lui. Il coïncidait avec des offres de concours faites par trois généraux, précédemment au service de la république, Dumouriez, retiré dans le Schleswig, Pichegru et Willot arrivés en Angleterre après s'être enfuis de Cayenne. Il coïncidait aussi avec des propositions encore assez cou-

fiises,maiseiicoi.irageantes,apportées à Hambourg, au nom de Barras^

De nouveau, Louis XVIII se llattait de la certitude qu'il touchait au terme de ses maux. Le désir de jouer un grand rôle se réveillait dans son cœur. Quelque inquiétude qu'il éprouvât, en constatant (|ue les énergiques décisions prises par Paul I", l'avaient été à son insu, il ne pouvait croire qu'elles seraient exécutées, sans qu'il fût appelé à participer à leur exécution.

Dans sa pensée, pour assurer en France un favorable accueil aux armées alliées, il importait ({u'elles y fussent précédées d'une déclaration des puissances, portant qu'elles répudiaient toute idée de conquête et ne faisaient laguerrequ'àl'eflVt de rétablir le roi sur son trùne. Cette déclaration devait être appuyée par sa présence, par celle de son drapeau à l'avant-garde de la coalition. A défaut de lui, un prince de son sang devait le représenter. Il souhaitait encore qu'au préalable, ses agents dans les capitales de l'étranger, fussent couverts par la protection des ambassadeurs et ministres de Russie, afin qu'il ne pût exister aucun doute sur les vues du tzar.Commeilsemblait nécessaire que l'entrée des allliés sur le territoire

1. Les doiiiarciies des trois généraux et l'intrigue Barras seront uUérieurement racontées d'après les documents inédits qui sont en ma ijossession.

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Iraiiçais lut facilitéepar lesiiisurrectioiis de l'iiitérieiir, le roi était d'avis que les cabinets, formant la coalition, devaient accorder un concours eltectif aux tentatives des royalistes surtousles points où elles se produiraient et particulièrement en Vendée. Enlin, comme suprême manifestation de la [)rotection accordée par l'empereur de Russie à la maison de France, le roi voulait que le mariage de la lille de Louis XVI avec le duc d'Angoulème, lût célébré au moment même où éclaterait la guerre, et que la nouvelle en fût ré])andue en France par les soins des alliés.

Ces idées, loin d'être nouvelles, s'étaient déjà produites sous des formes diverses. Les circonstances contraires avaient empêché qu'il y fùl. donné suite. Elles reprenaient maintenant leur importance. La résolution du tzar leur im])rimait une pressante actualité. Mais pour les exprimer utilement à Saint-Pétersbourg, la corresi)ondance était insuftisante. Elles ne pouvaiejit être exposées et défendues que par un personnage étroitement associé à la pensée du roi, Saint- Priest ou d'Avaray.

Saint-Priest, rebuté par les déceptions de son précédent voyage, refusa-t-il de se rendre à Saint- Pétersbourg? Allégua-t-il qu'après trois missions remplies par lui près de la cour de Russie, il avait le droit d'en décliner une quatrième? Est-ce

lOU LES BOURBONS ET LA IILSSIE

d'Avaray au contraire, (|ai, prenant ombrage du crédit de Saint-Priest et confiant dans ses talents diplomatiques, demanda la préférence au roi toujours empressé à lui fournir l'occasion de se distinguer? C'est ce que le silence des documents ne permet pas de préciser. Ce qu'ils établissent, c'est (|ue d'Avaray partit le 11 février, accompagné de l'abbé Delamarre, un agent royaliste accidentellement à Mitau. En présentant son favori au tzar dans une lettre autographe qui le qualiliait(( comte d'Avaray, maréchal de camp, capitaine de mes gardes », le roi disait : « C'est lui qui m'a tiré do captivité et depuis ce temps, il n'a cessé par son zèle et ses autres bonnes qualités, dejustiller l'amitié et la confiance que je lui porte. »

Après la brutale expulsion qui, au commencement de 1801, par l'hiver le plus rigoureux, jeta hors de Russie, la famille royale réfugiée à Mitau, il n'est pas dans l'histoire de l'émigration d'épisode plus lamentable que ce voyage de d'Avaray. La correspondance permet d'en suivre jour \ydv jour les humiliantes péripéties.

Le 16 février, d'Avaray, arrivé à Saint-Pétersbourg, se présente chez le comte Rostopchin, ministre des affaires étrangères, chez le prince Kotchoubey, vice-chancelier. Il n'est reçu ni chez l'un ni chez l'autre. A tous deux, il laisse un billet*.

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