‹ Les Bourbons et la Russie pendant la Révolution française (d'après des documents inédits)Chapitre 27 sur 71 · Voir aux pièces justiticatives G · texte numérisé non relu

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pour lui, auprès de TAngleterre, de la Prusse et de l'Autriclie. Humble est sou langage. Poussé par le besoin, il abdique sa dignité, la fierté de sa race. Les souffrances de l'exil rehaussent rarement le prestige des princes. Ses sollicitations restent vaines. L'Autriche s'enferme, de plus en plus, dans une attitude malveillante, s'obstine à ne pas répondre. La Prusse allègue qu'elle a donné de nombreuses preuves de son dévoûment aux Bourbons. Quant à l'Angleterre, elle rappelle qu'elle sert une pension au comte d'Artois, à ses fils, aux princes d'Orléans, aux Coudés, aune infinité d'autres émigrés, lesquels sont en si grand nombre que, pour le paiement de ces redevances mensuelles, il a fallu constituer, à Londres, des bureaux uniquement chargés d'en assurer le service. « Le hasard m'a fait voir une lettre de Mitau, qu'écrit, en mai 1800, au ministre des affaires étrangères, un agent français. Elle respire le découragement. On y déplore surtout le délabrement des finances royales. Les difficultés pécuniaires sont telles qu'on n'a pu envoyer encore la reine aux eaux de Pyrmont \ » Et c'est vrai.

Il ne serait pas impossible à Louis XVIII de

1. Pyrmont, petite ville allemande, poss«Hle des sources ferrugineuses déjà réputées, au xvii' siècle. La plupart des princes allemands y passaient l'été.

proportionner ses dépenses à ses revenus. Mais il faudrait pour cela licencier sa maison, dépouiller la dignité royale de ce qui lui reste de ses splendeurs passées, supprimer la charge de grand aumônier, remplie par le cardinal de Montmorency, qu'assistent trois aumôniers ordinaires, y compris l'abbé Edgeworth, confesseur de Sa Majesté, éloigner le comte de Saint-Priest, premier ministre de cette petite cour, le comte d'Avaray, capitaine des gardes du corps, les ducs de Fleury, de Duras, de Villequier, gentilshommes de la chambre, le comte des Gars, premier maître d'hôtel, le duc de Giiiche, le duc de Piennes, le marquis de Jaucourt, le comte de La Chapelle, qui vivent dans l'entourage du roi et qu'il emploie à des missions de confiance; il faudrait supprimer aussi la maison de la reine, celle de la duchesse d'Angoulème, où l'on compte le duc et la duchesse de Sérent, la comtesse de La Tour d'Auvergne, la comtesse de Ghoisy, le marquis de Nesle * ; il faudrait licencier enfin un trop nombreux personnel de domestiques, qui grève lourdement le maigre trésor royal, et en tête duquel se trouvent Hue et Gléry. Mais sa cour, qu'il

1. Il fui brusquement renvoyé en 1800, probablement pour avoir écrit au tzar, en faveur de Mme de Gourbillon. La lettre par laquelle le roi fait connaître à Paul T"'' son expulsion, est mystérieuse autant que sévère.

juge réduite au strict nécessaire, semble à Louis XVIII aussi indispensable à sa orandeur que la pompeuse étiquette qu'il se plaît à y maintenir.

C'est après la messe qu'il donne audience. A la porte de son cabinet, se tiennent, l'épée nue, deux gardes du corps, chevaliers de Saint-Louis. Le gouverneur de Courtaude présente le visiteur au gentilhomme de service, qui l'introduit auprès, du prince. Le roi porte ordinairement un habit bleu, à collet rouge. Affable est son accueil. Il s'énonce bien, parle avec la même facilité le latin, le français, l'anglais et l'italien. S'il retient le visiteur à dîner, celui-ci est placé à côté du duc d'Augoulême, assis lui-même près du roi, et « qui ne trouve rien à dire malgré le désir qu'il paraît en avoir ». A la droite de la duchesse d'Angoulème, prend place le cardinal de Montmorency, très sourd, « n'entendant rien, parlant peu, mais mangeant d'un grand appétit ».

Le roi aime à entretenir ses invités des malheursde son frère. Ilmontre,nttendri,«le dernier billet que la reine Marie-Autoiuette lui écrivit du Temple et le cachet de Frauce, qu'un hasard a mis dans ses mains ».

Le soir, on installe, comme à Versailles, le jeu du roi. C'est ordinairement le duc d'Angoulème qui tient les cartes contre son oncle. Quand c'est à

lui de les donner, il se lève, et reste debout en les distribuant.

Les distractions de la cour de Mitau ne vont guère au-delà de ces réunions. Dans la journée, une promenade en voiture, quelques visites cliez les châtelains des environs; le soir, le thé chez la duchesse de Guiche : « Lestasses sont enfaïence, la théière en étain. La gène règne dans les finances; mais les grâces embellissent la détresse. »

Quelquefois, c'est un haut personnage qui passe par Mitau, le grand-duc Constantin, second fils du tzar, le maréchal Souvarof S .vieux et malade, des diplomates étrangers, quelque émigré mandé par l'empereur, ou même des espions et des aventuriers qui pénètrent en Russie, en trompant la surveillance rigoureuse exercée aux frontières. Certaines de ces visites réveillent les espoirs du roi, celle de Dumouriez, celle du major Romanzof,23 mai 1799, qui porte au tzar, la nouvelle d'une victoire de Souvarof sur Moreau.

Dumouriez, Pichegru, Willot se jetant en France, y rallumant la guerre civile, tandis que les armées coalisées envahiront le territoire, c'est en

1. Le maréchal Souvarof passa deux fois à Mitau^en 1799, en allant prendre le commandement des armées coalisées, en 1800, lorsque le tzar, après Zurich, rompit l'alliance. La première foig, Saint-Priest étant allé le voir fut reçu à la portière de la voiture du vieux soldat. La seconde fois, Souvarof passa sans s'arrAter, ni voir personne. Il était malade et découragé.

1800, le rêve auquel le voyage en Russie du vainqueur (le Jemmapes va donner un commencement de réalité, mais qui ne se réalisera pas plus que tant d'autres, où se révèlent les naïves illusions de Louis XVIII et de ses agents. L'espoir d'acheter Barras d'abord, Bonaparte ensuite, est un de ces rêves sans lendemain. C'est pitié de suivre les vaines négociations qui s'engagent sur ces chimères.

Depuis son arrivée à Mitau, le roi n'a goûté qu'une joie complète et sans déception, le mariage de (( ses enfants. » Quant à la reine, sa présence n'a fait qu'accuser le dissentiment qui existe entre les deux époux, par suite du fâcheux caractère de la femme et de l'influence qu'exerce sur elle Mme de Gourbillon. Le roi n'a pas voulu tolérer «cette intrigante » dans sa maison. Il l'a chassée. La reine n'a pas perdu le souvenir de ce qu'elle considère comme une humiliation ; elle ne cesse de s'en plaindre comme elle se plaint de la rigueur du climat de Russie. Au mois de mars 1800, le roi consent à la laisser partir pour Pyrmont, où elle a fait un premier séjour ^ . Le voyage, ajourné par suite du manque d'argent, ne s'effectue qu'en juin. La reine part avec une suite con-

1. C'est lors de ce premier séjour que Breteuil, qui l'avait accompagnée, écrivait: « Elle n'en a pas pour deux mois; mais, il faut convenir que ce ne sera pas une <,'rande perte. »

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sidérable, singulièrement coûteuse pour des exilés. La saison des eaux terminée, elle signifie an roi qu'elle se retire dans le Holstein, où le gouvernement danois lui permet de résiderez sans appareil de représentation ».

Cette afTaire a causé n Louis XVIII d'irritants soucis. La liliale sollicitude de la duchesse d'Angoulême les a peu à peu apaisés. Cette princesse est restée seule de la famille royale auprès de lui. Son mari et le duc de Berry ont quitté Mitau autorisés par le tzar, le premier à se rapprocher du théâtre de la guerre, le second, à se rendre dans les états de Naples, où il cherche une alliance. Ces départs successifs augmentent la tristesse et l'isolement des augustes proscrits, sans affaiblir leurs espérances. C'est au contraire vers ce temps, que le roi, poursuivant avec ténacité la réalisation de ses plans, envoie le comte de Saint-Priest à Vienne, avecmission de tenter un dernier effort su r la cour d'Autriche pour triompher du mauvais vouloir qu'elle oppose aux projets età la cause des Bourbons * . Il attache le ])lus grand prix à cette

i. lia bataille de Marengo, dont il eut la nouvelle le lendemain de son arrivée à Vienne, rendit inutile la mission de Saint-Priest. Il alla à Dresde, d'où il retourna en Suède, malgré les i:)ressantes lettres de Louis XVIII, qui le rappelaient. En 1807, il était en Suisse, toléré par la police impériale, grâce à l'amitié de M. de Barante, préfet de Crenève. Il rentra en France à la restauration et mourut en 1821 . Ses fils étaient au service de la Russie. Ils v re'stérent.

démarche. Il en attend avec confiance le résultat. Mais c'est Paul P"" qu'il considère toujours comme son plus ferme appui.

Un moment ébranlée par la défection militaire de la Russie, cette conviction devient plus forte. La conduite du tzar est bien faite pour l'encourager. Tandis que s'accuse le refroidissement des cabinets européens pour l'exilé de Mitau, alors que l'Espagne et la Prusse sont en paix avec la République,;que l'Angleterre et l'Autriche ne continuent la guerre que dans une vue d'intérêt personnel, et que la Suède, d'accord avec le Danemarck, jette les bases d'une ligue des neutres, le tzar semble au moins en apparence, redevenir, tout à coup, favorable à son hôte. Au début de l'année 1800, au moment où il vient de rompre avec ses alliés et de rappeler ses armées, il donne au prince proscrit une preuve éclatante de sa volonté de ne pas Tabàndonner.

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