‹ Les Bourbons et la Russie pendant la Révolution française (d'après des documents inédits)Chapitre 37 sur 71 · CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII

Di>ipositions du roi de Suède. — Arrivée de Louis XVIII à Tile d'Œland et à Calmar, — Il y attend son frère. — Arrivée du comte d'Artois. — Touchante entrevue et premiers entretiens. — Résolutions des princes. — Le maréchal de Fersen envoyé par le roi de Suède. — Lettres de Louis XVIII à ce dernier. — Au moment de quitter Calmar, le prétendant apprend que la Prusse ne veut pas le, laisser revenir à Varsovie. — Il se décide à profiter des offres du tzar. — Au commencement de 1805, il se réinstalle à Mitau.

A Calmar, Louis XVIII était attendu. Gustave IV, quelles que tussent les difficultés de sa situation, n'avait pas voulu se dérober aux devoirs de rhospitalité. Attaché aux Bourbons comme son père, il s'était employé déjàpour leur cause. L'année précédente, il avait même tenté d'ameuter l'Allemagne contre le gouvernement consulaire. L'avortementde cette tentative l'avait contraint, bien qu'il fût en brouille ouverte avec la France, à s'enfermer dans une apparente neutralité.

A l'exemple de la Russie, il avait refusé de

mettre au service de Louis XVIII un bâtiment de sa marine, exigé que la protestation que voulait élever ce prince ne tut pas datée du royaume de Suède. Mais, ces réserves faites, il avait envoyé des ordres au général d'Anckarsward, gouverneur de Calmar, à l'eifet de préparer au proscrit un accueil digne de son rang et de son infortune. Il lui enjoignait notamment de veiller sur la personne du roi de France, de prendre des précautions pour sa sûreté. Le bruit s'était en effet répandu que Bonaparte cherchait à faire assassiner le chef de la maison de Bourbon.

Dans la matinée du 24 septembre, le général d'Anckarsward fut averti qu'un bâtiment portant deux prince français, poussé par la tempête sur riled'(Eland,lesy avait débarqués. L'Ile d'Œland n'est séparée de Calmar que par une courte distance. Le général s'embarqua aussitôt pour rejoindre les princes. Mais la violence du vent qui régnait sur la Baltique le contraignit à rentrer au port. C'est seulement dans l'après-midi, qu'il put atteindre l'île où s'étaient réfugiés Louis XVIII et ses compagnons. Il trouva le roi de France au presbytère de Resmo, en train de se reposer des fatigues d'une pénible traversée qui n'avait pas duré moins de dix jours: Il fut décidé entre eux que ce prince se rendrait à Calmar le lendemain. Lui-même v retourna sur-le-

champ afin d'y préparer la réception, conformément aux ordres qu'il avait reçus.

Le 25 septembre, à huit heures et demie du du matin, Louis XVIII débarquait à Calmar. Sur le port, il trouva réunis le gouverneur, l'évêque et son clergé, les officiers de la garnison, les anciens de la ville, les magistrats. Ils l'accompagnèrent jusqu'à la maison qu'il devait occuper.

Là, ils lui furent officiellementprésentés. Pour la première fois, depuis qu'il avait fui sa patrie et qu'il errait, proscrit, sur la terre étrangère, le comte de l'Isle était reçu avec les honneurs royaux. Cet hommage à sa couronne fut doux à son cœur. Il exprima sa reconnaissance dans la lettre qu'il adressa, toute affaire cessante, au roi de Suède.

Le duc d'Angoulême ne partageait pas la demeure de son oncle. Parles soins d'une délicate attention, il était logé dans la maison préparée pour recevoir son père, le comte d'Artois, si ce prince venait à Calmar. Mais y viendrait-il? On l'ignorait encore ; et cette incertitude se prolongea durant douze jours.

Le roi de France, pendant ce temps, fut l'objet de la plus courtoise sollicitude. Lne garde d'honneur, que d'ailleurs il refusa, lui fut offerte. Une musique militaire envoyée à Calmar lui donna

des concerts tous les jours. Les hauts fonctionnaires, tour à tour, se firent un honneur de l'inviter à leur tahle. Lui-même, tous les soirs, tint une espèce de cour. On lui fit visiter la ville, ses environs. Il voulut s'agenouiller sur la pierre commémorative du débarquement de Gustave Wasa en 1521 et de l'intrépidité de ce piince, qui vint, après une longue proscription, arracher son royaume à la domination danoise. Partout, dans •ces visites, dans ces excursions, Louis XVIII apportait son affabilité, son grand air et se gagnait tous les cœurs \ Il y apportait aussi sa tristesse, car il ignorait toujours s'il aurait la joie de voir son frère.

Enfin, le 6 octobre, quand déjà il commençait à désespérer, un courrier extraordinaire vint à l'improviste lui donner des nouvelles du comte •d'Artois. Ce prince, acompagiié du marquis de Ségur et de l'abbé de Latil^ était parti d'Harwick sur un bâtiment de la marine anglaise, qui devait l'y ramener. Débarqué à Gothenbourg, sous le nom de comte de Ponthieu, il avait envoyé aussitôt un courrier à Calmar, afin d'annoncer son arrivée pour le lendemain.

1. Son obésité était déjà telle qu'elle frappa les Suédois. Il 'était vêtu d'un habit gris et d'un pantalon nankin serré dans des bottes. Sur cet habit, il portait l'ordre des Séraphins de •Suède. Ses cheveux étaient poudrés.

Cette nouvelle fit oublier à Louis XVIII ses fatigues et ses angoisses. Quant au duc d'Angoulême, pressé d'embrasser son père, il voulut aller à sa rencontre jusqu'à trente lieues de Calmar. Vainement, le général d'Anckersward lui objecta qu'il s'exposait à ne pas le rencontrer, le jeune prince s'obstina à partir, bien qu'il ignorât par quelle route arrivait son père. Il était à peine parti que les craintes du général se réalisèrent ; le comte de Ponthieu avait pris un autre chemin que celui que suivait son fils.

Le 7 octobre, le roi sortit de la ville, se dirigeant versRyssby, petit village des environs, où son frère avait dû passer la nuit. C'est là qu'ils se virent et s'embrassèrent après une séparation de plusieurs années \ Le même jour, ils rentraient ensemble à Calmar, où le duc d'Angoulème, revenu de sa longue et inutile course, les rejoignit dans la soirée. Ils purent alors goûter librement le bonheur de se trouver réunis.

Éloignés l'un de l'autre par de tragiques événements, le roi de France et le comte d'Artois en évoquèrent d'abord le souvenir. Ils donnèrent des

1. Le roi avait appelé à Calmar le comte d'Artois, le duc d'Orléans et le prince de Gondé. Le comte d'Artois y vint seul, soit que le gouvernement anglais, qu'il avait l'habitude de consulter, n'eût vu qu'inconvénients dans le voyage des trois princes, soit que lui-même eût préféré se rendre isolément auprès de son frère pour lui parler avec plus de liberté.

larmes à leurs morts, à leur frère, à la reine, à madame Elisabeth, au dauphin, au duc d'Enghien, aux vaillants amis de leur cause, frappés en combattant pour elle. Ce fut l'objet de leur entretien, surtout la triste fin du dernier des Gondé, dont ils portaient encore le deuil et qui prouvait qu'entre eux et Bonaparte, la lutte, si elle se continuait, serait sans merci.

La politique vint ensuite, défraya les conversations ultérieures, qui furent longues et nombreuses. Le roi et son frère avaient tant d'espérances communes à échanger, tant de projets à étudier, tant de malentendus antérieurs à éclaircir! Au cours de leur séparation, ils avaient été souvent divisés d'opinions. Mais ces divisions étaient moins l'œuvre de leur cœur que celle de leurs partisans. En se retrouvant face à face, en s'expliquant sans intermédiaires, il leur fut aisé desemettre d'accord. Leurs griefs s'évanouirent; leurs épanchements ne se ressentirent à aucun degré des dissentiments antérieurs.

Les circonstances d'ailleurs ne leur étaient plus favorables au même degré qu'autrefois. Les victoires successives de Bonaparte affermissaient la couronne impériale sur son front. Tour à tour, les souverains de l'Europe reconnaissaient en lui le fait accompli. Le triomphe du droit sur la force était indéfiniment ajourné. Le rôle du prétendant

ne pouvait plus être qu'un rôle d'observation et d'expectative. Quand les champions d'une même cause sont désarmés, réduits à l'impuissance, il leur est facile de vivre unis.

En de fréquents entretiens, les princes examinèrent leurs chances sans illusion comme sans défaillance; mais, toujours animés d'une indomptable espérance, ils se fortifièrent dans le dessein de persévérer dans leur attitude. La protestation que le roi entendait élever contre Bonaparte était considérée par eux comme un moyen efficace de servir leur cause. Ils en arrêtèrent de concert les grandes lignes. Louis XVIII s'en réserva la rédaction. Afin d'épargner à Gustave IV le ressentiment de l'empereur des Français, il décida, conformément à sa promesse, que ce document ne contiendrait aucune indication pouvant révéler en quel lieu il avait été préparé et écrit.

Les princes s'étaient flattés de l'espoir de recevoir la visite du roi de Suède. Ils durent bientôt y renoncer. Gustave IV leur envoya le maréchal de Fersen, l'ancien ami de Louis XVI, dont l'attachement aux Bourbons ne s'était jamais démenti. L'entrevue fut très émouvante. Fersen pleurait. Le roil'embrassaàplusieurs reprises. Le comte de Saint-Priest, retenu à Stockholm par la santé de sa femme, eut le regret de ne pouvoir accompagner Fersen . Ce dernier porta à

Louis XVIII les assurances de la sollicitude de son maître, au nom duquel il lui offrit un asile en Suède, en l'engageant à publier sans retard sa protestation.

Avant de quitter Calmar, le comte de Tlsle voulut répondre à ces communications. Il le fit le 17 octobre. Sa lettre est curieuse ; elle révèle ses dispositions et même ses résolutions.

« J'ai arrêté, de concert avec mon frère, les bases de la déclaration que je me propose de publier; il ne me reste que la rédaction et ce sera le premierobjet dont je m'occuperai à mon retour. Votre Majesté semblerait penser que je dois la publier sans délai. J'espère cependant qu'elle approuverai marche que j'ai déjà commencé à tenir à cet égard. En partant de Riga, j'ai annoncé à l'empereur l'intention où je suis d'adresser la parole à mon peuple; mais, en même temps, je lui ai déclaré que je lui ferai connaître cet acte avant sapublication. Je l'ai prié aussi, à l'exemple de son père, qui fit déposer dans les archives du sénat le contrat de mariage de mes enfants, de vouloir bien être le dépositaire de ma déclaration. Enfin, quant à mon séjour ultérieur, je m'en suis également remis aux conseils de Sa Majesté Impériale. Je n'ai point encore reçu la réponse de Sa Majesté Impériale. Je désirerais la recevoir ici. Mais la saison avancée ne me permet pas d'y

prolonger davantage mon séjour, et j'ai été obligéde fixer mon départ au commencement de la semaine prochaine. Quant à la date que portera ma déclaration, j'ai promis à Votre Maj esté, etj 'y serai fidèle, que rien ne porterait celle de ses États. Votre Majesté pense qu'il suffirait qu'elle ne portât celle d'aucun lieu. Mais, qu'elle me permette de le lui dire, tout le monde saura l'instant démon arrivée et celui de mon départ de Suède. Je craindrais de la compromettre encore et ce sera du sein même de la mer que je la daterai \ J'aurai ainsi un lieu positif qui n'appartient à personne, et je n'appréhenderai pas que mon malheur s'attache à ceux dont l'amitié fait ma consolation. »

Louis XVIII quitta Calmar le 23 octobre. Reconduit, avec le même appareil qu'à son arrivée, au navire qui l'avait amenée il se sépara de son frère sur le port. Tandis qu'avec le duc d'Angoulême,il partait pour Riga, le comte d'Artois allait s'embarquer à Gothenbourg pour retourner en Angleterre. Mais, même avant de se séparer, les princes purent juger des inconvénients et des effets de leur entrevue.

La veille de son départ, Louis XVIII reçut par

1. Le roi changea ultérieurement d'avis, et sa déclaration^ rédigée à Blankenfeld, parut avec une date, mais sans indication pouvant révéler où et quand elle avait été écrite. .

288 LES BOURBONS Eï LA RUSSIE

l'intermédiaire du baron de Tarrach, ministre prussien à Stoclvholm, une lettre de M. de Hardenberg, qui avait remplacé M. d'Haugwiz à la tête du cabinet de Berlin, adressée à d'Avaray et qu'il ouvrit en l'absence de ce dernier. Cette lettre lui faisait connaître que la Prusse, considérant l'entrevue de Calmar comme un acte hostile à la France, aggravé par l'approbation qu'y avait donnée le roi de Suède, jugeait «que le séjour du comte de l'Isle à Varsovie était incompatible avec la neutralité que Sa Majesté prussienne entendait garder ».

Au moment où Louis XVIII quittait sa retraite de Pologne, la Prusse songeait déjà à cette grave mesure dont les nouvelles reçues de Calmar et une lettre du comte de l'Isle au roi Frédéric- Guillaume avaient bâté l'exécution. Dès le 2 octobre, ce souverain écrivait de Postdam au baron de Hardenberg : « J'ai rempli jusqu'au bout les devoirs de l'hospitalité. Cependant, ces éternelles réclamations sont désagréables. L'existence équivoque de mes hôtes fait désirer d'en être quitte avec honneur. On a recueilli des particuliers. S'ils quittent la Prusse pour jouer ailleurs un autre rôle, il ne convient pas qu'ils y rentrent. De même, si les craintes qu'on a se réalisent, il faut chercher le mode le plus décent de s'épargner les embarras auxquels expo-

serait infailliblement le séjour des princes. » M. de Havdenberg approuvait les vues du roi ; trois jours après, il lui répondait: « Le cas est pressant. La conduite des princes est désapprouvée même par les ennemis de la France. On préparera sans doute à Calmar des manifestes qui déplairont nécessairement à l'empereur Napoléon et qui ne verront le jour qu'après le retour du comte de l'Isle à Varsovie. Il serait trop tard pour parer le coup. Donc, il faut s'expliquer d'avance avec le comte de l'Isle et je vais charger de ce soin M. de Tarracli. »

L'explication ne fut pas longue. Elle se borna, de la part du diplomate prussien, à un avis verbal qui équivalait à un ordre d'expulsion et à la remise de la lettre écrite par Hardenberg à d'Avaray. Après l'avoir lue, le roi déclara i( qu'elle n'exigeait pas de réponse ».

Il lui restait encore la ressource de profiter des olfres du roi de Suède et de rester à Calmar. Mais il recula devant la nécessité d'exposer la reine et la duchesse d'Angoulême aux fatigues d'une longue traversée. D'autre part, il avait sollicité de l'empereur Alexandre un asile dont il se croyait assuré, et la Russie lui offrait un refuge moins exposé aux coups de la fortune que celui qu'il pouvait trouver dans les États de Gustave IV. Il ne changea donc rien à ses projets et

s'éloigna de Calmar sans rien regretter des événements qui venaient de s'accomplir.

Cette seconde traversée ne fut ni moins longue ni moins orageuse que la première. Louis XVIII n'arriva à Riga que dans les premiers jours de novembre. En y débarquant, il apprit d'abord que le tzar consentait à le recevoir en Russie, puis qu'il lui assignait comme résidence, non pas Mitau, mais Kiew. Ce fat une déception qui succéda à son premier contentement. A Mitau, il avait goûté les seules joies que l'exil lui eût jamais données. Il connaissait cette ville ; il comptait en Courtaude de nombreux amis. Kiew, au contraire, c'était encore l'inconnu; le froid y sévissait plus durement qu'à Mitau. Il résolut d'insister auprès du tzar pour que ses désirs fussent réalisés. Tandis qu'il envoyait, à cet effet, Blacas à Saint-Pétersbourg, il alla s'installer de nouveau chez M. de Konigsfels, où d'Avaray et le cardinal de Montmorency attendaient son retour.

Alexandre n'était pas animé de mauvais sentiments contre le roi proscrit; mais il aurait voulu que ce prince s'abstînt de faire acte de prétendant et se résignât à son sort. Il était. disposé avenir en aide au comte de l'Isle, mais non à favoriser les vues du roi de France. On voit se révéler ces sentiments dans une lettre que le

prince Gzartoiyski écrivait le 8 octobre à M. d'Alopeus, ministre russe à Berlin, pour Tinformer de ce qui s'était passé entre la Russie et le comte de l'Isle. « L'empereur n'a pas répondu à sa seconde lettre. Il lui a refusé un vaisseau de guerre pour le transporter à Calmar. L'empereur n'a pas voulu se prêter à un projet qu'il désapprouvait et qui était inutile. Il ne doute pas que sa conduite n'obtienne l'assentiment de Sa Majesté prussienne. »

A travers les lignes, il est aisé de discerner les mobiles qui guidaient le tzar lorsqu'il se prétait à laisser Louis XVIII rentrer en Russie. C'était à la fois un acte d'indépendance, presque d'bostilité, vis-à-vis du gouvernement français; mais c'était aussi le plus sûr moyen de tenir le prétendant, de l'empêcher de créer des embarras à la politique générale ^ En l'exilant à Kiew, il cherchait à l'éloigner du théâtre des événements. Mais il savait bien qu'à Mitau comme à Kiew, il

1. L'extrait suivant d'une lettre du comte d'Artois tendrait à prouver qu'il avait deviné les mobiles du tzar : « Dans de telles circonstances, vous sentez facilement, mon cher frère, qu'il est important, j'ajoute même nécessaire, que vous prolongiez votre séjour à Mitau. Les motifs naturels, en outre, ne vous manqueront pas sûrement pour multiplier les délais, et le caractère de l'empereur Alexandre ne peut vous faire craindre les mêmes procédés que vous avez éprouvés il y a quatre ans. Je suis même fort tenté de croire que plus nous irons en avant vers le mois de mai, moins on cherchera à vous éloigner. » (24 fé^ vrier 1802.)

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pourrait paralyser son action si, de nouveau, elle tentait de s'exercer. Blacas n'eut donc aucune peine à obtenir ce que souhaitait son maître. Le 27 novembre, le tzar faisait savoir au comte de risle qu'il persistait à lui offrir un asile à Kiew, mais qu'il lui permettait en attendant, et vu la saison rigoureuse, d'habiter Mitau.

A cette occasion, il fallut traiter encore la question d'argent. Elle s'imposait plus que jamais, impérieuse et pressante. « Ce déblai de Varsovie dans une pareille saison, écrivait, le 25 décembre, d'Avaray à Blacas, et à l'époque où tous les loyers venaient d'être renouvelés, où toutes les provisions d'hiver venaient d'être faites, sera d'un embarras, d'une dépense et d'une perte exorbitants. Le quartier de janvier mangera Tannée entière... En 1798, lors du départ de Blankenberg, le roi était seul de sa personne avec un petit nombre de serviteurs. L'empereur Paul, indépendamment de son traitement, fit passer à notre maître soixante mille roubles pour les frais de son déplacement. Comparez un peu le déplacement de Blankenberg avec celui de Varsovie. »

La générosité d'Alexandre facilita le dénoûment des difficultés que signalait d'Avaray. Au mois de janvier 1805, le roi quittait Blankenfeld et s'installait de nouveau dans le château de

Mitaii, où, quelques semaiues plus tard, la reine et la duchesse d'Angoulème venaient le rejoindre \

1. C'est seulement au mois d'avril que les princesses retenues à Varsovie par le froid et parla santé de la reine, déjà très délabrée, purent se réunir au roi. La détresse de la famille royale ne fut pas étrangère à ces retards. Le roi faisait recommander l'économie à sa femme elle-même : « Le roi a fait maritalement tout ce qu'il pouvait faire, écrivait d'Avaray. C'est à M. d'Havre à se prévaloir des intentions connues de Sa Majesté et des favorables dispositions manifestées par la reine pour ramener sans cesse aux principes d'économie plus que jamais nécessaire dans la cruelle situation où le roi se trouve. » La reine se résigna. La maison royale, en partie licenciée, fut réduite à douze personnes; on vendit les chevaux et les voitures. Malgré ces sacrifices, on laissa des dettes à Varsovie. Les princesses firent la route jusqu'à Mitau, accompagnées seulement du marquis de Bonnay, de l'abbé Edgeworth et de quelques domestiques.

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