PIECES JUSTIFICATIVES
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On écrirait un très curieux et très intéressant volume sur l'histoire de la famille d'Orléans pendant la Révolution. A supposer que ce livre soit jamais écrit, i devra nécessairement aboutir à cette conclusion qu'en ces temps troublés, les princes de cette famille, auxquels les royalistes purent reprocher d'avoir subi, le père les entraînements des idées révolutionnaires, les fils celui de leur jeunesse, ne se mêlèrent pas aux intrigues des émigrés. Jusque dans l'exil, celui qui devait être plus tard le roi Louis -Philippe ne cessa pas d'être éminemment Français.
Il se nommait le duc de Chartres. 11 exerçait un commandement à l'armée de Dumouriez. Il quitta la France en même temps que ce général. Son père Philippe Egalité et ses deux frères, le duc de Montpensier et le comte de Beaujolais, furent arrêtés à cette époque et envoyés au fort Saint-Jean à Marseille, tandis que leur mère, fille unique du duc de Penthièvre, était, après une courte détention au Luxembourg, remise en liberté.
Le vote de la Convention qui ordonnait l'arrestation des princes eut lieu le 8 avril 1793. Le lendemain, les députés des Bouches-du-Uhône écrivaient ù la municipalité de Marseille :
€ Frères amis,
D Nous nous empressons de vous annoncer une nouvelle qui honore trop Marseille pour ne pas vous être des plus agréables. Après un débat de plus d'une heure, il a été décidé que tous les Bourbons, excepté ceux détenus au Temple, seraientjtransférés à Marseille pour y être gardés en état d'arrestation par les citoyens, sous la surveillance et la responsabilité des corps administratifs. La lutte qui a eu lieu dans cette occasion et qui s'est terminée à l'avantage de notre chère ville, est une 'preuve qu'on la regarde effectivement comme la montagne de la République.
•p Paris le 9 avril 1793 de l'an II de la République une et indivisible.
» Les républicains : Baille, B. Laurens, Granet. »
Les instructions qui suivent furent remises aux commissaires, chargés de conduire les princes à Marseille.
» Les commissaires chargés de conduire à Marseille les individus de la famille Bourbon, traiteront ces individus avec tous les égards et tous les ménagements que commandent la justice et l'humanité.
» Dans les villes où ils s'arrêteront, ils procureront aux prisonniers toutes les commodités compatibles avec leur sûreté.
» Ils veilleront à ce que personne ne puisse les voir ni leur parler.
» Dans le cas où des lettres leur seront adressées, les commissaires les feront passer au ministre de la Justice qui les transmettra au comité du salut public.
» S'il arrivait aux voitures quelque accident susceptible
(.runc prompte réparation, les commissaires arrêteront, le temps nécessaire pour cette réparation. Dans le cas où elles ne pourraient être faites promptement, ils feront fournir d'autres voitures.
» S'il survenait une indisposition ou s'il arrivait quel(|ue accident aux prisonniers, tous les secours nécessaires leur seront fournis. Les gens de Fart, les plus connus des lieux, seront appelés auprès d'eux, et dresseront procèsverbal de leur état. Dans le cas où, soit l'indisposition, soit l'accident forceraient à séjourner quelque part, les commissaires en rendront sur-le-champ compte au ministre de la Justice, à qui ils feront passer le procèsverbal qui constatera Timpossibilité où se trouve le prisonnier de continuer sa route. Ils requéreront (sic) en même temps, les corps administratifs du lieu, de désigner une maison dans laquelle le prisonnier sera gardé par une force armée suffisante et sous la responsabilité des dits corps administratifs, jusqu'à son rétablissement.
» Des deux commissaires, l'un accompagnera toujours les voitures, l'autre ira en avant pour faire toutes les dispositions nécessaires pour le logement des prisonniers et ordonner les mesures de sûreté que pourront commander les circonstances.
3) Les commissaires sont autorisés à faire aux autorités constituées et à la force armée de tous les lieux où ils passeront, toutes les réquisitions qu'ils jugeront nécessaires pour obtenir les moyens d'exécution pour la mission (|ui leur est confiée. Les autorilés constituées et la force armée seront tenues de déférer à ces réquisitions sous leur responsabilité.
» Les commissaires délibéreront ensemble pour régler les mesures à prendre dans les cas non prévus et ils tiendront un journal exact de leur voyage.
1 Le Ministre de la Justice,
> GOHIEH. »
336 LES BOUliDONS ET LA RUSSIE
Quelques mois plus tard, le 3 octobre, Philippe-Egalité fut ramené à Paris, jugé, condamné à mort et exécuté le G novembre. Ses deux jeunes fils étaient restés à Marseille. Une femme qui avait tendrement aimé leur père, Mme de Gepo}', épouse divorcée du fils de l'illustre Buffon, s'intéressa courageusement au père et aux enfants. Nous avons trouvé dans les archives des Bouches-du-Rhône deux lettres d'elle qui témoignent de sa sollicitude pour les prisonniers. La première, datée de Valence, le 13 juillet 1793, plaide auprès des autorités de Marseille la cause de Philippe Égalité.
€ Demander, solliciter de savoir la raison qui suspend la réception de mes lettres et de celles que la famille malheureuse qui vous est confiée m'écrivent, ne me sera peut-être point accordé; j'espère, citoyens, n'avoir cependant eu rien démérité de pouvoir communiquer avec mes amis à cachet volant; je me flatte, en ayant senti vivement la faveur, de pouvoir lire et leur dicter quelques-unes de mes pensées, de n'avoir point enfreint sur cette grâce ; je n'ai jamais écrit que des lettres expressives d'amitié luîds nulle en nouvelles. Je sais ce que l'on doit aux pouvoirs; je sais que l'intention, la volonté, est que mes amis soient dans l'ignorance absolue de ce qui peut sy passer. La i^rudence et mon peu de connaissance en politique me font sans peine éviter de me distraire du but de mes épitres, dont la première douceur pour moi tient à les assurer, à leur renouveler mes sentiments et leur parler de ma santé et de. la leur. Sans inquiétude sur le citoyen Égalité, dont lame et toutes les actions m'ont toujours été connues, que veut-on ? que chercherai-je à lui dire ? Dans cette position cruelle, le calme est dans mon cœur ; une affaire toute calommieuse ne peut m'effrayer. La conscience pure, intacte, du citoyen Égalité est le plus fort garant qu'on puisse avoii;; il est affreux pour moi de voir que l'on prolonge, que l'on augmente ses ligueurs. Qu'enfin on décide de son sort; il est innocent î
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^Jiuiid, pu* d« Ternies et, astiocies |t«^ pcxsëcnlkiiis, «a sântiè se troviTcm dènngêeypooinb-i-oii, en le randant àfai iy»atè, hu rmdie cette santé dont je pâdey faiea prâcieose à&al lien ne dèdonuua^?
» Par grace, citoyens, parhnmaniti^ ne lepâTez pasde mes lettres, ne me ^tcz pas ées siennes. De bi sensibUitê à cette j^èie qœ je tous &is, Tni]i« la seoleièponse qne je tous d^aonande ; elle tïm^
> J<ê smiis arec estime, » Yetie eKMDidtioyenne
• CfiPOT. >
La Seconde de ces lettres esl datée dm 30 an 111 Cil octobre 1?^.
» Je ne me peimels ancnnes léfleidons ni soOicitatMXifts pour Tovs engager àiemettfe À ces jeones amis, dont le sdit est entre tos mains, les deoa: tresses de eheri^oa: Blacès, l\uie en <(sr, Fantxe en smci^, qne je leor airais enToyees, diaprés les demandes léitéiées qnUs a^nient faites dans différentes lettres qne Tons aiTiet en la bonté de me Mie pa^^ser; je n^avms pas donté qœ la remise d'an eadeaiDL an^i léger, qui n^a de prix qne eelni qne r^imitié lui donne, ne serait Mte aTee exactitude, suitont les èpitres qui m^'engageaient à Mie cet en^oi m^'tâtant parvenues; si contre mon attente, tous persistes à ne point satisfaire enveis eux à cette très petite jouissance, Teuîllez avoir l^xtiéme complaisanee de me len^ojer les dites tresses, qui pour lors deTiennenl inutiles, el que je préfère retirer.
» Pardon de mon importunité. Agréez citoyens. Tassurance de mon estime. Salut et fraternité.
» Votre concitoyenne, » F. Gepoy. »
De Paris, la duchesse d'Orléans écrivait aussi en faveur de ses fils de qui la rigueur -révolutionnaire la tenait séparée.
« Je me flatte que l'on voudra bien accorder à une malheureuse méi'e une consolation qui lui est bien nécessaire, et qui est au pouvoir des citoyens Président et administrateurs du département. C'est de permettre qu'elle leur fasse remettre la somme de 2400 fr. qui seroit employée à adoucir la captivité de ses enfants, en leur procurant les objets de distraction et de délassement dont leur position est susceptible. Ce dépôt ne pouvant être remis qu'entre les mains des citoyens. Président et administrateurs du département, je me persuade qu'ils excuseront mon importunité et qu'ils ne me refuseront pas une demande dictée par les sollicitations maternelles. Je les prie d'avance d'être bien assurés de toute ma reconnaissance et de celle que je leur devrai de vouloir bien ordonner, s'ils le jugent à propos, que les lettres ci-Incluses soient remises à leur distination.
»M. A. DE Bourbon.
T> Ce 9 juillet 1793; l'an II de la République.
» Citoyens, j'ai la confiance dans votre obligeance que vous voudrez bien me mander, si vous pouvez accéder à ma demande. »
< Citoyens représentants,
€ C'est une mère mallieureuse, et séparée des objets les plus chers îi son cœur, ({ui s'adresse ù votre justice et à votre humanité en faveur de ses deux enfants sur la situation desquels, elle vous conjure de prendre des renseignements; ils vous prouveront que par des motifs étrangers à eux, ils ont été privés, sur Tordre du représentant Maignet, de la faculté de se promener dans le fort où ils sont détenus; adoucissement qui ne leur était pas interdit par le décret qui les a envoyés à Marseille et, dont ils ont joui pendant longtemps. Pleine de confiance dans votre équité, mon cœur n'a pu se refuser à réunir mes instances à celles de mes enfants ; elles se bornent d'ailleurs à réclamer pour eux les soulagements que votre prudence vous permettra de leur accorder; ils prolongeront les jours d'une mère infortunée et sensible. > M. L. A. Penthièvre.
« Ce 2 nivôse an III de la République française une et idivisible. »
Citons encore deux lettres dans lesquelles le duc de Montpensier et le comte de Beaujolais réclamaient un adoucissement à leur captivité.
« Fort Saint-Jean j le 9 mai 1793, l'an II de la République; aux administrateurs des Bouches-du-Rhône.