LE COMTE D'ARTOIS A PAUL I
Edimbourg, 2 jnin 1709.
Monsieur mon Frère et Cousin,
C'est avec une entière confiance dans l'équité de Votre Majesté Impériale, et dans la bonté de son caractère magnanime, rpie je lui adresse directement l'expression franche et sincère du sentiment ffui affecte profondément mon cœur, et que je la conjure de m'éclairer sur les causes de ses rigueurs à mon égard.
Les marques multipliées d'intérêt, je pourrais même dire d'amitié, que j'ai reçues de Votre Majesté Impériale à l'époque de son séjour en France, et à celle de mon voyage à Pétersbourg avoient gravé dans mon âme un sentiment de tendresse et de reconnaissance, qui servoit à adoucir le poids de mes malheurs et qui me donnoit plus de forces pour les supporter avec constance et énergie. Je m'appuyais avec confiance sur l'amité d'un prince qui avoit toujours annoncé les grandes qualités qu'il a si bien développées depuis, et je l'avouerai franchement à Votre Majesté Impériale, je me flattois de n'avoir jamais à craindre, queles bontés dont Elle m'avait donné des assurances si précieuses pour moi, pussent être altérées.
Le sentiment de ma conscience, m'a fait douter long-
temps du malhonr quo j'éproiivo, et quoique le mouvement de mon cœurait toujours été de déposer mesinquiétndes dans le sein de Votre Majesté Impériale, la crainte de l'importuner, ou de lui paraître trop susceptible m'a retenu jusqu'ici; mais, aujourd'hui, il n'est plus en mon pouvoir de garderie silence, mes doutes sont devenus des certitudes, et, sans que je puisse en pénétrer les motifs, je me trouve obligé de croire qu'on est parvenu à me nuire dans l'esprit de Votre Majesté Impériale et à l'enoager à ne plus me traiter avec les bontés et l'amitié auxquelles j'attacliois tant de prix.
Si mon cœur étoit moins attaché particulièrement à la personne de Votre Majesté Impériale, et si la noble énergie de ses résolutions ne lui avait pas acquis de si justes droits à l'admitration générale, je saurois me renfermer dans un respectueux silence, et, certain de n'avoir aucun reproche à me faire, je me bornerais à espérer que son opinion mieux éclairée sur ma conduite ne tarderoit pas à me devenir favorable.
Mais, Sire, il m'est devenu impossible de ne pas tout tenter pour détruire des impressions si affligeantes pour moi, lorsque je pense qu'elles ont été prises, par un souverain que je dois vénérer et chérir plus que jamais, qui acquiert tous les jours de nouveaux droits à ma vive reconnaissance, à celle de toute la maison de France, et qui, devenu le sauveur de l'Europe par l'influence de sa haute sagesse et par la puissance de ses armes, remplit maintenant l'univers de sa gloire.
J'oserai l'assurer à Votre Majesté Impériale, les personnes qui ont cherché à me nuire dans son esprit sont autant les ennemis de la cause quelle a embrassée si généreusement que les miens propres. Je ne désire point do les connoître; mais ce que je demande avec la plus vive ardeur, ce que je sollicite de la justice de Votre Majesté Impériale, et ce que j'ose attendre de sa bonté, c'est qu'en suivant l'impulsion de son caractère franc et ouvert, elle veuille bien m'instruire des reproches qu'elle peut faire à ma conduite, et des torts dont on a pu me noircir à ses veux.
Né avec une Ame pure, un cœur loyal, n'ayant jamais suivi que le chemin de l'honneur, et, ne connoissant qu3 ses lois, je puis répondre d'avance à Votre Majesté Impériale, que, si elle consent à accéder à mes vœux, j'éclaircirai tous les faits que l'erreur ou la calomnie ont pu m'imputer, de manière à conserver pour toujours dans son estime et dans son afection In place qu'il m'est si nécessaire d'y occuper.
La profonde reconnoissance que je devrai à Votre Majesté Impériale, pour cette nouvelle preuve de ses bontés, ne pourra être égalée que par tous les sentiments aussi tendres que respectueux, avec lesquels, Je serai toute ma vie.
Monsieur mon frère et cousin, De Votre Majesté Impériale Le irès affectionné frère, cousin, et serviteur, Charles Philippe.