LE DUC DE BERRY A PAUL I
Scliougau, 28 novembre 1799.
Sire,
Votre Majesté Impériale a fait éclater un intérêt si grand envers la malheureuse maison de France, a embrassé avec tant d'énergie et de magnanimité sa cause, elle a reçu avec tant de bonté et de générosité les Princes et la fidèle noblesse qui ont suivi le sort de notre Roy, que j'ose espérer qu'elle accueillera favorablement la demande que j'ai l'honneur de lui faire. Une nouvelle crise se prépare, la forme de ce monstrueux gouvernement
républicain va encore changer et il ne restera bientôt plus d'espérance aux fidèles sujets de l'intérieur qui soupirent et combattent pour le rétablissement de la monarchie. Il est temps qu'un prince de la maison de France paroisse au milieu d'eux et qu'il réunisse à lui tous les partis épars dans les différentes provinces, afin de les soutenir et de s'opposer au torrent qui dévore tout. Je supplie donc Votre Majesté Impériale de me permettre de profiter du temps d'inactivité où est l'armée pour tâcher de pénétrer dans une des provinces du royaume et d'y combattre les ennemis de Dieu, de Votre Majesté et du Roy. Je ne me suis pas dissimulé la difficulté de l'entreprise, mais je ne puis voir sans la plus vive douleur cette multitude de partis écrafeés successivement les uns après les autres, faute d'avoir eu un chef qui les ait fait agir ensemble et de concert. C'est ainsi que les efforts des habitans de la Vendée, de la Bretagne, de la Normandie, du Lyonnois et du Languedoc, sont devenus inutiles et infructueux; un Bourbon à leur tête les eût peut-être rendus victorieux. Votre Majesté Impériale m'a accueilli dans mes malheurs ; elle ne me refusera pas d'être mon guide dans la nouvelle carrière que je désire de parcourir; j'attends, avec la plus vive impatience, la permission, les ordres et les conseils de Votre Majesté; elle connoît, mieux qu'aucun souverain de l'Europe, nos maux, notre position malheureuse, et, les moyens à prendre pour y remédier et, mieux que personne, elle peut sentir qu'il ne reste de ressource à un Bourbon que de vaincre ou de périr pour son Roy et la noble cause que Votre Majesté a bien voulu regarder comme la sienne.
Je suis, avec un très profond respect, De Votre Majesté Impériale, Le très humbleet très obéissant serviteur,
Charles Ferdinand.
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