II INTRODUCTION
comme elle et pénètrent tôt ou tard clans ses rangs ; ce sont les marchands, les négociants, les hommes qui exercent des professions libérales, artistes, savants, gens de loi, les titulaires d'offices, les commis et les rentiers, qui ont reçu pour la plupart l'instruction secondaire et qui doivent leur aisance et leur rang, sinon à leur travail personnel, du moins à celui de leurs parents.
L'étude de leur vie privée nous aide à mieux comprendre le rôle que les classes moyennes ont été appelées à remplir pendant la période qui nous occupe. Jamais leurs qualités et leurs aptitudes ne se sont mieux développées. Sous l'impulsion du pouvoir monarchique qui cherchait à restreindre le pouvoir de la noblesse, la bourgeoisie a vu s'améliorer sa condition et grandir son influence. Elle a participé sans doute au mouvement de progrès qui est commun à toutes les nations chrétiennes de l'Europe; mais elle a ressenti surtout celui qui était propre à la France, dont la suprématie sur les autres peuples était alors universellement reconnue. Plus qu'aucune classe de la société, elle a profité de cette double influence. Elle a connu , au point de vue matériel , les avantages
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toujours croissants que peuvent procurer l'industrie et l'aisance; au point de vue social, elle a vu l'élévation graduelle des plus humbles de ses membres; au point de vue moral, elle a pu voir honorer de plus en plus le travail, la science et l'intelligence, et telles ont été les transformations qu'elle a éprouvées dans sa condition que l'on peut affirmer qu'il y avait plus de différence entre les bourgeois du temps de Henri IV et ceux du temps de Louis XVI qu'il n'y en a entre ces derniers et ceux de nos jours.
Nul ne saurait contester les résultats des grands changements politiques et des étonnantes découvertes scientifiques qui ont eu lieu depuis un siècle ; mais il semble que la Révolution a été plus profitable aux bourgeois en apparence qu'en réalité. A la veille de 1789, ils exerçaient de fait la prépondérance dans l'État et dans la société; ils étaient l'élite du tiers état et la pépinière de la noblesse, et leurs privilèges, qui les distinguaient du peuple, avaient eu longtemps à leurs yeux plus d'importance que des droits plus étendus qu'on partage avec tous.
Ne pouvait-on dire dès lors que c'était parmi eux