‹ Les bourgeois de Paris scenes comiquesChapitre 128 sur 175 · PRE M 1ER LIE UT E N A N T · texte numérisé non relu

PRE M 1ER LIE UT E N A N T

Lin vieux de la vieille.

^ PLANTIN

Je crois bien. Lieutenant aux chasseurs delà garde. J'ai diné chez lui la semaine dernière ; le roi des hommes, rien de meilleur au monde.

PREMIER LIEUTENANT

On le dit bien.

P I.ANTIN

Je ne suis pas difficile, je voudrais avoir ce qu'il a, j’eii demanderais pas davantage. Une bonne maison, la sienne; et sa femme aussi. On y dîne crânement, c’est pas pour dire, et longtemps! Tiens, le voilà qui vient par ici. Salut, monsieur Pensey.

PENSE y.

Bonjour, mauvais sujet.

li.N-tAFh: MlLITAlKt: -.>05

FLANTIN.

Ça va bien ?

MKNSKÏ.

l'as plus mal, et chez vous?

PLA NT l>.

Comme vous voyez. Peut-on vous offrir quet’ chose?

PENSEÏ.

.Non, bien obligé, pas du moment. Je cours dejtuis ce matin après le lieutenant Ghomel ; ce gredin-h'i, impossible de mettre la main dessus.

P I.A.NTIN.

Il était là n’y a qu’un moment.

PENSEV.

V n’est pas de service, que vous sichiez?

PP.EMlEli LIEUTENA.NT.

11 a descendu hier.

PENSEV.

A piopos, vot’ pays est-il arrivé?

PLANTIN

N’ m’en parlez pas.

PENSKÏ.

V n’ vient plus?

P LA N Tl. N.

Pas tant qu’à présent, toujours.

PENSEV.

Un bon garçon?

PLA.NTIN.

J’en connais pas de meilleur.

PENSEV.

Faudra nous l’amener.

PLANTI.N. •

(]’était bien mon intention.

PENSEV, au premier liciilenaiit.

Monsieur sera des nôtres.

üiN CAFK MILITAIRE

t-UKMlEK LIEUTENANT.

l'iiilcs honneur, capiUiine !

P EN SE ï.

Nous rirons, nous retou inerons à ce p’lit vin de l’aul’ jour, vous savez ?

PISE.MIEU LIEUTENANT

Vous appelez ça un petit vin, racrci !

PENSEY

V ni’ vient de défunt mon beau-père, un crâne lapin ! et rude qu’il était dans sou temps ! Commandant au 6' houzards, mon beau-père; t’nez, il est mort, le même jour^ la même année que l’Empereur, le 5 mai 1821. Aussi c’est pas ce jour-là qu’on f ra jamais la noce à la maison ;'ab ben, oui! ce jour-là j’ vas à la messe et j’ fais brûler des cierges. Pour en r’ venir à vot’ pays, c’est pas nu nommé Famin?

PLAN Tl N.

Féraud.

. P^ENSEï..

C’est vrai, c’est moi qui s’ trompe. Famin était au 3® diagons, qu’a remplacé, je vous parle dans les temps, le 9' chasseurs à Chai leville. Je confonds tous les régiiiKTit-' à c’t’ heure, dame! j’en ai tant vu !

^ PLANTIN

Sans compter ceux que vous verrez encore.

PENSEV.

Je me porte bien, c’est toujours ça.

PRE.MIER LIEUTENANT

Vous nous enterrerez tous.

PENSEV.

C’est pas ce que j’ demande, j’en ai déjà trop enterrés. . . et des meilleurs...

PLANTIN

Voyons, voyons, papa Pensey.

UN CAFK MILITAIRE

PENSE Y

Non, écoutez, on n’cst p:is mait’ de ça... Son père à ce Faniin, que j’ vous jmrle, avait été aux vélites; enfant de troupe aussi, comme moi...

• IM.ANTIN

Comme moi...

l’REMlRIi MECTENVNT.

Comme nous tons.

PF.NSEV.

Vous aussi, lieutenant?

PREMIEP. LIEUTENANT.

Et je m’en fais gloire.

PENSEY

Dites donc, comme dit la chanson ; Plus on est de fous... Diable de Plantin, va! soyez tranquilles, nous rirons...

PLAÿTlN.

C’est ça, rions, badinons...

PENSEY

Mais n’allons pas plus loin. C’est mon capitaine qui disait ça. Pour en revenir à mon beau-père, je ne l’ai pas connu... Décoré de la main de l’Empereur, mon beaupère

- PREMIER LIEUTENANT

Rien que ça !

PENSEY

Oui, rien que ça, mon bonhomme. A Wâgram, en 1 809 ; c'est pas d’hier. J’ai été deux fois avec ce Famiu,. que j’ vous parle, entrés ensemble aux vélites, car j’en ai été aussi des vélites, .à la formation ; mais j’ai pas connu son père .à vol’ pays. Qu’est-ce que je dis? trois fois avec Famiu ; d’abord au 8' bouzards, après ça, aux chasseurs à cheval de la garde, colonel Lefèvre-Desnoneltes; comman-

2ti8 lîN CAFK MILITAIRK

fiant en second, baron Gnyot; majors, baron Lyon, baron Daumesnil.

PREMIER I.IEUTÊNANT,

Le général Daumesnil était chez vous?

PENSEV.

L'n peu. J’ voudrais avoir autant de mille livres de rentes que j’ai été déjeuner de fois, avec lui, à Vinceunes. Oui, vieux, tous cadets de ce numéro-là.

PREMIER MEUTENA.NT.

Excusez !

PENSEV.

Toute ma famille, à moi, excepté les femmes, et encore. . . j’avais une cousine cantinière, décorée en 1812... nous étions tous dans la garde. Mon frère Joseph, lieutenant aux cuirassiers, coupé en deux d’un boulet à la Moskowa, qui l’a pris d’ici, au-dessus du nombril ; mon cousin, que vous avez dîné avec lui à la maison...

PLAN-TIN

Qui a une jambe de moins?

PENSEV.

Précisément. Sergent-major aux chasseui’s à pied. Bienaimé, mon autre beau-frère, s’entend le frère de ma jiremière femme, capitaine adjudant-major au 2' bataillon de la 3* du 4' voltigeurs de la jeune garde. C’était le bon temps! Trois mille cinq cents francs, la grande tenue de sous-lieutenant aux chasseurs à cheval, sans le clieval, avec des peaux de tigre et des bottes rouges !

PREMIER LIEUTENANT

Fallait être riche pour entrer là dedans.

PENSEV.

J’ vous trouve encore bon enfant! Est-ce que l’Empereur u’étail pas là? T’nez, çe Famiu que j’ vous parle : trentedeux blessures constatées, vingt-deux campagnes! En voilà un régiment d.ms le cliic, le 8" liouzards! colonel

UN CAFK MILITAIRE

baron Domon, douze croix dans le 1" escadron et toutes croix gagnées! Pas de iloueries'^ l'Empereur les aimait pas. Et dire qu’il est mort! Garçon?

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