CHAPITRE PREMIER
QU'eS 1-CE yOE LE BOURGEOIS?
EiileiHloiis-iious, s’il vous plail, el|nocé(loiis jiar oicli v.
i\olie Bourgeois, à nous, iTesl pas le votre, ni celui de voire voisin : ce n’esl pas non plus le Bourgeois du troupier, ni le Bourgeois du campagnard. De même qu’il y a fagots et fagots, je ne vois pas pourquoi il n’y aurait pas également Bourgeois et Bourgeois.
Le Bourgeois du troupier, c’est tout ce qui ne porte pas runiforme, mais runiforme pour de bon, pas le simple travestissement de garde national, même à cheval, le pantalon garance. Sous l’Empire, le troupier nommait le Bourgeois pékin, et le menaçait incessamment de lui couper les oreilles avec son grand .sabre ; c’était la mode de l’époque; il fallait s’y conformer. Aujourd’hui le Bourgeois tient davantage à ses oreilles et les conserve avec plus de soin. Tous les goûts sont dans la nature, celui-ci est fort honnête assurément et n’a rien de dépravé.
Le Bourgeois du campagnard, c’est l’hahilant des villes qui porte un habit marron sous un bras, un melon sous l’autre, des cols de chemise, des cravates brodées, dunan-
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kiii cL dos gants de (ilosclle. Généralenjeul l'Iioimnc de la canipagiic ne peut souffrir le citadin qui vient ainsi, le dimanche, l’huniilier par le luxe de costume et de tenue qu’il étale : aussi saisit-il avec empressement, toutes les fois qu’il le rencontre, l’occasion de lui redresser l’épine doi-sale, ayant soin de se mettre toujours et par précaution (piatre contre un. On ne saurait trop admirer la simplicité, le sans-façon des mœurs champêtres.
L’ouvrier qui habite la ville n’en connaît qu’un, un seul: le Bourgeois de l’atelier, c’est sou Bourgeois à lui, ou, si vous l’aimez mieux, son maître, son patron.
Les grands seigneurs, si toutefois vous voulez bien en reconnaître encore de nos jours, comprennent dans cette dédaigneuse qualification de Bourgeois toutes ces petites gens qui portent des habits d’elbeuf première qualité, tout eomme des comtes et des marquis, souvent beaucoup mieux, mais qui ne sont pas nés, bien qu’ils aient par- 70 à 80 ans. Nous avoris encore la comédie bourgeoise, àéf^diner bourgeois, la cuisine bourgeoise; mais laissons là les choses et revenons aux personnes.
Le Bourgeois du cocher de fiacre, c’est tout individu qui entre dans sa voiture, fùt-ce un garde municipal avec armes et bagages, un simple gamin en blouse et en cas- (piette. Du reste, le cocher, par suite de cette indépendance, le plus bel apanage de sa profession, rougirait de dire: Mtm Bourgeois, il àil: Notre Bourgeois, ce qui est bien diflérent. Mon Bourgeois indiquerait qu’il se reconnaît votre cocher, votre très-humble serviteur ; tandis qu’il admet seulement que vous êtes le Bourgeois de tous les autres cochers, du moment où l’idée vous est venue de monter en voiture ; et la preuve de ce que j’avance, c’est >• qu’aussilôt que vous serez descendu, ou, pour parler son langage, dès qu’il vous aura déchargé, il vous éclalxiusscra des pieds à la tête, en vous criant : Gare donc, ani-
LE ItoLULKolS
tml! Ce qui vous prouve bien qu’il a cessé île vous regarder comme Bourgeois.
Chez les artistes, c’est bien dilTéreiit : le mot Bourgeois ii’est plus une dénomiiiaiioii, une signilicàtiou, une qualilicatiou, c’est une injure et la plus grossière que puisse renl’ermer le vocabulaire de l'atelier. Un rapin prél'érerait mille fois être appelé du nom des scélérats les plus remarquables, à s’entendre traiter de Bourgeois. C’est princi- |)alement dans l'atelier que le peintre se montre plus implacable à rencontre du Bourgeois. Le Bourgeois dans l’atelier est exposé aux plus grands dangers; c’est le créancier dans les cours de la maison de Clieby.
Au reste, failisle de nos jours est tout aussi exclusif dans sa manière de voir à l’égard du Bourgeois que l’était le troupier de 1808 ; car il désigne ainsi tout ce qui ne lient pas de pris ou de loin à sa famille, et ne lui ferait pas plus de quartier.
Quant au Bourgeois proprement dit, selon la grammaire du garde national, il se traduit par un homme qui possède trois ou ipiatrc bonnes mille livres de rente qui ne doivent rien à personne, ipii vit do bonne soupe, et descend doucement le lleuve de la vie les pieds chauds, du colon dans les oreilles, la canne à la main.
Il n’est pas de petit marchand, de mercier, de quincaillier, de bimbelotier, voire mémo d’épicier, qui ne rêve pour ses dernières années cette bienheureuse et facile existence du Bourgeois.
Si vous voulez bien le permettre, belle dame, nous allons attaquer le Bourgeois sous toutes ses faces, et noUs appellerons de ce nom tout individu qui nous semblera, par ses goûts, ses habitudes, scs lies et scs allures, avoir des droits à ce titre. Et nous allons passer en revue toutes les classes et toutes les espèces de cette immense et si inléresauutc famille. V
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