I-K BOIIRCEOIS
— Très-bien, monsieur, Irès-bien.
— Voyons ça... Ne m’engonce-t-il pas un pou?
— Très-bien, monsieur, très-bien.
— Vous trouvez?
— Très-bien, monsieur, très-bien.
— Il n’ouvre pas par derrière?
— Très-bien , monsieur, très-bien .
— Vous me le promettez?
— Très- bien, monsieur, très-bieu.
— Eh bien, c’est parfait. Et mon gilet, l’anrai-je pour mardi, comme vous me l’avez promis?
■ — Très-bien, monsieur, très-bien.
— Bonjour, monsieur Schilmann,
— Bien le bonjour, monsieur. (Le tailleur sort. Arrivée «le la maîtresse de la maison.)
— Eh bien, cet habit, où est-il? n’y a-t-il pas d’indiscrétion à demander à le voir?
— Le voil.à.
— Si vous ne le voulez pas mettre, tout ce que vous ferez et rien, c’est approchant la même chose; je ne vois pas l’effet d’un habit dans les mains des gens.
— Tiens, es-tu contente?
— Qu’est-ce que c’est que ça ?
— Tu ne le devines pas?
— Je défie qu’on en vienne à bout; on ne sait pas ce que c’est.
— C’est un habit bleu.
— Si vous appelez ça bleu... enfin, n’importe; c’est au reste tout aussi bien un habit qu’une redingote.
— C’est comme ça qu’on les porte à présent, les habits.
— Eh bien, je n’en fais pas mon compliment à l’inventeur... Voyous, boutonne-le un peu.
— Il n’ouvre pas?
— C’est-è-dire qu’il e.st plus indécent mille fois que vo-
LE BOURfiEOlS
Irn dernier... qno je 110 vous donnerai corlcs pas le liras quand vous aurez cet lialiit-là ; c’est à nous faire montrer au doigt par le premier venu; c’est ignoble, c’est dégoûtant; je ne mettrais pas cet habit-là pour tout l’or du monde, .le ne sais vraiment quels charmes vous trouvez .à ce tailleur; il est bête à manger du foin, vous le trouvez adorable; je ne vous conçois pas.
— Ce n’est pas un méchant homme.
— C’est bien pis, c’est un imbécile.
Les visites arrivent, se succèdent ; on est en rcUird ; les premiers arrivés grondent les retardataires, les disenssinus s’engagent, les amours-propres sont en jeu, on se dit des duretés.
— J’eu ai fuit la remarque, ce ii’est pas d'aujourd'hui, jamais madame Pitolet n’est venue à l’heure.
— .le vous demande bien pardon, madame ; le jour où le rendez-vous était à sept heures, vous ne vîntes qu’à cinq de l’après-midi.
— Si je m’occupais moins de mes enfants, madame, je pourrais être prête plus tôt ; mais j’ai le malheur de les aimer, moi : c’est un ridicule que je me donne, je le sais, mais je ne m’en corrigerai pas; il est trop Lard.
— C’est-à-dire, madame, qu’il u’y a que vous de bonne mère ; les autres sont des marâtres. .Te vous en suis bien reconnaissante, mais je vous demanderai la permission de ne pas vous en remercier.
Le Bourgeois, une fois brouillé avec toutes sesconnaissanees, sait se suffire ; il le faut bien ; pendant l’été, il baguen.aude sur les boulevards, regardantsans voir, et surtout sans penser. Jamais il ne manque de s’arrêter de vantM. Miette, l’escamoteur émérite qui, de mémoire d’homme, comment c sa séance par l’étalage de ses titres honorifiques de citoyen patenté, propriéLaire rue d’Anjou-Dauphine, électeur cl élitrililc, cl linil par la vente do .s.i poudre ilentifricc.
LK liOUULitUliS
Oiiolùlieiuieinent, le Bourgeois, (idèli' à ses liabilutles, revient se plaiilci' à la nièiiie place, attemlaiil toujours les toui-s d’eseamotage de M. Miette, qui, de son côté, iiou moins fidèle, non moins Bourgeois, niais un peu moins jobard, reconuneiifc sou éuuinératiou, finit par son cosmétique, et escamote qu'il u’escamote rien. Le dinianelie, il se livre au plaisir de la pècbc; l'biver, accompagné de madame, ils s’eu vont dîner au restauraul, puis la soirée se complète au café ; monsieur prenil sou café, madame ne prend rien, et monsieur joue sa demi-lasse au domino. On rentre cbez soi, on s’est bien amus*’; le dimanche suivant on recommence.
ClIAl-mtE V