‹ Les bourgeois de Paris scenes comiquesChapitre 159 sur 175 · I.A MANIE DL 1-U1U I!AI1. SES HELA I IONS AM E LES AliUSTES · texte numérisé non relu

I.A MANIE DL 1-U1U I!AI1. SES HELA I IONS AM E LES AliUSTES

Oiiaiid le Bourgeois ne siit à quoi employer son temps d’une manière plus convenable, il se fait faire; c’est là une de ses principales occupations, une véritable manie, un besoin. C’est surtout aux approches de la belle saison ipie ce besoin se fait jiîus vivement sentir : s’il fini rafraîcliir sa demeure, pendant que les peintres sont là, il n’en colite pas plus de faire rafraiebir sa personne; si l’apiiarteinent est remis à neuf, il commande de nouveaux portraits, afin que les anciens ne se trouvent pas en contradiction avec sa nouvelle tenture.

Madame a le portrait de son mari, niousieur a le portrait de madame, vingt, trente, quarante fois, souvent davantage , c’est à n’en plus finir : ils ornent les pommes de cannes, les manches de parapluies et d’ombrelles; ils

iÆ BOURGEOIS

déforent les poitrines et les estomacs, les jabots et les collerettes ; il n’y a pas nn coin de l’appartement qui ii’eii soit inondé : voire même dans les endroits où l’on s’attciidniit le moins à rencontrer un objet d’art, se trouvent un ou plusieurs portraits des maîtres du logis.

La silhouette, plus tai d le daguerréotype, ont rendu les images de quelques-uns ; mais la plupart de ces messieui's se sont trouvés si laids et si noirs, (ju’ils ne s’y sont plus frottés.

Depuis que la sbtuaire a bien voulu descendre des hautes régions qu’elle habitait, et courir les mes, le Bourgeois a trouvé un nouvel élément à sa passion ; aussi a-t-on exploité son malheureux physique de toutes les façons, en médaillon, en buste, en statuette. 11 ne s’est pas arreté en aussi beau chemin; ils’estfaitmouler les bras, les jambes, le nez et les oreilles; il n’y a que sa charge dont il n’a pas voulu ; mais l’indiscrétion de l’artiste l’a exposée aux vitres des magasins en vogue, au milieu des célébrités contemporaines. •

ün dirait parfois, en voyant la manière dont sc conduit le Bourgeois, qu’il cherche, par tous les moyens qui sont en sont pouvoir, à faire revenir les artistes sur son compte; mais s’il en a l’intention, il aura bien du mal à y parvenir, s’il y parvient jamais. En admettant, toutefois, qu’il ait le désir d’opérer un rapprochement, ce dont je doute fort, l’artiste y consentira difücilement : le premier ne comprend pas la missioii du second, le second comprend encore moins celle du premier. Il y a plus ; bien que parlant tous dcirx la même langue, ils ne s’entendent pas. L’artiste est prévenu et fort mal en faveur du Bourgeois ; le Bourgeois ne l’est pas mieux en faveur de l’artiste ; aussi tous les rapports qu’ils ont ensemble sont-ils plus ou moins désagréables, mais toujours ils le sont ; et ce qu’il y a de plus déplorable, c’est que l’un des deux paye et l’autre reçoit : cl

LK ItOURCKOIS

celui (|ui aclièle ii!>c des droits qu’il s'est réservés en faisant à celui qui vend des observations (|ui rarement sont bien recrues.

C’est toujours à peu près le mémo motif qui conduit le Bourgeois dans l’atelier de l’arlisle, le désir d’être agréable ;i sa compagile en lui préparant une snrpriscbi en des fois renouvelée, la vanité, ou, comme nous l’avons dit plus haut, le besoin de se faire rafraîchir. 11 tombe donc un beau malin chez l’artiste qui lui aura été recommandé ou dont il aura vu les ouvrages chez quelque connaissance.

— Monsieur, dit le Bourgeois bonhomme en ouvrant la porte, — nous commencerons par celui-là, — vous ne me connaissez pas f

— Bas encore, non, monsieur, répond l’artiste d’un ton

tant soit peu goguenard, mais je serais enchanté de faire votre connaissance. • *

— Vous peignez?

— Oui, monsieur.

— Le portrait ?

— Oui, monsieur. Brenez donc la peine de vous asseoir.

— Ne faites pas attention. En couleur ?

— Oui, monsieur.

— Comme celui de Tabarot?

— Vous connaissez M. Tabarot?

— Comment, si je le connais 1 vous me faites là une singulière question. Nous avons épousé les deux sœuis, il est mon beau-frère. C’est lui qui m’a parlé de vous; il sait que vous n’étes pas heureux, il fera tout ce qu’il dépendra de lui pour vous être agréable : vous pouvez dormir tranquille.

— M. Tabarot est bien bon.

— Ah! ça, oui, et souvent pour des personnes qui ne le méritent pas ; bon comme le bon pain ; Tabarot, inca-

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