‹ Les bourgeois de Paris scenes comiquesChapitre 161 sur 175 · K. BOURGEOIS ARTISTE · texte numérisé non relu

K. BOURGEOIS ARTISTE

Il existe encore plusieurs variétés de Bourgeois non moins trislesque la première. L’amateur qui prétend s’y connaître est certainement une des plus curieuses, mais aussi une des plus désolantes de l’espèce. C’est une plaie devenue incurable, renuui de tous les instants, un caucliemar perpétuel et insupportable. Les charges, et les plus mauvaises, ne sauraient les atteindre ; elles glissent sur eux comme les balles sur le dos du crocodile, ils sont invulnérables et lions à rien.

Les artistes ont vainement appelé à leur aide les moyens les plus doux et les plus énergiques, rien n’a pu les faire déguerpir; on a essayé de les rendre utiles, sinon agréables ; on les a chargés de commissions, ils s’en acquittaient si mal qu'il a fallu immédiatement y renoncer ; on les a fait poser, ils ne pouvaient rester en place ; on les envoyait au diable, ils ne bougeaient pas.

Celui qui s’érige en protecteur est d'une digestion beaucoup moins facile encore, c’est le nec plun ultra de la sottise, de l’impertinence et de l'inutilité. 11 tranche du grand seigneur, ne parle pas français et vous répond « Mon cher, » quand vous êtes assez bon pour l’appeler a Monsieur. » 11 donneà dîner, aimeà recevoir, possède des chevaux et des équipages, et n’achète pas de tableaux. Madame, assez insignifiante, ne parle pas, ce qui la fait passer aux yeux de certains convives pour une femme d’esprit. C’est tout bonnement la fille d’un gros boucher du

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carreau des Halles qui va aux liais de la préfeclure, comme altachce à la garde ualionale en la personne de son mari, chef de bataillon audit corps.

Le commandant possèile de beaux tableaux, des sculptures, un album magnifique, toutes choses qui ne lui coûtent rien et dont il ne se fera aucun scrupule de se défaire quand l’occasion s’ en présentera. La femme, la belle-sœur et les enfants, tous ont leur album, qu’ils doivent à leur importunité, à la faiblesse, au laisser-aller des artistes. Les protecteui’s arriventihez ces derniers, à touteheure, le jour, la nuit, peu leur importe; ils traînent à leur suite des chiens, des amis, des maîtresses , rien ne les arrête. Le chapeau sur la tète, le cigare à la bouche, ils forcent la consigne et viennent enlever l'artiste aux joies de la famille, aux douceurs du foyer domcstiipie, peu leur importe. Ils le harcellent, le traquent et l’abîment ; et trop paresseux ou trop insouciant pour prendre une bonne détermination, mieux vaudrait un fouet de |)oste, le pauvre garçon se tait et se console eu contant ses peines à des camarades aussi faibles, aussi apathiques, aussi bons que lui.

Non-seulement le protecteur s’insinue dans vos afiaires, mais il vous impose ses goûts, son tailleur et ses opinions, et vous donnera des conseils pour peu fpie vous le laissiez faire.

— Quand finirez-vous ce tableau que vous avez ébauché il y a six mois? Vous serez toujours le même, vous commencez vingt choses à la fois et n'en terminez aucune ; ce n’est pas ainsi que vous vous tirerez d’affaire, tenez-vousle pour dit.

— Vous ne voulez jamais m’écouter et ne faites que des sottises.

— A propos, serait-ce vrai, ce cpie m'a dit chose, je ne sais plus déjà qui ! n’allez-vous pas vous marier?

— Oui.

I,K BOURGEOIS

— Et pourquoi t Aulaul voudrait, mon cher, vwis nielli e une corde au cou. Ce que je vous dis est dans votre intérêt ; est-ceque vous devriezjamais penser à ça, vous autres!

Fuis, tout d’un coup, le protecteur disparaît, vous n’en entendez plus parler; il a levé le pied, il a fait un trou à la lune.

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