I-: iiiXKii iinr lie. l'.ois
Donner à dîner est une importante alTaire, la pins importante peut-être pour le Bourgeois, (elle qui demande le plus d’attention et de soin :
— Qui inviterons-nonst dit-il il sa femme aussitôt qu'il en est question ; qui ferons-nous trouver ensemble ? Quel jour conviendrait le mieux? Aurons-nous du poisson, on n’en aurons-nous pas? Atlendons-noiis le départ de ton oncle? Dînerons-nous dans la salle à manger ou dans ta chambre, chère amie, en faisant retirer ton lit et celui des enfants? etc., etc.
Il faut une quinzaine au moins de préparation pour le dîner le plus ordinaire, et les derniers jours sont entit'i ement consacrés à la méditation, au recncillemeni, à la composition du repas. Le Bourgeois le plus facile à manier, celui dont l’humeur a toujours paru la plus égale, n'est parfois plus le même le jour on il donne à dîner; c'('st un ours, un hérisson, un bâton embarrassé.
De grand matin, toute la maisonnée est sur pied ; on va, on vient, on se donne beaucoup de mouvement, on n’avance à rien.
— Mon Dieu, que tn m’ennnies, monsieur Brochard, d’('tre ainsi continuellement « dans mes jambes'. » dit la femme à son mari.
l-K ROIIUGEOIS
— Je suis moins franc que loi, chère amie; je ne t’ai jamais fait part de ce que lu me faisais éprouver, répnd le mari à sa femme.
— Madame, ous-ce qu’est les compliers?
— Je n’en sais rien, me les avez-vous donnés à garder?
— Et le petit Charles, dites donc, madame, qui a une indigestion ?
— Donnez-lui le fouet, je vous y autorise, et que cela finisse.
— Mais, madame, il ne put pas se lever.
— Il faudrait cependant voir ce qu’a cet enfant, chère amie.
— Il a qu’il est tombé avec MM. ses frères sur la pâtisserie, hier au soir, et qu'aujourd’hui il est malade ; voilà ce qu’il a. Qu’on lui fasse du thé, et qu’on ne m’en parle plus. Monsieur Brochard, si tu continues à tripler comme tu tripotes dans mes affaires, comme lu le fais depuis ce matin, je le campe là, je t’en préviens; lu t’en tireras comme tu purras.
— Je cherche, à me rendre utile, vois toujours ci)mme tu interprètes mes moindres actions !
— Je l’ai déjà dit que tu m’étais plus à charge qu’autrement, faut-il te le répéter jusqu’à ce soir ? El vous, mademoiselle, que faites-vous là, à me regarder? Faites doue le thé de cet enfant, puisque je vous eu ai priée.
— J’y vas, madame, j’y vas.
— Quand je pense à ce que j’ai encore à faire d’ici à ce soir, non, je ne peux pas m’arrêter à cette idée-là, c’est à me figer le sang !
— Ma foi, écoute donc, arrivera ce qui purra'; quand meme ça viendrait à ne pas être aussi bien que tu le désirerais, nous ne serons pas pndus pur ça.
— Nous serons ridicules, ce qui, certes, est bien plus triste encore que d’être pendus.
I,K BOURCKOIS
— Je ne suis pas de ton avis.
— Venx-ln donnera dîner comme le fait madame Proel ! Si pareille chose m’arrivait, je n’oserais de ma vie me montrer dans la rue.
— Ce serait pousser la chose uu peu loin.
— J’ai toujours aimé à me cacher quand j’avais fait des sottises ; tout le monde n'est pas de même, je le sais : vous eu savez aussi quelque chose, monsieur Brochard. Ces compotiers qu’elle me demandait, les voilà qui lui crèvent les yeux ! Et ce tapissier qui ne vient pas démonter les lits ! Si tu y passais?...
— Je veux bien . Où as-tu mis mes affaires ?
— Mais je ne pourrai donc jamais avoir un instant derepos et de bonheur sur la terre, c’est donc la tîhose impossible ! Tes affaires, chercbc-les; fû es assoit grand pour t’habiller tout seul.
— Madame, le petit ne va pas mieux.
— A l’autre à présent! (Eiie^rt.i
— Quoi donc qu’elle a mangé, madame, ce malin ?
— Elle veut absolument que j’aille chez le tapissieifait œmme me voilà.
— Ou pourrait y aller tout de même, mais ça paraîtrait drêde.
— • Si drôle, que je n’irai pas. Dis donc, Victoire, ne ponrrais-tn pas donner un coup de pied jusque-là?
— Ah ben, oui! j’ai ben d’autres cliicns à fouetter !
— Tu ne saurais me dire où sont mes affaires ?
— Dam ! un peu partout, comme à vo ^e ord inaire ; y en a sur les chaises, sur la commode, d;uîi^ le cabinet, dans la chambre à cout;her, de tous las côtés.
— C’est que s’il ne venait pas, ce tapissier, nous serions dans un grand embarras. J’attends aussi ce turbot qui n’arrive pas. Non, décidément, cette fois-ci nous n’en sortirons pas, vois-tu bien!