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SECTION Ï. — LES FONCTIONS ÉCONOMIQUES DES BOURSES DE COMMERCE

1° Fixation et publicité des cours.

Les bourses de Commerce constituent des lieux où sont réalisées les conditions ceptima nécessaires à l’exercice du jeu de la loi de l’offre et de la demande. Elles permettent la réunion dans un même local et à une niême heure du plus grand nombre possible d'acheteurs et de vendeurs. ou de leurs mandataires. Elles inettent à la disposition de ces opérateurs éventuels la documentation et les renseignements dont ils peuvent avoir besoin tant sur la situatien économique de Particle que sur la conjoncture générale. Le volume des stocks existants, l’importance des récoltes en cours ou prévues, les embarquements, les nouvelles

concernant les marchés producteurs ou importateurs, les

prix pratiqués sur les places étrangères, les cours des changes, etc., sont portés à la connaissance des acheteurs et des vendeurs. Ainsi un nombre considérable d'offres et de demandes parfaitement éclairées s’y trouvent en présence et les cours qui résultent de leurs rapprochements s’établissent au « juste prix » du produit.

Dans les transactions particulières les contractants n’ont pas toujours la facilité de se procurer les informations rapides et complètes qui les intéressent. La personnalité des parties y joue un rôle important et lhabileté d’une argumentation contribue souvent à enlever une décisiOn.

Dans les Bourses de Commerce au contraire, la cote est impersonnelle; elle ne résulte que des données techniques du marché et ne s'établit que d’après la situation exacte du moment. La fixation des cours s’y réalise donc dans des conditions les plus favorables.

Les cours sont en outre publics. Les offres et les demandes sont faites à voix haute et provoquent immédiatement la réaction de tous les intéressés du marché.

Les transactions privées restent au contraire généralement secrètes pour les contractants. Elles demeurent indépendantes les unes des autres et ne peuvent ni se corriger ni s’équilibrer.

De plus la cote de la Bourse ainsi établie et réalisant le plus parfaitement possible le cours normal du marché, est immédiatement diffusée. Elle sert elle-même de base à une foule de transactions privées dont elle limite les variations particulières.

2° L'Assurance contre les Fluctuations de Cours.

La fonction d’assurance exercée par les marchés à

terme des Bourses de Commerce constitue à elle seule leur raison d’être. Elle explique la nécessité indiscutable de ces marchés pour le Commerce, l'Industrie et l'Agriculture.

Le prix de vente d’une denrée ou d’un article manufacturé comporte deux éléments : D’une part, un élément technique qui représente la rémunération du travail matériel et de l’organisation industrielle nécessaires à la production de la denrée ou à sa transformation, d’autre part, un élément économique qui tient compte du cours des denrées produites ou des matières premières qui entrent dans la fabrication de l’article.

Le premier de ces éléments dépend de l’entreprise elle même et, selon qu’il sera au dessous et au dessus du prix de revient moyen, national ou mondial, l’entreprise subsistera ou sera appelée à disparaître. Il appartient à l’entrepreneur de le prévoir ou de le faire varier en conséquence.

Sur le second, qui dépend de la conjoncture mondiale, et qui risque de lui causer des préjudices considérables, le chef d’entreprise est par contre désarmé.

Supposons un industriel qui, grâce à son organisation et à sa technique arrive à fabriquer des tissus à un prix qui doit assurer à son entreprise la prospérité à laquelle elle peut prétendre; il suffit que les cours des cotons ou des laines subissent une baisse quelque peu importante pendant le long délai qui séparera la date de son achat de matière brute de celle de la vente de ses produits finis, pour que le bénéfice escompté se transforme en perte.

Sans doute cet industriel pourrait lui même chercher à établir des prévisions sur les variations des cours des matières premières nécessaires à sa fabrication, mais son métier est de fabriquer dans de bonnes conditions et non de

spéculer. Il entend bien assurer le risque commercial de son entreprise, mais il ne peut y ajouter le risque économique des cours mondiaux des matières premières.

Il est donc absolument nécessaire pour lui d'éliminer ce second risque du fonctionnement normal de son entreprise. Il cherchera à « s’assurer » contre ses effets. Le marché à terme lui permettra d’effectuer cette assurance. Le mécanisme est le suivant : Supposons un tisseur qui achète en janvier le coton nécessaire à alimenter son usine pendant plusieurs mois pour fabriquer des tissus destinés à être vendus en juillet Au moment où il effectuera son achat de coton, il vendra la même quantité sur juillet au marché à terme du Havre : soit 400 frs le cours de cette vente à terme.

Il est possible que d’ici juillet les cours du coton s’abaissent par exemple, à 350 frs. Cette baisse aura une influence correspondante sur le prix de vente des tissus. S'il ne s'était pas couvert sur le marché à terme, l’industriel subirait donc une perte. Mais il s’est arbitré et il va racheter sur le marché à terme à 350 frs le coton qu’il a vendu primitivement à 400 frs; il réalisera donc sur son opération à terme un gain de 50 frs qui viendra compenser la perte qu’il subira sur la vente de ses tissus du fait de la baisse survenue. Il aura ainsi de toute façon éliminer les risques de fluctuations de cours de la matière qu’il emploie : Il se sera assuré.

2° exemple : Supposons encore le cas d’un fabricant de sucre qui passe avec des planteurs de betteraves des marchés à livrer pour des quantités importantes de sucre à un moment où la betterave est à peine semée. Il assumerait lui même des risques considérables s’il ne pouvait s’assurer contre la baisse éventuelle du sucre d'ici la fin

de la campagne sucrière. Grâce au marché à terme, dans des conditions identiques à l’exemple ci-dessus, il accompagnera les achats qu’il effectuera aux agriculteurs de ventes correspondantes à terme qui le mettront à l’abri des fluctuations des cours.

Il y a lieu d'observer, que dans ce cas, le marché à terme, ayant permis au fabricant de sucre de faire ses achats dés les semailles, aura également couvert le cultivateur qui aura vendu sa récolte au moment où il engage les frais de culture nécessaires à celle-ci.

3 Exemple : Supposons maintenant le cas d’un négociant-importateur de café. Les cours pourront subir d’importantes variations entre le moment où il passera un ordre d'achat à un planteur du Brésil et celui où le café sera débarqué au Havre puis vendu au torréfacteur.

Cet importateur s’affranchira, dans les mêmes conditions que l’industriel, des risques de fluctuations de cours en accompagnant son achat en effectif d’une vente a terme.

La couverture sur le marché à terme peut d’aileurs s'effectuer différemment. Le tisseur peut, sur présentation de ses échantillons de tissus de la saison prochaine, obtenir des ordres importants de ses clients. Il ne lui est pas toujours possible de s’approvisionner immédiatement de la matière première nécessaire, soit en raison des difficultés rencontrées pour obtenir la qualité désirée, soit parce qu’il manque de place pour recevoir en même temps la totalité de la marchandise. Il accompagnera ses ventes de tissus, d'achats correspondants de matières premières sur le marché à terme et il compensera ensuite celles-ci par des ventes à terme lorsqu'il procédera à ses

approvisionnements effectifs.

Les exemples pourraient être multipliés à l’infini, les résultats seraient les mêmes. Dans tous les cas le marché à terme joue pour le commerçant, l’industriel ou le producteur à la manière d’un véritable contrat d’assurance le mettant à l’abri des risques de la fluctuation des cours.

3° Nivellement des cours dans le temps et dans l’espace.

Les marchés à terme exercent un rôle de régulateur des cours dans le temps et dans l’espace.

Dans le temps, ils amortissent les fluctuations en les prévoyant par avance : S’agit-il d’une récolte qui s’annonce déficitaire, celle-ci sera escomptée au fur et à mesure que les renseignements techniques et météorologiques parviendront aux opérateurs de la Bourse.

Ces derniers, en prévision de la hausse qui doit résulter de la raréfaction de la marchandise, se porteront acheteurs plusieurs mois avant la récolte. Au fur et à mesure de leurs achats les prix s’élèveront par paliers en suivant une lente progression au lieu de provoquer la hausse désordonnée et exagérée que n’aurait pas manqué de produire la publication brutale des résultats déficitaires de la récolte.

Inversement, les prévisions d’une récolte abondante détermineront sur le marché à terme des ventes anticipées qui amortiront la baisse importante des cours qui se produirait brusquement au moment de la récolte par suite du brusque afflux des ventes sur le marché.

Les marchés à terme suppriment les mouvements désordonnés des cours; ceux-ci suivent une ligne courbe aa lieu de s’inscrire en ligne brisée. Suivant l’expression de Monsieur Charles Gide « ils ont pour effet de faire dispa-

raître les cahots de la route et les difficultés de la pente par une attaque de la montée partie de loin ».

Ils exercent un frein contre les tendances trop accentuées dans un sens ou dans un autre. Les cours s’oriententt-ils par trop vers la baisse ? Les opérateurs avertis effectueront des achats dans l’espoir de réaliser un bénéfice intéressant. Ces achats relèveront les prix jusqu’à un cours plus en rapport avec la situation technique de l’article.

Au contraire, une hausse est-elle injustifiée ? Ces mêmes opérateurs auront intérêt pour en profiter, à effectuer des ventes à terme provoquant peu à peu le rétablissement normal des prix.

D'autre part, la publication des cours et de leurs oscillations indiquera aux intéressés l’accroissement de la consommation et des demandes ou la surabondance des marchandises.

Dans le premier cas, les détenteurs ou producteurs s’efforceront d'augmenter les livraisons, dans le second cas, ils retiendront la marchandise.

On a pu comparer sur la place de Roubaix-Tourcoing, où le marché à terme sur laines peignées fut créé le 1% octobre 1888, les fluctuations survenues dans les cours pendant la période de 1880 à 1887 avec celles de la décade suivante : la moyenne des écarts passe de 0,99, pendant la première de ces deux périodes, à 0,83 pendant la seconde.

Les marchés à terme exercent d’autre part, le même nivellement des cours dans l’espace à la faveur des opérations d’arbitrage qui s’effectuent de place à place dès que des différences de cours suffisamment importantes in-

citent les opérateurs à les pratiquer.

En traduisant dans le présent les évènements de l’avenir, et en égalisant les cours à travers l’espace, les marchés à terme constituent un organe régulateur des prix. Ils contribuent à l’amélioration de la répartition des marchandises et à l'adaptation de la production à la consommation. Ils constituent, lorsqu'ils ne sont pas entravés dans l’exécution de cette fonction par les règlementations gouvernementales, l’un des facteurs les plus efficaces de l'équilibre économique.

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