FIXATION ET APPLICATION DES COURS
La première des conditions d’un fonctionnement régulier des Bourses de Commerce étant remplie et tout opérateur étant, grâce à l’activité suffisante du marché, assuré d'y trouver la contre-partie dont il a besoin, il faut encore qu’il soit à même de traiter au cours normal du jour.
Il est donc nécessaire, et c’est la seconde condition, que la cote soit sincère, qu’elle soit le reflet exact du jeu de l'offre et de la demande résultant de la conjoncture économique du moment et de la situation technique de l’article.
Cette condition implique :
1° La fixation normale des cours et leur application régulière aux opérations.
II° L’élimination de toute manœuvre susceptible de fausser les cours normaux du marché.
1° Fixation et application régulière des cours.
Nous avons déjà montré l’importance fondamentale de la fixation des cours dans les Bourses de commerce.
Du fait de sa publicité, de sa diffusion dans le monde entier, de ses répercussions sur un nombre considérable de transactions privées, la cote des cours constitue l’objet même de toute l’organisation de la bourse et des marchés.
« Le cours qui va se coter à la bourse, écrit M. Thaller, servira de commune mesure aux transactions dont la mar-
chandise sera l’objet à la même époque et dans le même pays. On sera instruit du « juste prix >» de ce produit, sans ce régulateur donné par la publicité des transactions, toute base d'évaluation disparaît. la détermination d’un cours exempt de fraude ou de pression importe à la masse des citoyens ».
La fixation des cours nous semble pouvoir être considérée comme satisfaisante :
1° Si les cours donnent la traduction exacte du « juste prix » du marché;
2° Si la cote établie est la représentation fidèle des cours ainsi formés;
3° Si le cours réel et normal résultant de la cote est fidèlement appliqué par l'intermédiaire à son client.
1° Les cours et le « juste prix ».
Les cours qui se forment dans les bourses de commerce se rapprocheront d’autant mieux du « juste prix » idéal du marché qu’ils seront le résultat de la rencontre d’offres et de demandes suffisamment nombreuses et importantes pour être considérées comme l’expression du marché.
Ainsi que l’écrit M. Emmanuel Vidal en termes particulièrement heureux :
« Voici deux axiomes que l’on ne saurait contester :
1° Plus il y a de gens appelés à discuter un prix, plus la valeur qui ressort de ce prix se rapproche de la juste expressioik.
2% Plus un marché est étroit, plus les cours sont sensibles. Au contraire, plus un marché est large, moins grandes sont les oscillations du cours. Prenez une cuvette, versez-y et puisez-y de Feau alternativement. Le niveau changera sensiblement. Mais allez à l'Océan avec des ré-
cipients considérables et faites la même opération. Pouvezvous observer le même phénomène ? Le marché étroit c’est la cuvette: le marché à terme, le marché large, c’est l'Océan. »
La réalisation d’un marché suffisamment large pose Île problème de l’activité des opérations. Nous en avons étu-
dié les conditions dans la section précédente.
2 La « cote » et les « cours ».
Il n’est pas suffisant que les cours formés soient le résultat voulu du jeu de l'offre et de la demande, il faut encore que la cote qui les traduit, les authentifie et les diffuse, en donne un reflet suffisamment exact : c’est la question de la fixation de la cote.
Une importante amélioration a été apportée sur les marchés français, par l'adoption du système de la Bourse des cafés et des sucres de Hambourg, lequel cote non seulement les cours pratiqués, mais donne en outre l’indication de ceux à partir desquels les offres et les demandes ne se rencontrent plus. L’indication des cours « faits » et des cours « acheteurs » et « vendeurs », est devenue à peu près générale sur les marchés français. Cependant pour les cours « faits >» ie système en usage ne donne pas la photographie exacte de Ia formation de la cote. Supposons en effet, que sur le marché des sucres, lors de la fixation des cours du courant, des transactions s’effectuent d’abord à 221, puis à 220, puis à 220,50, puis à 221. La cote portera 220 à 221. L'opérateur non présent à la corbeille ne connaîtra pas les variations de tendance survenues pendant la durée de la cote. Son intermédiaire pourra lui annoncer lun quelconque des cours cotés; s’il s’agit
LE FONCTIONNEMENT : 147 d’une vente il sera tenté de lui appliquer le cours de 220 alors qu'il a pu ou qu’il aurait pu vendre à 221.
Il semble que l’application au marché à terme sur marchandises, du système de cote en usage à la Bourse des valeurs serait désirable. Ce système exprime plus fidèlement la formation et la fixation des cours. Il consiste à coter tous les cours pratiqués dans l’ordre du développement des transactions. Dans l'exemple ci-dessus la cote aurait indiqué : 221, 220, 220,50, 221.
3° L'application des cours aux opérations.
L'obligation générale de l’usage du contrat de commission à la Bourse de Paris a supprimé sur cette place toutes les controverses sur le contrat direct. Il est évident que le contrat de commission garantit au client l’application d’un cours public qui le met à l’abri de toutes les combinaisons que l'intermédiaire peut être tenté de pratiquer sur son dos en lui offrant de se constituer lui-même contrepartie.
La prohibition complète du contrat direct soulève cependant une certaine difficulté, en ce qu’elle a eu pour conséquence de supprimer la pratique des offres fermes effectuées par les commissionnaires sur la demande des professionnels et qui pouvait présenter pour ceux-ci un certain intérêt. Nous examinerons cette question en étudiant la réglementation des commissionnaires et de leurs attributions.
L'emploi du contrat de commission a supprimé en grande partie toute contestation sur les cours appliqués. Quelques difficultés subsistent cependant.
Les intermédiaires ont souvent coutume, en effet, de
chercher à appliquer à leur client le cours moyen de Ia
cote. En procédant ainsi ils estiment être à l’abri de toute réclamation car, si le client n’a pas obtenu le meilleur cours, du moins n’a-t-il pas été exécuté au plus mauvais.
Cette pratique ne soulèverait guère de reproches, si l'intermédiaire ne se livrait pas parfois à certaine manœuvre sur la cote pour déterminer artificiellement le cours moyen qu’il désire. Il suffit, en effet, ayant par exempile un ordre de vente important à exécuter, qu’il s’entende avec un collègue pour faire coter une affaire minime de 1 ou 2 contrats à un prix bas pour obtenir le cours moyen qu’il recherche.
Cependant les écarts, résultant de la pratique du cours moyen, ne peuvent être considérables. D’autre part l’on ne peut exiger que les intermédiaires obtiennent tous les meilleurs cours pour tous leurs clients. Il semble cependant que l'adoption du système de cotation en usage à la Bourse des valeurs, et indiquée plus haut, apporterait un certain frein à l’exagération de cette pratique des moyennes.
II° Elimination des manœuvres susceptibles de fausser les cours du marché.
Les manœuvres d’accaparement, d’étranglement, de corner, etc. exercent sur la cote une influence désastreuse. Les fluctuations désordonnées et brusquées des cours dans un certain sens, provoquent par la suite des réactions inverses exagérées.
On fait beaucoup état dans les critiques adressées contre le fonctionnement des Bourses de Commerce, de ces pratiques désastreuses et on cite des exemples célèbres particulièrement frappanits.
Il ne faut pas en exagérer l'importance. Si sur le papier l’analyse d’une manœuvre d’accaparement apparaît comme une tactique facile et tentante, il n’en est pas de même de sa réalisation.
En fait, la meilleure organisation technique des marchés, leur élargissement, le fonctionnement des Caisses de liquidation, le contrôle exercé par les Pouvoirs Publics, ont à peu près éliminé toutes ces fameuses manœuvres d’accaparement, d’étranglement, et de fin de mois.