SECTION I. — LES MARCHÉS FERMES
Les marchés fermes sont ceux qui mettent à la charge des parties contractantes des obligations définitives dont aucune condition ne peut suspendre l'exécution. Ils comportent seulement un terme, à l’échéance duquel le vendeur devra livrer la marchandise et l’acheteur en payer le prix convenu. On a pu dire que le marché ferme est un marché au comptant dont l’exécution est différée.
Si par exemple À vend à B aux conditions du marché réglementé de Paris, 100 quintaux de sucre livrables en juin à 220 frs le contrat est définitivement passé.
Il n'implique d’ailleurs pas nécessairement que À livrera la marchandise à B, car il a pu simplement vouloir spéculer à la baisse et se racheter au moment propice. Dans ce cas il conclura une seconde opération avec un vendeur C mais cette nouvelle opération est entièrement distincte de la première. À est si bien engagé avec B qu’il invitera C à effectuer en ses lieu et place la livraison à B et la seconde opération qu’il a conclue avec C se règlera par différence.
De son côté B peut ne pas désirer recevoir la marchandise et avant l’échéance, la revendre à D, lorsque les cours
lui paraîtront favorables. A l’arrivée du terme B sera appelé en livraison par A; il se contentera alors d'inviter D à recevoir la marchandise en ses lieu et place. Il payera la facture de À, présentera la sienne à D et la différence représentera son bénéfice.
Dans tous les cas la vente de À à B aura été une affaire ferme.
Report et Déport.
Le report est une opération qui permet à un acheteur de conserver sa position à la hausse malgré l’arrivée de l’époque de livraison prévue au contrat.
Supposons qu'escomptant une hausse prochaine, un opérateur en bourse se soit rendu acheteur en mars d’une certaine quantité de sucre livrable en juin. A l’arrivée de Péchéance, la hausse escomptée peut ne pas s'être encore produite. S’il croit que cette hausse se réalisera ultérieurement, cet acheteur pourra désirer proroger son opération. Pour cela il vendra, en disponible et au cours du jour, la marchandise achetée et en même temps il la rachètera à terme.
Le cours du disponible auquel la marchandise aura été vendue, sera inférieur au cours du terme auquel elle sera rachetée. L’écart doit, normalement représenter l’indemnité que l’acheteur doit payer pour effectuer cette prorogation d’échéance. Il comprend notamment l'intérêt des sommes immobilisées et la couverture des aléas résultant de cette prorogation. Cet écart, de même que l’opération qui l’enregistre, s’appelle le report; il constitue le bénéfice du reporteur. La perte que subit ainsi le reporté se justifie pour lui par le fait qu’il espère la compenser par
la hausse qu’il prévoit.
L'opération de report comprend en réalité deux opérations distinctes, mais concomitantes : l’une de vente qui vient liquider l'achat initial, l’autre d’achat sur une époque plus éloignée, cette deuxième opération restant à liquider par la suite.
Suivant que la tendance est à la hausse ou à la baïsse, le prix de cette opération de report appelé communément « report » augmente ou diminue. On dit en bourse que les reports se tendent ou qu’ils se resserrent. Il peut même arriver, lorsque la tendance est particulièrement à la baisse, que le cours du livrable à terme soit inférieur au cours du disponible. On dit alors qu’il y a déport. Dans ce cas un vendeur pourra, par une opération analogue à la précédente mais inverse, conserver sa position à la baisse en rachetant en disponible la marchandise qu’il doit livrer et en la revendant simultanément à terme. Les opérations de report et de déport se présentent dans des conditions identiques sur les marchés des bourses de va-
leurs.