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tion envers ces derniers est la même chose que de soutenir que le sergent de ville dans la rue est une provocation envers les honnêtes gens.
L'armée dans les grèves n’est pas au service des patrons, elle est au service de l’ordre public; tant que les grévistes agissent dans le calme, elle n'intervient pas. Elle est la sauvegarde de la sécurité publique et privée; elle intervient chaque fois que des individus essayent d’attenter à la liberté où à la propriété des citoyens. C’est là en quoi elle gène les révolutionnaires ; c’est en les empêchant, par la force s’il le faut, de piller, d’incendier, de détruire des propriétés, de battre, d’assommer, d’assassiner même des citoyens, qu'elle constitue une gêne insupportable pour les faiseurs d’émeutes, qui ne sauraient mener leur œuvre dans le calme, avec des gens calmes.
- Outre ces questions de principe, il y a des questions de
faits qui interviennent et qui font que certaines corpora-
tions de travailleurs de l'État, tels que les allumettiers, les ouvriers des manufactures de tabacs, les arsenaux, les magasins de la guerre, les postes-télégraphes et téléphones, les monnaies et médailles, les employés municipaux de Paris, sont antimilitaristes.
Les lois sur le recrutement de l’armée réservent certaines places dans les manufactures de l’État « à ceux qui n’ont pas de leur dignité morale une conception assez nette et assez vive, qui consentent à passer quelques années de plus dans les bagnes militaires (1) », en d’autres termes,
‘aux militaires qui ont contracté un rengagement. Ceci est
inadmissible, prétendent les’ ouvriers, parceque c'est un certain nombre de places qui sont prises ainsi par les indi-
(L) Congrès de la Conf. gén. du trav., Marseille 1908, p. 184. Discours de M. Jouhaux, des allumettiers.
— ATR —
vidus peu recommandables. De plus la pénétration d'anciens rengagés dans les manufactures de L'État est un grave danger pour les ouvriers, car, ces anciens soldats « ayant une mentalité réfractaire à l’idée syndicale, ce seraient en quelque sorte des germes de jaunisse » qui s'installeraient dans les manufactures, et les ouvriers de l’État ne pourraient « plus faire un mouvement » parce qu’ils seraient « encadrés » par des gens qui ne voudraient pas marcher avec eux et « dont les intérêts sont opposés (1)» aux leurs.
Mais l'argument principal, celui qui est le fond de la question, est que l’armée sert à protéger les privilèges de la bourgeoisie, du capitalisme, et cela en participant à la guerre. l’armée, aux dires des révolutionnaires, n’est composée que de prolétaires; eux seuls, par conséquent, courent les risques inhérents à toute action militaire. « Durant que les possédants seraient confortablement installés dans leurs demeures, au milieu des leurs, les travailleurs iraient se faire tuer pour la défense de ces demeures, après avoir laissé leurs familles dans la misère. L'intérêt ouvrier ne saurait indéfiniment se concilier avec un tel rôle (2) ». C'est ici qu'’éclate le plus ostensiblement toute la mauvaise foi des théoriciens de l’antimilitarisme et de l’antipatriotisme. Quel mensonge grossier ! Depuis de longues années en France tous les citoyens, bourgeois et prolétaires, quels que soient leur fortune, leur rang et leur
nom, sont appelés indistinctement, sauf le cas d'incapacité
‘ physique, au service militaire: ils servent tous sous les F} É 1
drapeaux et tous concourent, le cas échéant, à la défense de
la patrie menacée ; capitalistes et ouvriers, sous le-même
(1) Congrès de la Conf. gén. du trav., Marseille 1908, p. 184. (2) Griffuelhes. Action syndicaliste, p. 41.
uniforme, 1raient se faire tuer, non point pour la défense de
. « demeures » ou de propriétés, mais pour l’honneur et la
liberté de leur pays. Jusqu'à présent les arguments présentés étaient des sophismes qui pouvaient, avec beaucoup de mauvaise foi, se défendre, mais ici c’est un mensonge d’une énormité telle qu’il ne peut être considéré comme une erreur.
Dans ce passage aussi nous est démontrée une chose que bien des gens se sont refusés à admettre, mais qui est, dès lors, l’évidence même : sous le couvert des théories antimilitaristes se cache tout simplement de la lâcheté.
On avait coutume, jusqu’à ces dernières années, d'appeler un lâche celui qui se refusait à servir son pays et qui hésitait à verser son sang pour lui ; aujourd’hui le mot est changé, et celui qui se conduit de telle façon se dit « humanitaire ». On couvre l’acte honteux qui consiste à fuir le danger de cet euphémisme plein de saveur, et celui qui juge prudent, au jour de la mobilisation, de passer la frontière au lieu de rejoindre son régiment est un homme d'honneur; il n'a pas peur d’être blessé ou tué, la peur de faire du mal à son prochain, aussi préfère-t-il résister à la tentation qu'il pourrait avoir de se servir de ses armes en allant se réfugier dans un pays voisin, où, confortablement installé, fier de ne pas participer à de si sanglantes échauffourées, avec la conscience paisible du devoir accompli, il attendra patiemment que ses concitoyens et ses ennemis se soient suffisamment entre-déchirés pour rentrer dans son pays. Tout ce qui a été dit en faveur de l’antimilitarisme et de l’antipatriotisme n’est qu’une façade qui sert à couvrir l'acte Le plus répugnant qui soit : la lâcheté.
On prétend que ces théories néfastes n’ont eu aucun résultat en France, malgré les efforts de leurs partisans ;
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c’est avancer une affirmation peut-être un peu hasardée et ne pas vouloir s’aperçevoir du danger. Il n’est que trop évident que dans les congrès de la Confédération générale du travail.elles eurent un succès considérable. Elles furent admises par des corporations entières, et l’on a la stupeur de remarquer que celles qui devraient être les plus fidèles à la patrie ne sont souvent pas les dernières à afficher ces théories misérables. Ne
Au congrès d'Amiens, en 1906, uné partie des Fédérations de la Confection militaire, des Inscrits maritimes, de la Marine, du Personnel de la guerre, du Syndicat national des Postes-télégraphes et téléphones, s’est prononcée pour l’ordre du jour antimilitariste. Pas un seul syndicat des inscrits maritimes, de la confection militaire, des travailleurs de la marine n'a volé contre : ceux d’entre eux qui ne se sont pas prononcés en sa faveur, se sont simplement abstenus. |
Au congrès de Marseille, en 1908, l’ordre du jour adopté n’était plus seulement antimilitariste, il était franchement antipatriotique; cela n’empêcha pas la presque unanimité de la Fédération de la Confection militaire et de celle des Inscrits maritimes et la moitié de la Fédération de la Marine de l’Etat de voter pour lui. La fraction de cette fédération qui n’a pas voté pour l’ordre du jour ne l’a pas rejeté non plus ; elle s’est abstenue de voter, de même que la Fédération des Mineurs.
Les exemples sont nombreux de fonctionnaires ou d'employés de l’Etat faisant parade de leurs théories antipatriotiques. Nous n’en citerons qu'un, celui d’un facteur des postes qui dans un meeting, « en uniforme, se promenait déclarant que s'il y avait la guerre, ce ne serait pas du côté français qu’il irait, qu’il n’avait pas de patrie, et qu’il
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