‹ Les Bourses du Travail et la Confédération Générale du TravailChapitre 99 sur 111 · I TT · texte numérisé non relu

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qu'ils se permettent dans ces pays de soutenir les opinions qu'ils professent chez nous, ils ne tarderaient pas à être incarcérés dans une prison ou à être relégués dans quelque bagne en Sibérie, d’où ils ne sortiraient pas de si tôt et où toute latitude leur serait laissée pour comprendre qu’il est certains sophismes qu’il n’est pas bon d'émettre ; ils seraient peut-être tentés alors de reconnaître qu’effectivement il existe des différences entre les pays et que dans certains la liberté est plus grande que dans d’autres. Mais ceci n’est qu'une hypothèse; soyons sans inquiétude pour eux et ne nous apitoyons pas sur le sort éventuel qui les attendrait : si ces antipatriotes étaient russes ou allemands ils seraient des citoyens fort raisonnables et se garderaient de certains écarts de langage qui leur coûteraient la liberté et peut être même la vie.

L'ère des nations n'est pas définitivement close et n’a pas encore fait place, il s’en faut de beaucoup, à l’ère des classes. Les peuples continuent à lutter entre eux et continueront ainsi longtemps encore. Les haines de races, les compétitions d'intérêts, les froissements d’amour-propre national ne sont pas prêts de disparaître. Chaque jour des conflits entre nations surgissent, chaque jour elles augmentent leurs armements, elles se préparent fiévreusement à la guerre qui peut éclater à chaque instant.

Les révolutionnaires remplacent un sentiment noble et généreux, fait d’idéal et de vaillance, par un autre d'un égoïsme bas et révoltant,

Nier un faitcomme la division de l'humanité en nations distinctes ne suffit pas à supprimer les guerres. Et si une guerre éclatait, ceux qui en souffriraient le plus seraient les organisations ouvrières ; « la tyrannie étrangère pèserait lourdement sur la vie politique, économique, intellectuelle de la

nation vaincue, c’est peut-être les plus ardents révolution qu'elle écraserait le plus lourdement (1) ». Qu’une guerre

éclate et qu’elle soit désastreuse, une des obligations impo-

sées par le vainqueur sera le versement d’une indemnité de

guerre dont le montant sera formidable; or les ouvriers

indirectement en paieront une large part; « ainsi au point

de vue économique se produit cette conséquence, que,

précisément parce qu'on n’a pas résisté aux efforts de

l’envahisseur, les travailleurs vont être obligés de suer les milliards (2) ».

La grève générale militaire ne saurait empêcher une guerre d’éclater; bien au contraire, elle serait susceptible de faire surgir un conflit. Si l’antimilitarisme se répandait largement dans un seul pays, ce serait un encouragemeat pour ses voisins à le combattre, afin de le rançonner et de le piller. Les révolutionnaires ont compris ce danger; ils veulent faire internationalement leur propagande antimilitariste, mais il est des pays nombreux dans lesquels ils n’auront aucun succès et le danger n’en sera dès lors que plus fort.

Les arguments qu'ils présentent en faveur de l’antimilitarisme ne sont pas meilleurs que ceux présentés pour l’antipatriotisme. ;

Lorqu’une grève éclate et qu’elle prend quelqu’extension, il est d'usage d'envoyer des troupes dans les centres de lutte. Le déploiement de la troupe est considéré par les syndicalistes comme une « provocation ». Or l’armée dans les grèves n’est qu'une mesure de précaution contre les troubles possibles. Dire que la présence de soldats pai sibles devant des ouvriers paisibles constitue une provoca-

(4) Challaye. Syndic. révolut. et syndic. réform., p. 97. (2) Congrès de la Conf. gén. du trav., Marseille 1908, p. 209. Discours de M. Guérard.

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