‹ Les Bourses du Travail et la Confédération Générale du TravailChapitre 101 sur 111 · CUT · texte numérisé non relu

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ne voulait pas élever ses enfants pour les tourner, au jour du conflit, contre nos ennemis, ete. » (1).

- Les ouvriers « conscients » ne se rendent pas compte de deux dangers dont ils seraient les premières victimes si leurs désirs se trouvaient réalisés. |

Si le gouvernement n’employait plus la troupe pour empêcher les émeutes dans les grèves, il serait obligé, son devoir restant le même, de la remplacer par des corps de gendarmerie; or ceux-ci seraient certainement moins patients que les soldats et les grévistes en feraient rapidement l'expérience. |

Le jour où l’armée serait supprimée, l’ouvrier ne mourrait plus sur les champs de batailles, mais il mourrait très certainement de faim, car le nombre des chômeurs et la durée des chômages seraient considérables par suite du licenciement de tous les ouvriers employés à tous les travaux touchant à la défense nationale, sans compter tous les soldats qui viendraient surcharger le marché du travail. On ne saurait prétendre que du même instant la faculté de consommation des acheteurs augmenterait, aussi la plus grande partie de ces ouvriers serait sans travail et, par suite de Voffre importante de main-d'œuvre qui se trouverait inutilisée, les salaires baisseraient très sensiblement.

Un vent de folie souffle en tempête sur les organisations syndicales ; les plus raisonnables, les plus calmes en sont affectées ; elles ne peuvent arrêter le mouvement qui se dessine. Le plus insensé c’est que ces campagnes menées contre la patrie et l’armée, contre la sécurité et la force

nationales, sont payées par les contribuables.

(1) Discours de M. Clémenceau, président du Conseil, à la Chambre des députés, le 12 juillet 1909. Journal officiel, 13 juillet 1909, p. 2008.

La Confédération générale du travail, organisation qui mène le mouvement, se composant des fédérations, des syndicats et des Bourses du travail de France, vit des cotisations que ces organisations lui versent; or beaucoup de celles-ci sont subventionnées par l'Etat, les départements, les communes, et sans ces subventions elles ne pourraient pàs vivre ni, à plus forte raison, participer aux frais de la Confédération. Si le contribuable ne fait pas directement les frais de telles campagnes, il y subvient indirectement ; le résultat est le même et le mal non moins sérieux.

1° L'agitation dans la rue. — La Confédération générale du travail prépare l'agitation par des meetings, dans lesquels prennent la parole ses dirigeants et toutes sortes d'orateurs partisans de ses doctrines et de son action, par conviction quelquefois, et trop souvent par intérêt : anarchistes, socialistes révolutionnaires, hommes politiques, avocats, tribuns dont la parole enflamme le zèle des timides et réchauffe l'ardeur des violents.

Elle placarde sur les murs des villes de France, à toute occasion, des affiches, libelles virulents, pamphlets violents contre des actes du Gouvernément, contre les lois.

Enfin elle pratique surtout l’agitation dans la rue. Flle excelle dans ce genre et il n’est aucune occasion qu’elle laisse passer sans protéster par des cortèges et sans jeter le trouble dans la circulation. L'action dans la rue est le symbole de l’action directe, sa forme la plus large et aussi la plus tumultueuse, si on en excepte les grèves.

De cette façon, la Confédération générale du travail s’efforce d'obtenir des améliorations pour la généralité de ses membres ; suppression des bureaux de placement payants, repos hebdomadaire, diminution de la journée de travail.

Lorsqu'elle ne dirige pas le mouvement et qu'il a lieu

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sous l'impulsion de ses organisations adhérentes, elle l’aide dans son action, par les affiches, les réunions et surtout en conviant ses membres à se joindre à ceux de la corporation qui s’agite. Pour rien au monde les dirigeants de la Confédération ne voudraient, quand le danger à courir n’est pas trop grand, manquer une occasion de faire du tumulte. Lorsqu'une grève « intéressante » éclate non loin de Paris, elle invite ses organisations à aller en masse à une grande « manifestation de solidarité » qui doit avoir lieu sur le champ de grève même.

-Une agitation violente fut entreprise pour obtenir la fermeture des bureaux de placement payants. Cetle question était à l’ordre du jour des congrès ouvriers depuis très longtemps. En 1888 déjà les ouvriers coiffeurs commencèrent la lutte (4). Jusqu’en 1903 presque tous les congrès ouvriers se prononcent pour la fermeture des bureaux de placement, enfin, à cette époque, les ouvriers boulangers mirent les pouvoirs publics en demeure de les supprimer, s'ils ne voulaient pas mettre les ouvriers « dans la nécessité d’en opérer eux-mêmes et directement la fermeture ». Voyant le mouvement bien amorcé, le comité confédéral décida d’en prendre en main la direction pour coordonner les efforts. Des appels furent envoyés, des affiches élaborées, des meetings organisés, et enfin, passant des paroles aux actes, on « descendit dans la rue » et on s’évertua à démolir quelques bureaux de placement. Après une action aussi énergique, le 29 janvier 1904, le législateur donna aux municipalités le droit de supprimer, sous certaines conditions, les bureaux de placement payants existant dans leur localité. 3

(1) Kritsky. L'évolution du syndicalisme en France, p. 330

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La Confédération générale du travail organise au 1° mai de chaque année une agitation sur la voie publique en faveur de la journée de huit heures. Le principal effort fut fait le 1° mai 1906. Pendant dix-huit mois elle fit une propagande active, concentrée exclusivement sur les huit heures. L’effort avait été énorme, le résultat devait être triomphal ; dès le 1° mai 1906 la journée de huit heures devait être instituée pour tous les travailleurs, et cela par la seule action directe, à l'exclusion de toute action politique et législative. Pendant ces dix-huit mois, des meetings sans nombre furent tenus, la Voix du Peuple eut ses colonnes encombrées par cette question, des orateurs furent envoyés dans les centres syndicalistes de province, des conciliabules sans fin réunirent les secrétaires des organisations révolutionnaires et réformistes ; toutes Les forces syndicales, si nous en exceptons les syndicats jaunes, travaillèrent d’une ardeur égale pour aboutir à un résultat décisif : le chômage général, c’est-à-dire la grève générale de vingt-quatre heures de toutes les corporations, dans toute la France. C’est la levée de boucliers de toutes les forces syndicales ouvrières françaises qui est préparée.

On avait fait tant de bruit autour de ce premier mai 1906, on l’avait préparé de si longue main, que le premier résultat fut un léger bouleversement des habitudes familiales de certains parisiens. Le gouvernement avait pris toutes les mesures nécessaires pour prévenir toutes manifestations violentes. Les chefs de la Confédération générale du travail furent incarcérés, les troupes de Paris consignées et des troupes de province appelées pour les renforcer. Les points stratégiques de la ville furent gardées par des troupes en armes et par la police, la place de la République, centre d’agitation à cause de la proximité de la Bourse du travail

et de la Maison des Fédérations, était occupée par des forces ‘militaires imposantes, munies d'ordres sévères. Le 18 avril, la Fédération du Livre, profitant de circonstances favorables, déclara la grève. C’est la preuve de ce que ‘ nous avancions plus haut, que les réformistes marchèrent avec les révolutionnaires pour une agitation et une action communes; le fait que le Livre fut la première des corporations à se lever enlève toute valeur à l'argument qu'on donne quelquefois et qui consiste à prétendre qu’elle n’a fait que suivre le mouvement. Le 25 avril, les bijoutiers et ortèvres de Paris se mettent en grève à leur tour. Le 2 mai, les ouvriers de la voiture, les terrassiers, les charpentiers, les menuisiers, les peintres, les maçons et les tailleurs de pierre, les monteurs, les voyageurs, les typographes, les lithographes, les imprimeurs-conducteurs et certaines catégories du papier étaient en grève, suivis par l’ameublement, comprenant les ébénistes, les menuisiers en sièges, les sculpteurs, etc. Cela faisait environ 150.000 grévistes. D’autres vinrent encore grossir ce nombre ; parmi eux sont les métallurgistes, comprenant les mécaniciens, les mouleurs en cuivre, les ferblantiers, les ouvriers du bronze, les chaudronniers en cuivre, etc. En province, dans beaucoup de villes, la grève éclata aussi. A Lorient, elle se généralisa et dura plusieurs jours. Les syndicalistes poussèrent des cris de triomphe, en réalité cette joie très bruyante servit à couvrir une défaite d'autant plus désagréable que la bataille était préparée de longue date. Depuis le congrès de Bourges, en 1904, on déclarait vouloir conquérir la journée de huit heures au 1° mai 1906. On n’avouait pas l'espoir caché au fond des cœurs révolutionnaires de triompher complètement ce jour-là et d’en finir avec le régime capitaliste, mais cette espérance était

profonde. Les arrestations de certains meneurs firent réfléchir leurs lieutenants qui s’aperçurent que décidément ce grand jour serait peut-être plus dangereux pour eux que pour les bourgeois, et ces vaillants se firent habilement déléguer dans quelque ville de province ou dans quelque localité de la banlieue parisienne pour y « prendre la parole » et enflammer les courages défaillants. Ils laissèrent done leurs troupes livrées à elles-mêmes sous la conduite de quelques chefs de circonstance. Il avait été décidé et crié urbi et orbi pendant dix-huit mois que tous les travailleurs .chômeraient le 1° mai et que tous quitteraient leurs ateliers les jours suivants après huit heures de présence. C'était donc la conquête des huit heures, enlevée de haute lutte et de vive force par les travailleurs eux-mêmes, par l’action directe, sans le concours de l’action législative.

Or la grève fut loin d’être générale; les administrations publiques ne chomèrent pas, les postes, télégraphes et téléphones remplirent leurs services comme si de rien n’était ; les chemins de fer marchèrent comme à l’ordinaire. Seuls quelques journaux ne parurent pas ou parurent en retard. En second lieu, fort peu d'ouvriers quittèrent leur travail Les jours suivants après huit heures de présence. Les deux buts de l’action si bien préparée élaient manqués complètement, car si l'on peut, de çi de là, trouver quelques usines ou établissements ayant accordé les huit heures à leur personnel, leur nombre est si infime qu'il ne compte

pas.

Tels sont les résultats qu’obtint une campagne de près de deux années. C'est peu, c'est même rien, et cela prouve une fois de plus que tout dans cet ordre d'idées se résume par des phrases ronflantes, des articles tapageurs, des ordres du jour pompeux, mais qu'aucun acte suivi de

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