‹ Les Bourses du Travail et la Confédération Générale du TravailChapitre 102 sur 111 · LS TRE · texte numérisé non relu

LS TRE

l'effet désiré n’a lieu. Les dirigeants de la Confédération générale du travail ne s’estimèrent pas battus, il se déclarèrent satisfaits des résultats obtenus; si au point de vue matériel ces résultats n’avaient pas couronné leur succès, au point de vue moral ils étaient immenses : c'était tout ce qu'ils avaient souhaité. Mais les années suivantes, en 1907 et en 1908, il se gardèrent bien de recommencer un tel tapage et d'aboutir à de tels résultats moraux. La leçon fut salutaire ; ils firent une propagande de principe, afin de ne pouvoir être accusés d'abandonner ce mouvement, mais ils s'en tinrent là et la bourgeoisie est maintenant tranquille à l'approche du 4° mai.

En 1907 et en 1908 les révolutionnaires se tinrent-cois ; ils savaient par expérience que le gouvernement avait pris ses mesures pour couper court à toute tentative révolutionnaire. Les orateurs dans les réunions publiques tinrent un

langage virulent, selon leur ordinaire, maïs leurs violences,

purement verbales, n’ont pas dépassé le seuil de la Bourse

du travail ou des salles de réunions où ils péroraient. Cela n’empêcha pas que le 12° mai 1907 environ 800 personnes furent arrêtées aux abords de la Bourse du travail pour refus de circuler. Le Temps raconte les interrogatoires de ces gens. Sauf une vingtaine, dit ce journal (1), c’étaient des jeunes gens de 15 à 20 ans, ouvriers de toutes catégories et aussi des « vagabonds logeant à l'asile de nuit » ; et, rapportant les paroles du directeur général des recherches, il ajoute : « ce sont de petits êtres malingres, pour la plupart fils d’alcooliques, des dégénérés en un mot. C’est du gibier d’émeute, cela, à part quelques exceptions ». Beaucoup étaient de la banlieue, de Pantin notamment, Un

(1) Le Temps, 3 mai 1907.

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grand. nombre était porteur de couteaux « dont la princi-

pale destination n’était peut-être pas de couper du pain ».

Trois membres du comité confédéral, MM. Lévy, Bousquet et Delalè, furent arrêtés pour les propos qu'ils tinrent dans les réunions publiques, excitant au sabotage, au vol et au meurtre. En 1908, le 1° mai fut encore plus calme qu’en

De même pour l'obtention, puis pour l'application du repos hebdmodaire, une agitation fut organisée à Paris. La Confédération générale du travail prit la tête du mouvement et ces antilégalistes se déclarèrent tout à coup partisans des lois au point de se mettre à la disposition du gouvernement pour les faire appliquer. Ils prétendirent remplacer la police et dans ce but ils encombrèrent les rues, empôêchèrent le paisible promeneur de flâner dans certains quartiers où ils opéraient, ils malmenèrent les employés réfractaires, bousculèrent des devantures de magasins ouverts, jetèrent à la rue des marchandises, jusqu’à ce que l’autre police, l'officielle, intervint et mit bon ordre, en calmant le zèle intempestif de ces défenseurs improvisés et inexpérimentés de la loi. |

Ces manifestations tournent parfois à l’émeute, c’est le cas de celle qui fut organisée à Draveil et à Villeneuve- Saint-Georges, le 30 juillet 1908.

Une grève ayant éclaté dans ces localités, la Confédération générale du travail invita ses adhérents à chômer le 30 juillet et à se rendre à Villeneuve-Saint-Georges et à Draveil pour encourager les grévistes à la résistance. Un nombre considérable de terrassiers, « La garde nationale » de la Confédération, des charpentiers et des maçons se dirigèrent vers le lieu de rendez-vous. Après les discours qui furent prononcés, les manifestants se mirent en devoir

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‘d'élever des barricades et de tirer sur la troupe. Voici la

relation officielle des incidents donnée par M. Clémenceau, président du Conseil des Ministres, à la séance de la Chambre des députés du 12 juillet 1909 (1;.

« Trois jours auparavant, M. Brégeaud, secrétaire de la Fédération des Carriers, avait dit à M. Autrand, préfet de Seine-et-Oise, dont j'ai le rapport ici : « Tout le monde est contre nous : les propriétaires, la police, les gendarmes. Il nous reste un peu d'argent ; nous allons acheter des révolvers et il y aura du sang ».

«M. Autrand m'avait rapporté ce propos deux jours avant l’é événement. Alors qu'a-t-on fait? On a fait la grève générale à Paris pour jeter sur Draveil tout l' état-major de violents. On n'a pas caché qu'on allait faire «une manœuvre de garnison. » C'était assez significatif.

« Derrière le hangar de Draveil où a eu lieu la réunion, les troupe ont été massées, à une très grande distance, Les deux escadrons se sont présentés, lieutenant-colonel en tête, au moment où le publie commençait à sortir. Un homme s’est avancé au devant du colonel et lui a dit :

«Colonel, au nom de l’humanité, ne passez pas!» Le

colonel, sans rebrousser chemin, a fait un signe d’assentiment et il a fait un grand détour pour éviter le contact avec la foule. Je ne puis que l’en féliciter.

« Seulement, pendant qu'il faisait ce détour, on tiraitsur ses hommes six coups de révolver. (a été l'ouverture du conflit.

« La foule a pris Le chemin de Villeneuve-Saint- Georges, dans la direction de la gare.

« À ce moment l’ordre que nous avions donné était .

(1) Journal officiel, 13 juillet 1909, p. 2009.

d'empêcher une trop grande agglomération d’hommes dans la grande rue de Villeneuve-Saint-Georges; n'oubliez pas qué la veille il y avait eu des violences contre les passants ; des hommes avaient été frappés ; à d’autres on avait “extorqué de l'argent. Je ne voulais pas quede pareilles scènes pussent recommencer dans les rues de Villeneuve-Saint- Georges. |

« Les dragons ont esquissé un mouvement pour se rapprocher, dans le but de « filtrer », comme on dit en matière de manifestation, c'est-à-dire de couper la manifestation par petits paquets qui se seraient écoulés lentement vers le chemin de fer. Mais il n’y a jamais eu de contact,

ou n’a jamais coupé la manifestation ; toujours elle a été en.

face de la gare ; à aueun moment il n’en a été autrement,

« Seulement, qu’est-il arrivé ? c'est que voyant les cavaliers approcher, les meneurs sont montés sur le talus du chemins du chemin de fer, où ils ont commencé à faire pleuvoir des pierres sur la troupe, en y ajoutant les coups de révolver annoncés d'avance par M. Brégeaud au préfet de Seine-et-Oise ». :

Le nombre des victimes fut assez considérable, et l’on

cria au massacre, iles poursuites contre certains person- .

nages particulièrement compromis furent engagées, mais

elles furent presque aussitôt abandonnées.

Élu

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