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LES RELATIONS INTERNATIONALES

Révolutionnaires et réformistes reconnaissent que, en .

. principe, il y aurait utilité, sinon nécessité, à ce que les

organisations syndicales françaises, et tout particulièrement la Confédération générale du travail, entretinssent des relations régulières avec les organisations ouvrières étrangères. Mais quand il s’agit de mettre cela en pratique les partisans des deux tendances syndicales ne sont plus d'accord.

Les réformistes veulent que ces relations ne soient pas purement morales, mais encore matérielles ; les révolutionnaires, au contraire, s’y refusent, prétextant l’inutilité de ces relations telles qu’elles sont comprises par les étrangers et, surtout, se basant sur le refus catégorique des conférences internationales de discuter et même d'inscrire dans leurs ordres du jour certaines questions qui font partie des dogmes révolutionnaires.

La Confédération générale du travail étant entre les mains des révolutionnaires resta longtemps, une organisation purement nationale, ne participant en rien à la vie commune et internationale des organisations syndicales étrangères.

Le 3L-octobre 1891 était organisé à Paris un secrélariat national en vertu d’une décision prise au congrès de Bruxelles de la même année. Un secrétariat semblable

- devait être institué, et il en fut ainsi d’ailleurs, dans les divers pays ayant pris part au congrès. Ces secrélarials na-

er

tionaux servaient à’mettre en relation leurs organisations syndicales avec celles des autres pays. Une double mission léur incombait : ils devaient faire de la propagande syndicale et étudier le mouvement ouvrier, surtout en établissant des statistiques. Lorsqu'un conflit économique éclatait dans un pays, le secrétariat national en prévenait les secrétariats étrangers et Les invitait à venir en aide aux grévistes.

Au congrès des Bourses du travail tenu à Nimes en 1895 il fut décidé que la Fédération des Bourses, qui était adhérente au secrétariat national du travail de France, continuerait à y adhérer et que la Confédération générale du travail serait invilée à s’y intéresser aussi.

En 1901 (1), à Nice, les Bourses du travail décidèrent que leur Fédération devait entretenir une « union intime » entre la Fédération des Bourses du travail et les unions ou autres groupements semblables existant à l'étranger; mais on ne créérait pas à cet effet de rouages nouveaux, le secrétariat du comité fédéral y suffisant ; il fut invité à manifester son internationalisme chaque fois que l'occasion se présenterait.

Le congrès corporatif de Tours, en 1896, décidait, de son côté, que le conseil national ouvrier (autrement dit l’ancien comité confédéral) devrait « pressentir à bref délai » les organisations ouvrières purement corporatives des divers pays sur la nécessité d’organiser un congrès ouvrier international, exclusivement corporatif et en dehors de toute ingérence politique, traitant des intérêts économiques inter-

nationaux.

Le congrès de Paris (2) estima que les groupements

(1) Congrès des Bourses du travail, Nice 1901, p. 79 à 85.

(2) Congrès de la Conf. gén. du trav., Paris 1900, p. 132 à 134 et 205 à 207.

particuliers de chaque pays sont seuls qualifiés pour adopter la tactique politique et sociale qu’elles doivent suivre pour amener et organiser une action internationale des deux mondes; mais pour faciliter les relations entre les diverses organisations ouvrières, en vue d’une entente générale qui devrait être le complément d’une entente internationale pour l'unification du taux des salaires et de l'union des travailleurs des diverses nationalités dans tous les centres où ils sont en contact, on proposa la création d’un secrétariat international. Ce secrétariat ne serait pas un eomité directeur, il ne devait être qu’un organisme de contact et envoyer dans les villes ou régions cosmopolites des conférenciers connaissant la langue des : ouvriers auxquels ils auraient à s'adresser.

En juin 1902, à Stuttgard, se réunissaient, sur l’initiative de la commission générale des syndicats allemands, les délégués de douze nations européennes. Ces délégués jetèrent les bases d’une entente internationale en créant un bureau international, dont le siège fut fixé à Berlin. Ce bureau devait recueillir les renseignements adressés par chaque organisation centrale, ils seraient traduits en trois langues (français, allemand et anglais) et communiqués à toutes les organisations nationales adhérentes. Pour avoir droit en cas de grève à l’aide des autres pays, la demande de secours devait être faite par le bureau national du pays où se produit la grève au bureau international qui la traduira et l’adressera aux organisations des autres pays. Ainsi une grève en France n’obtiendra l'appui des autres pays que sur la demande de la Confédération générale du travail, et celle-ci décida de n’adresser de demandes que pour un syndicat confédéré. Chaque année le bureau international devait publier la situation des organisations natio-

nales adhérentes : leur budget de dépenses et de recettes, :

leurs effectifs, ainsi que les lois ouvrières votées dans les

divers pays, un commentaire y serait joint. Il fut décidé, en

outre, que chaque année les organisations composant le bureau international se réuniraient en conférence; la France voulait que ce fussent des congrès, mais son avis ne prévalut pas: Le délégué français, prétextant n'avoir pas eu connaissance de l’ordre du jour de la discussion, ne prit pas part aux votes et se contenta de participer aux discussions : son rôle fut purement consultatif.

L'année suivante, en 1903, la conférence du bureau in-

ternational se réunit en Angleterre, à Dublin. La Confédé- ration tenta d’entrainer les syndicats étrangers dans la voie de l’antimilitarisme et de la grève générale. Ses délégués firent des discours sur ces sujets, mais comme les délégués étrangers ne comprenaient pas très bien ce qu'ils voulaient dire on les pria de rédiger un rapport écrit sur leur proposition. Ce rapport fut mal accueilli par la conférence. Les étrangers se refusèrent à l'unanimité à discuter ces questions et depuis lors ils ne varièrent pas dans leur attitude à cet égard.

Le bureau syndical international se refusa à inscrire à l’ordre du jour de la conférence d'Amsterdam, en 1905, les questions de l’antimilitarisme, de la grève générale et de la

journée de huit heures que prétendait lui imposer la Confédération générale du travail; une succession de faits et d'incidents se greflèrent sur cette discussion et le comité confédéral suspendit momentanément les relations avec le secrétariat international. Cette attitude fut critiquée par certaines organisations au congrès d'Amiens, en 1906 (1).

(4) Congrès de la Conf. gén. du trav., Amiens 1906, p. 94 à 99.

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Elles soutinrent que c'était une faute lourde que de se reuser à participer aux conférences et aux travaux du bureau international; ce n’est pas ainsi qu'elle fera partager ses opinions par les organisations étrangères. Les révolutionnaires mainlinrent Jeur point de vue et di-. rent que, puisque la France se voyait considérée comme quantité négligeable, il était inutile qu’elle continuât a perdre du temps et à faire des dépenses pour un tel résultat.

Cette attitude n’était pas seulement due au refus manifesté par les organisations étrangères de discuter ces questons ; il y avait quelque chose de beaucoup plus grave: Les révolutionnaires avaient reçu des syndicats allemands une leçon des plus désagréables pour leur amour-propre et ils

ne pouvaient l'oublier. En juin 1906, M. Griffuelhes, secrétaire général de la Confédération générale du travail, recevait mandat du comité confédéral de s’entendre avec la commission syndicale d'Allemagne (équivalente du comité confédéral) pour organiser à Berlin et à Paris, simultanément, une grande démonstration contre la guerre. C'était au moment où les relations étaient tendues entre la France et l'Allemagne au sujet du Maroc. M. Griffuelhes se rendit à Berlin, exposa le but de sa mission et présenta le projet du comité confédéral. II essuya de la part de la commission syndicale d'Allemagne un refus catégorique : une telle manifestalion présentait un caractère politique, elle n'avait rien d'économique ni encore moins de corporalif; seuls les partis politiques socialistes des deux pays pouvaient l’or- : ganiser. M. Griffuelhes, qui ne veut rien avoir à faire avec les partis politiques français, jugea utile, malgré cela, de s'adresser au parti socialiste allemand. Il alla donc ‘au Reichstag, où se trouvait M. Singer, député socialiste alle-

mand ; il lui expliqua de nouveau le but de son voyage et insista pour que les manifestations eussent lieu immédiatement. M. Singer ne crut pas devoir prendre sur lui de donner une réponse catégorique et alla trouver M. Bebel, chef du parti socialiste allemand ; celui-ci ne se dérangea même pas et fit répondre à M. Griffuelhes que, pour que les manifestations. puissent avoir lieu, il faudrait que le comité confédéral s’abouchât avec le parti socialiste de France. Il était donc clair, d’après ces réponses, que les syndicats allemands se désintéressaient d’une question qu’ils considéraient, avec raison, comme purement politique et que le parti socialiste allemand se refusait à reconnaitre comme ayant qualité pour organiser de telles manifestations une organisation syndicale, fut elle-même révolutionnaire. Devant ces échecs successifs M. Griffuelhes revint à Paris, et c’est certainement là qu’on trouve la raison véritable du refus du comité confédéral à poursuivre des relations avec les organisations syndicales étrangères et particulièrement avec l’Allemagne qui tient moralement une place prépondérante dans le bureau syndical international.

Des démarches furent faites de nouveau par le comité confédéral auprès du secrétariat international pour faire inscrire à l'ordre du jour de la conférence de Christiania, en 1907, ces mêmes questions. Comme par le passé le secrétariat ne crut pas devoir le faire. La Confédération prétendit voir dans cette attitude une mauvaise volonté catégorique et un abus du secrétaire, mais elle fut vite détrompée, car dans un ordre du jour la conférence de Christiania elle-même donna raison au secrétariat, et décida, une fois de plus, que ces questions « théoriques », ainsi que « celles qui concernent les tendances et La tactique du mouvement syndical dans les divers pays », n’étaient pas de la compé-

tence des conférences internationales des secrétariats nationaux. (1)

Malgré tout, n'osant pas rompre définitivement et catégoriquement avec les organisations étrangères, la Confédération, tout en se refusant à participer aux travaux du secrétariat international — conférences, enquêtes, statistiques — continua pourtant à lui payer ses cotisations.

La situation internationale de cette organisation prenait de ce fait un caractère ridicule, car, ou la France, au point de vue tactique syndicale, détient la vérité et par conséquent la détient seule, alors les autres nations se refusant obstinément à entrer dans sa voie, elle devait s’en séparer complètement ; ou bien, elle ne voulait pas paraître bouder les camarades étrangers et alors elle devait participer entièrement à tous leurs travaux. Au lieu de cela, sous prétexte que les étrangers ne veulent pas admettre la tactique de la grève générale et de l’antimilitarisme, les révolutionnaires se refusent à étudier avec eux les autres questions. |

Le congrès de Marseille ordonna au comité confédéral de reprendre avec le secrétariat international les relations qu'il avait interrompues. Force fut donc d'agir ainsi et le secrétariat décida que la prochaine conférence aurait lieu, en septembre 1909, à Paris. La Confédération générale du travail l’organisa, mais on n’y discuta aucune des questions qui firent l’objet de la brouille.

N'ayant aucun espoir de faire adopter sa manière de voir par le secrétariat international, la Confédération proposa à la conférence de Paris que des congrès internationaux fussent organisés, dans lesquels les organisations nationales

ne syndicats, fédérations, etc.— seraient représentées direc-

(1) Congrès de la Conf. gén. du trav., Marseille 1908, p. 21.

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