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les mairies. L'argent qu’on accorde aux Bourses sous forme de subventions c’est de « l'argent qu’on restitue » aux ouvriers. Ces subventions, quoi qu’en prétendent les «bourgeois », ne doivent pas servir seulement au placement des ouvriers sans travail, elles doivent servir aussi et surtout à une active propagande anarchiste, à l’antimilitarisme, à préparer la guerre civile.
C’est avec ces subventions que certains individus, prêts à tous les sacrifices, moyennant une honnête rétribution, violent les lois, bravent l'autorité, prêchent l’émeute, font la jacquerie. Grâce à elles certains personnages sont grassement payés et restent les éternels-profiteurs. Les exemples sont nombreux de ce fait; un des plus typiques est le cas . de la Bourse du travail de Lyon. (1)
L'administration de cette Bourse ne fait rien pour rien: tout s’y paie. Le comité administratif a donné le jour à de nombreuses commissions dont chaque membre reçoit des jetons de présence de 50 centimes. Du 1° janvier au 1° juillet 1891, les jetons ainsi distribués représentent une somme de 348 fr. 50. Chaque membre du comité administratif peut faire partie de deux et même de trois commissions à la fois, lorsque les commissions permanentes ne sont pas suffisantes ils s’en crée de temporaires, toujours avec des jetons de présence.
Un protégé de la Bourse est-il inoccupé, on lui donne des courses à faire à raison de 50 centimes l'heure. Un syndiqué touche un jour 6 francs pour avoir convoqué d’urgence les membres du comité général de la Bourse. Quant deux ou trois membres de la Bourse viennent en délégation
(1) Rapport de la Commission des finances du Conseil municipal de Lyon. Procès-verbal de la séance du 13 octobre 1891.
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chez le maire de Lyon, pour présenter des réclamations, il les comptent à raison de soixante centimes l'heure.
Lorsqu'il y a des réunions, un syndiqué est chargé de faire le service d’ordre, et touche pour cela un franc.
Un membre de la Bourse touchait pour ses voyages de propagande, en plus de ses frais de déplacement, une indemnité de 20 francs.
Le 1 mai 1891, jour de chômage, pendant lequel les ouvriers sont invités à vivre aux dépens de leurs économies, « des citoyens zélés et vigilants » passent la journée à la Bourse « pour la préserver des contaminations de la force publique » ; ils prennent le titre de « commission de surveillance de la Bourse », et « leur civisme s’est inscrit aux | dépenses de l'institution » pour la somme de 14 fr. 80 dont voici l’emploi tel qu’il est libellé dans l’état des dépenses :
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Vin: 8. litres-à O fr: 80 . --:. :: . , 7 G6fr. 40 Saucisson 24404 LR 0 LR EC Afre 5)
Pendant que leurs camarades perdaient leur journée, les excitateurs se nourissaient aux dépens de la subvention.
D'ailleurs, voici l’emploi que fit la Bourse du travail de Lyon des 10.000 francs de subvention que lui donnait la ville :
À secrélaire . . . . 2.000 fr. »»
4 secrétaire-adjoint . . 2.000 fr. »»
. ]1{ secrétaire-femme . . 1.800 fr. »»
Pape l'gérant du Bulletin . 400 fr. »»
l'irésorler. ne, 400 fr. »»
1 concierge . . . . 1.500 fr. »»
Dépenses personnelles de l’administration de la Bourse : jetons de présence. Comestibles. Indem- 108 fr. 15
nités diverses, etc. . . . +. .
Travaux faits par divers appartenant la plupart à l'administration . . 174 fr. 75
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Certaines municipalités, soucieuses de l'emploi des deniers publics, ne voulurent pas tolérer de pareils abus. Si elles donnaient à des organisations, qu 'elles considéraient : comme utiles, leur aide sous la forme de subventions, elles entendaient non pas avoir le maniement de ces fonds, elles n’osèrent pas aller jusque là, mais au moins le contrôle. Elles voulaient que chaque année les Bourses subventionnées par elles, leur apportassent un compte général leur permeltant de voir l'usage que ces institutions avaient fait de l'argent qui leur était confié. C’est de là que vient le conflit.
Les dirigeants du syndicalisme, se rendant compte que leurs organisations n’obtiendraient plus de subventions sans conditions, préférèrent avoir l’air de faire un beau geste de refus, et invitèrent les Bourses à ne plus réclamer de subventions.
Souvent dans les congrès ouvriers il fut discuté de cette attitude, Les Bourses voyaient avec déplaisir leurs caisses se vider. Ce n’est pas sans regrets qu’elles se voient privées de sommes, qui chaque année leur sont remises avec précision et sans retard ; leurs regrets sont d'autant plus amers qu’elles n’arrivent que péniblement à se faire payer les cotisations de leurs membres. Les adhérents des Bourses trouvent plus simple d'ouvrir largement la main que d’entrebailler leur porte-monnaie. Ils trouvent dur de quitter un immeuble, qui sans être beau ni luxueux, n’en est pas moins d'autant plus pratique qu’il est mis à leur disposition sans la moindre redevance.
Ce qui montre l'intensité de ces regrets, ce sont les récriminations et les injures dont sont couvertes les municipalités lorsqu'elles suppriment les subventions.
En effet, lorsqu'une municipalité, lasse de gâcher l’argent
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de ses administrés en le donnant à des organisations qui l'utilisent contre le pays, supprime la subvention et ferme la Bourse du travail, immédiatement, au lieu de s’en réjouir, les militants dans leurs journaux (et il n’est guère de semaine où la Voix du Peuple ne le fasse) injurient ces « bourgeois » qui cependant vont au devant de leur désir en leur rendant le fier service de les libérer d'une tutelle avilissante.
Dans leurs congrès, les Bourses du travail ont cherché souvent un moyen d’obliger les municipalités à leur allouer des subventions sans pour cela leur reconnaitre le droit de s’occuper de leurs affaires, et les solutions Les plus diverses ont été proposées à cet effet; les théories les plus étonnantes y furent soutenues.
C’est ainsi qu’au congrès des Bourses de Lyon, en 1894, on déclara que les subventions ne devaient être considérées que comme une restitution faite aux travailleurs. (1)
C'est toujours la question de rendre des comptes qui embarasse les militants, et au congrès des Bourses tenu à Paris en 1900 le délégué de Montpellier s’exprime en ces termes : « Chaque fois que nous avons besoin de quelque chose nous le demandons à la municipalité, mais il estbien entendu que jamais nous ne rendons de comptes à la municipalité. Nous avons demandé 2.000 francs pour cinq camarades qui devaient venir et on voulait nous faire des mandats individuels, Moi, qui ai l'honneur de faire partie du Conseil municipal de Montpellier j'ai dit : Je demande 2.000 francs pour la Bourse, mais elle pourra en faire ce qu’elle voudra. Il doit en être ainsi pour toutes les villes.
(1) Bulletin officiel de la Bourse du travail de Lyon, juin et juil'et 1894, p. 102,
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Nous demandons ce dont nous avons besoin, mais nous ne voulons pas rendre de comptes. »
Ainsi donc il est considéré par eux comme inadmissible qu'une municipalité accorde une subvention à une Bourse en stipulant que cette subvention doit servir à des œuvres déterminées, secours de chômage, placement, etc. et qu’un contrôle sera exercé pour avoir la certitude que cette condilion est bien remplie. Devant de telles exigences il vaut mieux refuser le don. :
Certaines municipalités préfèrent fermer la Bourse du travail et supprimer la subvention que d’en passer par où le veulent les organisations ouvrières.
Mais là n’est pas la seule’raison de la fermeture des Bourses; il en est une autre, tout aussi grave qne la précédente : il s’est produit dans certaines des faits d’une 1mmoralité tellement révoltante qu'avec la meilleure volonté du monde on ne pouvait les supporter.
Nous ne citerons que deux exemples ; celui de la Bourse du travail de Dijon, et celui de la Bourse du travail de Paris.
A Dijon (1), la municipalité, socialiste pourtant fut obligée de supprimer la subvention et de fermer l'immeuble municipal momentanémeut, le temps de faire cesser les abus, parce que, successivement, deux secrétaires de la Bourse, révolutionnaires tous deux, avaient commis des détournements nombreux et importants, imitant les signatures des chômeurs de passage, et gardant pour eux les sommes représentant les prétendus secours ainsi distribués. Is oublièrent de verser dans la caisse des cotisations et les
(1) Bulletin municipal officiel de la ville de Dijon, n° 6 juin 1907.
sommes diverses provenant des syndicats affiliés. Lorsque des femmes entraient dans la Bourse elles rencontraient des
hommes ivres qui leur faisaient des propositions répugnantes.
Mais ce qui décida de la fermeture de l'immeuble, c'est que l’un de ces deux secrétaires faillit être la cause d’une perquisition à la Bourse, A son état de secrétaire permanent de la Bourse, il ajoutait celui de maître avorteur , dans son insouciance il laissait traîner sur son bureau les divers instruments chirurgicaux dont il se servait et comme il était sous le coup de poursuites judiciaires, on eut peur du scandale que produirait la découverte de.ses instruments à la Bourse.
Sur la plainte de certains syndiqués, que de tels actes révoltaient, la Bourse fut fermée ; son gouvernement révolutionnaire fut renversé, et une scission se produisit dans les syndicats dijonais. Les syndicats révolutionnaires se solidarisèrent avec le secrétaire cause de tout cela, et les’ réformistes se rallièrent autour d’un de leurs jeunes camarades, aclif et honnête. La municipalité rendit l'immeuble à ces derniers, et leur continua sa subvention. [y a encore actuellement deux Bourses du travail à Dijon, la fusion tentée plusieurs fois a toujours échoué, et la Bourse révolutionnaire est seule affiliée à la Fédération des Bourses du travail.
La Bourse du travail de Paris connut des scandales semblables ; elle fut à une époque le repaire de voleurs et de recéleurs; le principe proudhonien « la propriété c’est le vol » y était en honneur. Le commerce des objets volés était une des occupations les plus sérieuses d’une partie des adhérents de la Bourse. L’obscurité des salles et
des escaliers peu éclairés cachait des amours honteuses,
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on ne ferma pas la Bourse pour cela, on en ehangea le réglement.
Des conflits s’élèvent encore entre organisations syndicales et municipales, lorsque celles-ci ont la prétention d'ouvrir largement les portes des Bourses du travail à ‘tous les syndicats. Les rouges veulent être seuls à proliter des libéralités municipales et ils se récrient à la seule pensée que les jaunes en pourraient avoir aussi leur part.
Le 1° Mars 1908, la municipalité de Bordeaux décida que «tous les syndicats professionnels auront accès, assuré par La force publique au besoin, à la Bourse du travail ». La Voix du Peuple (15 au 22 mars 1908), commente cette décision en ces termes : « Bien entendu, par syndicats professionnels messieurs les édiles bordelais entendent la racaille jaune, les syndicats mixtes ou patronaux etc... Les véritables syndicats ouvriers bordelais vont tout faire pour se soustraire aux fantaisies réactionnaires de leurs édiles, et ils envisagent, d’autre part, la possibilité de se retirer « chez eux » et de créer, si besoin est, une Bourse autonome ».
C'est en effet là un des moyens préconisés pour se soustraire au joug des municipalités. :
Certaines Bourses de province ont mis celte idée ea pratique. « L'Union des Syndicats roubaisiens » possède un immeuble lui appartenant en propre; une coopérative, «la Paix », lui en a fait don. (1)
« L'Union des Syndicats du département de la Seine », chassée de la Bourse du travail de Paris par l’administration préfectorale, et dont le siège est à «la Maison des Fédérations », 33, rue Grange-aux-Belles, a fait le projet
(1) Voix du Peuple, 6 au 13 février 1909.
OM de construire une Bourse du travail autonome. D'après les devis présentés, elle coûterait environ deux millions, mais, en attendant, l'Union de la Seine a décidé de construire, rue Grange-aux-Belles, une grande salle de réunions, avec bureaux et petites salles de commissions, qui ne coûterait que 250.000 francs (1). :
Pour mener à bien ce projet, le comité général de l’Union des Syndicats de la Seine, dans une réunion tenue le 29 septembre 1908 (2) décida le principe de l'édification de cette « maison des syndicats », une cotisation obligatoire de 1 franc par membre et par semestre pour tous les syndiqués de l'Union, l'édition de bons de souscription non remboursables de 5 francs, etc... -
Le total des souscriptions reçues au 1° novembre 1908 (3) s'élevait à 9.647 fr. 10 !
Une des préoccupations constantes des syndicats est de repousser l'ingérence des pouvoirs publics dans le fonctionnement des Bourses. Le gouvernement ayant manifesté l'intention de déclarer les Bourses établissements d'utilité publique, celles-ci discutèrent de ce projet dans leurs congrès. À Saint-Etienne, en 1892, (4) elles décidèrent de repousser cette déclaration qui «n’a été préparée par le gouvernement que pour nuire à leur développement ». À Toulouse, en 1893, elles acceptent, au contraire, cette déclaration à ia condition qu’il soit bien entendu qu'elles repoussent « absolument l’ingérence de l'Etat dans l’admi-
(1) Voix du Peuple du 19 au 26 juillet 1908 et du 16 au 23 août 1908.
(2) Voix du Peuple du 18 au 25 octobre 1908.
(3) Voix du Peuple du 1° au 8 novembre 1908.
(4) La Bourse du travail (organe de la Bourse du travail de Paris), 28 février 1892.°
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nistration des Bourses du travail. » Le congrès de Nimes, en 1895, (1) repousse de nouveau cette reconnaissance d'utilité publique; de mème celui d'Alger en 1902 et celui d'Amiens en 1906.
IL y a, en principe, quatre catégories de services créés par les Bourses du travail; ce sont :
1° le service de la mutualité, qui comprend le placement, le viaticum et les secours ;
20 le service de l’enseignement, qui comprend la bibliothèque, le musée du travail, l'office de renseignement, la presse corporative, et l’enseignement proprement dit ;
3° le service de la propagande, qui comprend les études statistiques et économiques, la création des syndicats industriels, agricoles et de marins, des sailor’s home, des sociétés coopératives, etc.
4° Le service de « résistance », qui est chargé de l’organisation des grèves, des caisses de grèves, et de l'agitation contre les projets de lois qui semblent devoir nuire aux
ouvriers.
(1) Congrès c'es Bourses du travail, Nimes 1895, p. 46.
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