‹ Les Bourses du Travail et la Confédération Générale du TravailChapitre 25 sur 111 · I. — Mutualité · texte numérisé non relu

I. — Mutualité

1° Le placement. — Le placement devrait être l’œuvre principale des Bourses, il est leur raison d’être ; elles furent créées spécialement dans ce but. Elles devraient y apporter tous leurs soins, tous leurs efforts ; ainsi elles joueraient un rôle important.

Si les Bourses avaient voulu se limiter presqu’exclusivement à cette œuvre, elles auraient de ce fait rendu à leurs adhérents et aux ouvriers, en général, d’éminents services, et nul n’aurait pu critiquer ces organisations.

Par les commissions qu'ils prélèvent sur les placements qu'ils effectuent, les bureaux de placement privés sont mal vus des ouvriers, qui leur reprochent de leur fournir de mauvaises places pour les obliger à se replacer fréquemment et, par là, à avoir recours à leurs services beaucoup plus souvent que de raison. Leur usage est onéreux et leurs moyens commerciaux parfois détestables.

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Les Bourses du travaii ont organisé des bureaux de placement, permettant aux ouvriers, qui veulent s’adresser à elles, de trouver, gratuitement, du travail. Par ce moyen elles attirent à elles un grand nombre de travailleurs qui ne se seraient pas syndiqués s’ils n’avaient pas comptés sur cet avantage. Il est vrai que, bien des fois, ces ouvriers s’affilient à un syndicat à une époque de chômage, puis” l’abandonnent une fois placés.

Le placement de leurs membres étant pour les Bourses un merveilleux moyen de propagande et de recrutement, il est naturel qu’elles cherchent à l’accaparer.

Elles firent une guerre acharnée aux bureaux de placement privés, et grâce à leurs efforts elles obtinrent du législateur la loi du 9 mars 1904, qui autorise les municipalités à supprimer les bureaux de placement payants. Un grand nombre de municipalités firent usage de cette faculté, mais établirent à la mairie un bureau de placement gratuit.

Les Bourses partirent en guerre contre ceux-ci, car ils présentent pour elles un double danger.

Ces bureaux de placement sont gratuits, à ce point de vue celui qui les utilise y trouve le même avantage que dans les Bourses ; c’est là une concurrence qui peut devenir inquiétante pour elles.

Ensuite, les municipalités, voyant leur service de placement bien fonctionner, peuvent estimer que les Bourses, spécialement créées dans ce but, deviennent des organisations inutiles, et leur suppriment les subventions qu’elles leur accordaient pour ce service.

Ces deux dangers qu’entrevoient les Do ne sont pas chimériques.

Tout patron, et même tout employé, qui aurait à se plaindre du placement opéré par la Bourse du travail, peut

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aller, et ne manquera certainement pas de le tes au bureau municipal, et y trouver, dans les mêmes conditions qu’à la Bourse, la main-d'œuvre ou le travail désiré.

Les Bourses veulent monopoliser tout ce qui est relatif à l'amélioration du sort des ouvriers, elles veulent être maitresses absolues et régler souverainement tout ce qui a trait aux ouvriers. Pour arriver à ce résultat il est de toute né-

cessilé pour elles d’avoir en premier lieu la faculté de placer

les ouvriers. 2

Tout bureau de placement qui n’est pas celui de Ia Bourse, qu'il soit municipal ou privé, payant ôu gratuit, est un obstacle à la réalisation de ce programme.

Tant que l'employeur et l'employé pourront s'adresser ailleurs qu’à la Bourse pour obtenir du travail et de la main-d'œuvre, les Bourses ne seront pas toutes puissantes. Le jour, au contraire, où la Bourse aura le monopole du placement, les ouvriers seront obligés de se syndiquer, faute de quoi ils ne sauraient trouver du travail, quant aux patrons ils seront dans l'obligation d’en passer par toutes les fantaisies de ces organisations, s'ils ne veulent être . réduits à fermer leurs usines.

Afin d'étendre leur puissance, et de neutraliser, dans la mesure du possible, cette concurrence, les Bourses cherchent à développer de plus en plus leur service de placement, qui de local devient souvent régional. Un ‘essai même de placement national fut tenté, mais il échoua presque aussitôt.

Après être entrées en relation avec les syndicats isolés pour les engager à développer leur service de placement, certaines Bourses se préoccupèrent du placement à distance, par correspondance ; elles recherchèrent l’ouvrier demandé

et le patron demandeur, soit directement, soit par l’inter-

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